Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 13 Octobre 2019

Culte à Trescléoux (05700)

 

Lectures du Jour :

2 Rois 5, 14-17,

Luc 17, 11-19,  (Voir également méditations du 13/10/2013 et du 09/10/2016)

2 Timothée 2, 8-13

 


Faire demi-tour !


Chers frères et sœurs,

 

Les lectures proposées ce matin, dans le calendrier « La Bible en 6 ans », commun avec nos frères catholiques, mettent en vis-à-vis cette scène bien connue de la guérison de 10 lépreux, et dans le 2° livre des Rois, un épisode de la vie du prophète Elisée, lui-même successeur du prophète Elie.

La similitude entre ces deux scènes est si grande que l’on pourrait indistinctement prêcher sur l’une ou l’autre.

Mais vous allez me dire, qu’y a-t-il de commun entre un pauvre lépreux, samaritain, contemporain de Jésus et ce tout puissant général syrien vivant 8 siècles plus tôt ?  Justement, ils sont tellement éloignés l’un de l’autre que cela même les réunit, comme bénéficiaires, indistinctement, de la grâce universelle et inconditionnelle de Dieu, car c’est bien de cela qu’il va s’agir dans ces deux textes.

 

Naaman

Notre texte nous renvoie entre 850 et 800 avant J.C. : la grande puissance de l’époque, la Syrie (araméenne), avec sa capitale Damas, vient d’annexer le petit royaume d'Israël, avec sa capitale Samarie.

Alors, voici Naaman, l'oppresseur, .général en chef du roi de Syrie, héros couvert de gloire et de distinctions. Et pourtant quelque chose fait de ce grand personnage le plus misérable des hommes : Son bel uniforme recouvre un corps rongé par la lèpre, la maladie ne faisant pas de distinction entre les plus humbles ou les plus éminents parmi les hommes.[1]

Or l'épouse du général avait à son service une jeune esclave juive, qui suggère à celle-ci de consulter le prophète Elisée : Ah, si mon maître pouvait se trouver auprès du prophète qui est à Samarie ! Il le délivrerait de sa lèpre. (v.3)

Vous remarquerez que la servante n’annonce pas un quelconque prodige ou miracle, ni une guérison : elle dit simplement il le délivrera, car c’est bien de cela qu’il s’agit : une délivrance de notre ancienne condition.

Naaman écoute son épouse, demande et obtient l'autorisation de son roi de se rendre à Samarie. Richement doté de cadeaux, il se met en route. Puis malgré la réticence de Joram[2], Elisée lui fait parvenir ce message : Va ! Lave-toi sept fois dans le Jourdain (v.10).

 

Une conversion

Que va faire Naaman ? Son ego en a pris un coup : il se rend chez le roi, pensant être reçu avec les honneurs dus à son rang et on le renvoie vers un inconnu, Elisée, qui ne le reçoit même pas, et lui fait dire par un serviteur, d’aller se baigner dans ce qui n’est pour lui, qu’un petit ruisseau.

Va-t-il rester dans cette posture ? Telle était son attitude initiale, camper dans l’affirmation de soi, mais ses serviteurs le raisonnent et s’il y a un miracle dans cette histoire c’est ce qui se passe maintenant : Naaman va entrer dans un chemin de foi, une expérience intime, une conversion intérieure, qui va lui permettre de se délivrer de son « Moi Je » et d’accéder à la guérison.

Et pour cela, il fallait qu’il renonce aux prérogatives de son statut, qu’il accepte de se reconnaitre souillé, et pas seulement dans son corps, et par cette action qui évoque le baptême, il sera délivré, purifié.

 

La première chose que fait Naaman après sa guérison est d'aller remercier celui qui en a été l'instrument.

Il aura fallu un long et difficile itinéraire personnel pour que Naaman en arrive là. C’est l’itinéraire d’une conversion que Naaman accomplit concrètement en retournant sur ses pas pour remercier Elisée. Comme toute conversion, elle s’accomplit dans l’intimité d’une rencontre avec Dieu : Pas besoin d’artifice, de prodige, une rencontre dans la vérité absolue, dans la nudité la plus totale, pour atteindre : la purification pour Naaman, et pour nous la justification.

 

10 lépreux

Cette histoire de Naaman nous rappelle évidemment celle de ces dix lépreux rendus tout nets par le Seigneur.

Si Jésus envoie les 10[3] vers les prêtres, c’est que la lèpre était signe d’une condamnation divine qui demandait « réparation ». En attendant, le lépreux était proscrit du monde des vivants. S’il guérissait, il devait de nouveau de présenter aux prêtres pour être réintégré dans la communauté, après un sacrifice rituel.

Les 10 sont de « bons juifs », non seulement ils respectent les prescriptions du Lévitique, mais voyant Jésus de loin, ils l’appellent « maître », expression réservée ailleurs par Luc aux seuls disciples.

Jésus les envoie vers les prêtres, sans plus de précision, mais ne les guérit pas.

Et pourtant, ils sont partis vers les prêtres. On pourrait alors se poser cette question :

Qu’est-ce qui les a faits se mettre en route ? L’espoir d’être guéri (ils n’avaient plus rien à perdre), la foi en Jésus, ce « maître » ?

