Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 24 Mai 2015

Culte de Pentecôte à Trescléoux (05700)

Lectures du Jour :

Genèse 11, 1-9 (Voir aussi sous cette référence, prédication du 08 Juin 2014)

Jean 15,26-27/16,12-15

Actes 2,1-13

Galates 5,16-25


Mais qu’est-ce que cela veut dire ?


Frères et sœurs, tous les 3 ans, pour cette fête de Pentecôte, notre guide de lecture nous propose les 3 textes que nous venons de lire. Ce matin, ce qui a retenu mon attention, c’est cette question que se posaient les juifs témoins de cet événement : Mais qu’est-ce que cela veut dire ? (v. 12).


L’ambiance

Nous sommes au cœur d’une fête juive, qui fait elle-même suite à une autre fête juive, toutes 2 ancrées dans l’histoire du peuple juif, que vous connaissez bien :

* la Pâque juive : commémoration de la sortie d’Egypte, de la libération du peuple, pour laquelle sur les portes de chaque maison juive était inscrit un signe avec le sang d’un agneau,

*La pentecôte juive, ou fête de la cinquantaine, ou Chavouot, la fête des semaines, car il s’est écoulé 7 semaines entre la traversée de la mer rouge et le don des tables sur le Sinaï, fêté le 50° jour.

Mais alors, pourquoi la pâque chrétienne, la pentecôte chrétienne coïncident-elles avec ces fêtes juives ? Qu’est-ce que cela veut dire ?


La Pâque juive commémore la libération du peuple, épargné du jugement de Dieu grâce au sang d’un agneau, et Jésus, fils de Dieu, accomplit pleinement la prophétie d’Esaïe annonçant ce serviteur souffrant, maltraité et opprimé, semblable à un agneau qu'on mène à la boucherie, il n'a point ouvert la bouche (Es.53/7).

Ainsi cette nouvelle Pâque, par le sacrifice d’un seul, par un amour absolu du Dieu créateur pour sa création, non seulement ce sacrifice permettra la libération de tout le Peuple, mais de tous les peuples, et en manifestant sa puissance par la résurrection du Fils, Dieu le Père nous permet de nous réconcilier avec Lui, libère chacun de nous de son péché[1], et nous assure de notre propre résurrection.


La Pentecôte juive, elle, commémore le don de la Loi. Cette Loi était censée libérer les juifs, leur donner un code du bien vivre ensemble. Mais ils ne comprirent pas que cette Loi, ces 10 commandements, somme toute basiques lorsqu’on les prend individuellement, frappés du bon sens, aucun humain ne peut les respecter pleinement tout au long de sa vie.

Alors, elle devint vite leur condamnation, leur prison, car ils s’épuisèrent à prouver, à eux-mêmes et à leur communauté, qu’ils pouvaient la suivre et ce fut une escalade dans la recherche de la pureté, de l’autojustification, de l’élévation, dont la tour de Babel est l’exemple manifestant ce désir d’atteindre le Ciel, de s’approcher de Dieu, avec en corollaire cette chasse à la culpabilité dès qu’un évènement contraire, un accident de la vie, une maladie frappe l’un ou l’autre.

Ils n’avaient pas compris qu’au contraire il leur suffisait de laisser Dieu s’approcher d’eux, descendre vers eux, comme leur annonçait J.B., il leur suffisait d’accepter cette incapacité, de s’en remettre à Dieu, à son amour, à son pardon, pour cette fois, vivre ensemble, réellement libres.


Ils auraient pu comprendre ce message de J.B., et discerner que Dieu lui-même s’était abaissé vers eux par son fils bien aimé, ce Jésus, venu non pour abolir la Loi, mais pour l’accomplir en donnant aux hommes la clé qui leur manquait, la dernière pièce de ce puzzle à 10 pièces qui en contenait en réalité 11 : le 11° commandement : je vous donne un commandement nouveau, aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Et alors, grâce à ce 11° commandement, les 10 autres s’éclairent et peuvent être envisagés d’une toute autre façon.


Ce Jésus, ressuscité à Pâques, réapparu aux uns et aux autres en de nombreuses circonstances durant 40 jours, puis enlevé à ses disciples (le jour de l’ascension), leur a fait 2 promesses, qui n’en font qu’une :

- Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps, (Matt 28/20),

- Je ne vous laisserai pas orphelins, je viendrai à vous. Et je prierai le Père qui vous donnera un autre consolateur, afin qu’il demeure éternellement avec vous, l’Esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir, parce qu’il ne le voit point et ne le connaît point; mais vous, vous le connaissez, car il demeure avec vous, et il sera en vous. (Jn 14/15-9)


Que la Pentecôte chrétienne soit célébrée le jour de la Pentecôte juive, cela veut dire que la Loi peut dorénavant jouer son rôle libérateur pour l’Humanité, grâce au commandement nouveau de Jésus et grâce à la présence éternelle du Père à nos côtés, par cet Esprit Saint, ce compagnon, ce consolateur, rendu visible ce jour-là par ces langues de feu descendues sur les disciples, accomplissant cette autre prophétie, de Joël[2] cette fois : je répandrai mon esprit sur toute chair; sur les serviteurs et sur les servantes, je répandrai mon esprit. (2.29)

C’est en cette 1° pentecôte, que l’on passe réellement du temps de la Loi au temps de la Grâce. [3]


L’Eglise

Mais le déroulement même de cette 1° Pentecôte veut nous dire autre chose :

Dans notre liturgie, Pentecôte ouvre le temps de l’Eglise, après le temps du Carême et de Pâques.

