Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 07 Octobre 2001

Culte à GAP (05000)

 

Lectures du Jour :

Habacuc 1, 2-3 & 2, 2-4

2 Timothée 1, 1- 18

Luc 17, 5-10

 


Grandir en humanité


Il fut une époque où la plupart des prédicateurs prenaient un beau verset détaché de son contexte pour le développer en 3 points. Le texte que nous venons de lire en fournirait plusieurs bien sentis :"Ce n'est pas un esprit de timidité que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d'amour et de sagesse"- "Je sais en qui j'ai cru" – « Garde le beau dépôt par l’Esprit Saint qui habite en nous », etc…

Je préfère considérer l'ensemble de ces 18 versets, et tenter de dégager les grandes lignes de leur message.

 

La première, très marquée dans ce début de l'épître, est la tonalité affective des relations humaines dans l’Église. Paul s'adresse à Timothée comme son enfant bien-aimé. Paul n'est pas celui qui l'a initié à la foi, il était déjà un "disciple" quand l'apôtre l'a rencontré à Lystre, mais depuis qu'il en a fait son principal auxiliaire, malgré sa jeunesse, il en est devenu le père spirituel, attaché à lui dans un amour profond, priant sans cesse pour lui. Il évoque les larmes de Timothée lors d'une séparation douloureuse, il a un très vif désir de le revoir, afin d'être rempli de joie. On sent aussi combien Paul a été affecté de l'abandon de membres de l’Église de la province d'Asie, dont il nomme deux d'entre eux, Phygèle et Hermogène. S'il en parle à Timothée, c'est qu'il sait que ce dernier prendra part à sa déception. En revanche, il nomme avec reconnaissance un certain Onésiphore qui n'a pas eu honte de ses chaînes et l'a trouvé dans sa prison romaine pour le réconforter.

Oui, cette lettre est pleine de sensibilité et d’émotion, il était bon de le souligner.

Dans notre Église Réformée, nous savons que la foi n'est pas du domaine du sentiment, mais de la connaissance (Je sais en qui j'ai cru) et nous sommes réservés vis-à-vis de communautés qui nous semblent jouer exagérément sur l'affectif. Mais nous sommes sans doute, nous, exagérément pudiques quant à l'expression de nos sentiments. Peut-être faudrait-il ne pas craindre de manifester mieux, ou plus souvent, dans l’Église, que nous nous aimons d'un amour fraternel, cette grâce qui nous vient de notre qualité commune d'enfants de Dieu.

 

La deuxième remarque globale que m'inspire ce début de la lettre à Timothée concerne la confession de la foi. Nous ne sommes pas, comme pour l'épître aux Romains dans un développement doctrinal. C'est au passage, dans une exhortation à son disciple que Paul rappelle en quelques phrases l'essentiel de l’Évangile, le salut par la grâce, indépendamment des œuvres. Une curieuse expression que nous ne trouvons qu'ici et dans la lettre à Tite: cette grâce « nous a été donnée avant les temps éternels dans le Christ Jésus». Elle a été manifestée maintenant par l'apparition de notre Sauveur le Christ Jésus. Noter cette tournure bien paulinienne qui ne dit pas Jésus-Christ comme si c'était un nom propre, mais la qualification comme Christ, ou Messie, de Jésus de Nazareth. Rejoignant l'image de Jésus lumière du monde, il ajoute que le Sauveur fait briller la vie et l'immortalité par l’Évangile pour lequel lui, Paul, a été établi héraut, apôtre et docteur. C'est ce même Évangile dont Timothée doit lui aussi témoigner.

Ceci m'amène à ma troisième réflexion qui concerne le ministère de Timothée. Il a été consacré au ministère de la Parole par un rite d'imposition des mains. Mais il n'est ni un épiscope, ni un ancien ou un diacre attaché au service d'une communauté locale. Il est un assistant de l'apôtre, que Paul envoie en mission quand il ne peut y aller lui-même dans des Églises où il y a un problème à résoudre, ainsi à Thessalonique ou à Corinthe.

Une réelle diversité des ministères existait déjà au premier siècle. Celui de Timothée correspondrait aujourd'hui dans notre Église à des pasteurs chargés de missions particulières, comme par exemple mon ancien catéchumène Didier Crouzet, chargé des relations internationales de l'E.R.F. , mais aussi des ministères d'aumônier des hôpitaux ou des prisons, des envoyés du DEFAP.

Cette diversité des ministères est une richesse, elle contribue 'à l'annonce de l’Évangile en divers milieux.

Ce ministère de Timothée est une lourde charge, il peut être parfois découragé. Sa timidité parfois le dessert. C'est pourquoi Paul lui écrit pour le réconforter, pour le secouer même, il l'exhorte à ranimer la flamme de sa vocation, à reprendre conscience de la force de l'esprit donné par Dieu: « Ce n'est pas un esprit de timidité, mais un esprit de force, d'amour et de sagesse » (ou de maîtrise de soi). Cet esprit le rendra capable de rendre témoignage courageusement, et s'il le faut, d'endurer la souffrance, comme Paul le fait dans sa rude condition de prisonnier.

Nous savons que tout baptisé est appelé à rendre témoignage, même s'il n'a pas de ministère institué, tout chrétien est appelé à dire simplement à la suite de l'apôtre " je sais en qui j'ai cru, je sais en qui j’espère, je sais en qui je crois » comme le disait un de nos beaux cantiques. Pour être fidèles à notre vocation de témoin, prions pour que nous soit renouvelé le don de cet esprit de force, d'amour et de sagesse qui nous aide à garder le beau dépôt de la foi, à grandir en humanité, c’est-à-dire être toujours plus ouvert aux autres, comme nous le verrons à travers le thème de notre rencontre interreligieuse de ce jeudi.


Amen !


Pr Charles L’Eplattenier