Toujours est-il qu’ils furent guéris et qu’on n’entendra plus parler d’eux : Ils ont fait ce qu’on leur a indiqué, ils sont guéris, ils sont quittes.

Et nous, lequel des 10 sommes-nous ? Nous considérons-nous quittes ? Ou allons-nous dire, comme le psalmiste :

Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu'il m'a fait ? (Ps. 116,12).

Les 9 ont fait ce qu’on leur disait, ont suivi les règles, ils sont guéris il n’ay a rien à redire. Ils ont approché Jésus, l’ont vu (d’un peu loin) mais l’ont-ils vraiment rencontré ? Non, ils restent avec leur mode de pensée ancien, ils continueront toute leur vie à faire ce qu’on leur dit, à suivre les règles.

En revanche, il y en a un qui, voyant qu'il était guéri, revient sur ses pas, glorifiant Dieu à haute voix (17. 15). Il revient vers Jésus pour le remercier. C’est un Samaritain, c'est-à-dire un étranger comme Naaman. La région géographique est la même. La guérison gratuite de Naaman, général en chef des armées ennemies, la conversion (il revient sur ses pas, au propre comme au figuré), dans la reconnaissance, de ce Samaritain qui n’en finit pas de glorifier le Seigneur, préfigurent l’une et l’autre, l'ouverture de la grâce aux hommes de toutes les nations.

Inutile alors de se poser les mauvaises questions du genre : a-t-il été guéri parce qu’il avait la foi (il s’est mis en chemin sans savoir ce qui allait arriver), ou a-t-il eu la foi parce qu’il était guéri ?

Je vous l’ai dit, question totalement inutile, ne servant qu’à nous torturer le cerveau et à faire ressortir une logique de rétribution.

 

Le marchandage de Guéhazi

Et puisqu’il est question de demi-tours, de retournements, l'histoire de Naaman ne s’arrête pas là. Tout le monde se rappelle sa guérison, mais peu se souviennent de la malédiction de Guéhazi à qui va s'attacher la lèpre de Naaman (2 Rois 5.20-27). La malédiction qui va s’abattre sur le plus proche collaborateur d'Elisée est là pour manifester que la théologie de la rétribution est en contradiction totale avec le plan de Dieu concrétisé par le ministère de J.C. et son message constant, celui d’une grâce, d’un don gratuit jusqu’à la croix, sans contrepartie, don d’une nouvelle vie pour celui qui reconnait la nécessité de ce demi-tour, de cette conversion pour entreprendre le cheminement qui le rapprochera du Christ. Cette démarche individuelle est le passage obligé d’un salut possible pour l’Humanité.

Le marchandage de Guéhazi, guidé par l’appât du gain, ne pouvait se conclure autrement : Naaman devait apprendre que le salut est entièrement gratuit, ce que peu de personnes parviennent à accepter, ou à comprendre.

La preuve, sur 10 lépreux, un seul a vu qu’il était guéri, c’est-à-dire qu’il a compris ce qui était en jeu, il a relié cette guérison à la foi qu’il avait placée dans ce maître dont il a croisé le regard. Cette foi qui aura fait irruption dans sa vie sans crier gare !

Les 9 autres sont également guéris, mais ils n’ont pas vu. Ils sont restés aveugles.

Alors, vous l’avez compris, Jésus n’entrainera pas dans son sillage les 9 « bons juifs » ou « bons chrétiens »qui respectent les règles, pour qui l’Eglise n’est qu’une administration de plus, mais ces samaritains, un peu marginaux, qui ont su se réveiller, rendre gloire publiquement et bruyamment à Dieu. Ce sont ceux-là qui travailleront à la guérison du Monde.


Pour conclure

Comme pour Naaman, la guérison du samaritain n’est pas un prodige. Elle est un signe. Le miracle, c’est cette grâce surabondante, grâce immérité, la grâce seule, comme dirait Luther, manifestée en J.C., accessible à quiconque, comme le reconnait Pierre[4] lorsqu’il partage la table de Corneille[5], le centenier romain.

Alors, lorsque le psalmiste se pose cette question « Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu'il m'a fait ? », il apporte cette réponse : « Je crois, et je parlerai ».

Que cette promesse de Jésus au samaritain nous accompagne toute cette semaine « Va, ta foi t’a sauvé ».

 

Amen !


François PUJOL


[1] Il faut voir là une métaphore de notre condition humaine : nos penderies sont elles aussi remplies de beaux habits pour cacher nos lèpres intérieures

[2] Roi d’Israël, fils d’Achab et Jézabel, lourd pedigree ! (Voir leur histoire dans 1 Rois 21)

[3] Jésus s’inscrit totalement dans la tradition juive : Ces lépreux sont 10, soit le nombre minimum pour pouvoir dire les prières communautaires (le Minian).

[4] Actes 10,35 : « En vérité, je reconnais que Dieu ne fait point de différence entre les personnes, mais qu'en toute nation celui qui le craint et qui pratique la justice lui est agréable.… Quiconque croit en lui, reçoit par son nom la rémission de son péché ».

[5] Transgression absolue : manger à la table d’un païen- impur, des mets impurs !