Si ce jour-là le Saint Esprit fut donné aux disciples, on remarquera qu’ils étaient tous ensemble (v.2/1), environ 120 (v.1/15), dans le même lieu, sans doute la maison de Marie, propriétaire de la chambre haute, mère de Marc. Ils étaient là, priant peut-être pour trouver une réponse à cette question : qu’est-ce que cela veut dire ? Que veulent dire tous ces évènements dont ils avaient été témoins : la crucifixion de Jésus, sa résurrection, sa visite ici même à plusieurs reprises, son ascension ?

Sans le savoir, la 1° Église fondatrice, elle se trouve là et ce qui la fonde, c’est le don du Saint Esprit, le don de la présence de Dieu.

L’Eglise n’a pas besoin de bâtiments majestueux, d’organisation, de conciles ou de synodes pour être l’Église. L’Église c’est celle qui reçoit cette promesse : là où 2 ou 3 sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux.

Le message de ce matin est que l’on ne peut faire Église tout seul même si Christ est à nos côtés chaque seconde de notre vie.

Nous savons que le Saint Esprit, comme le vent, souffle où il veut, qu’on ne peut ni le voir, ni l’attraper, qu’il ne pèse rien, mais lorsqu’il est là tu le sais, tu le sens. Et lorsque une communauté se rassemble comme nous ce matin, pour prier et louer Notre Seigneur, nous savons, nous sentons que Son Esprit est au milieu de nous. Et il en sera ainsi lorsque nous partagerons tout à l’heure le pain et le vin.


Nos amis pentecôtistes insistent beaucoup sur ce don du Saint Esprit, envisagé comme le souffle de Dieu, ce souffle qui donna la vie à Adam, ce souffle qui emplirait nos poumons dans une longue inspiration, mais qu’il nous faudrait bien expirer, dans un mouvement permanent, irrépressible, d’inspiration/expiration. Cela veut dire que le Saint Esprit ne nous est pas donné pour nous-mêmes, mais pour nous aider à transmettre cette bonne nouvelle de l’Évangile : Amour / Pardon / Réconciliation / Libération, non pas pour les juifs seuls, mais pour l’humanité toute entière.


Les langues

Et c’est là qu’intervient le don des langues du verset 4. Ces hommes venus de tout le bassin méditerranéen, entendant les apôtres, parler leur propre langue se disent entre eux, mais qu’est-ce que cela veut dire ?

Car il n’était pas du tout nécessaire de parler à tous ces juifs de la diaspora, le langage de leur propre région d’origine, car ils parlaient, lisaient tous couramment le grec, qui jouait à l’époque le rôle de l’anglais aujourd’hui.


Alors, pourquoi Luc insiste-t-il sur le fait que les apôtres parlaient dans la langue de chacun ? de quoi est-ce le signe ?

Vous aurez remarqué que lorsque 2 bretons ou 2 basques se rencontrent, en fait, ils se retrouvent, et se mettent spontanément à parler leur langue maternelle. La langue maternelle (v.8), c’est la langue qui me rattache à une filiation, longue et ininterrompue, par ma mère, ma grand’mère, la langue maternelle c’est le signe d’une appartenance à une communauté, mais derrière la langue se cachent bien d’autres choses : des traditions, des usages, une histoire, bref toute une culture : ma langue maternelle est le premier marqueur de mon identité.


La meilleure façon de détruire l’identité d’un peuple est de lui interdire de parler sa langue. Notre République unificatrice l’avait bien compris.


Alors parler à quelqu’un dans sa propre langue, c’est faire un effort, c’est créer une empathie, faire un pas vers lui pour lui dire, je reconnais ton identité, ton altérité, je ne chercherai pas à te séduire par quelque subterfuge, mais j’ai un message à te transmettre, un message qui dépasse toutes les altérités, la tienne comme la mienne, un message de la part de Jésus Christ, sur lequel chacun peut construire sa vie, peut trouver une voie de salut pour sa propre vie, et pour l’Humanité toute entière.


Alors en sortant de ce temple, quelle langue allons-nous parler, pour partager cet Esprit Saint qui nous est renouvelé ce matin, pour partager ce souffle, violent et fragile à la fois ?


Amen,


François PUJOL


[1] Le péché n’étant pas une quelconque faute morale, mais tout ce qui nous éloigne de Dieu

[2] Joël est prophète après le retour d’exil, la Judée étant encore sous la domination Perse.

[3] Le don du pardon/de la réconciliation.