Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 21 Juin 2017

Culte à GAP (05000)

Lectures du Jour :

Quohelet 7, 10

Jean 3, 16-18

2 Corinthiens 5, 17-20



La résistance au changement


Si vous vous tenez informés de ce qui se passe dans le monde, vous avez peut-être fait la même remarque que moi : « dans quel siècle vivons-nous? »

Chine, Russie, Corée du Nord, Etats-Unis, Hongrie, Pologne, Royaume-Uni… l’actualité décrit chaque jour un monde en proie aux démons du siècle passé. Replis sur soi, intimidation, misogynie, populisme, racisme. Et bientôt de nouveau la guerre froide ou pire… la guerre nucléaire.

Au moins, ça a l’avantage rappeler à nos mémoires sélectives que le 20ème siècle n’était pas si merveilleux qu’on l’imagine et que le passé est souvent mieux là où il est : dans le passé.

Ici aussi, autour de nous, le 20ème siècle semble ne pas vouloir nous quitter. Sur un plan religieux, une école hors contrat catholique traditionaliste (blouse, discipline, prière et tout et tout) vient d’ouvrir à Gap.

Les tenues religieuses ostentatoires font leur grand retour, et les discours souvent très conservateurs qui vont avec.

Sur un plan économique, dans les Hautes-Alpes, ce sont les filières du sport et du tourisme qui sont soutenues, mettant en concurrence des communes voisines et pendant des saisons de plus en plus courtes (notamment pour le ski).

Sur un plan écologique, le tri sélectif n’est pas vraiment le fort du département. Un paradoxe dans un département qui mise beaucoup sur son côté nature et bio.


Quelques exemples donc pour souligner combien le poids des habitudes et du « pourquoi changer ? » nous empêchent – même pas d’envisager l’avenir – mais de vivre simplement au temps présent.

Et cet instinct naturel à ne pas changer, à ne pas réformer, est renforcé par l’impression que les repères d’hier ont disparu et que ceux de demain n’existent pas encore.

L’explosion des technologies numériques ont accéléré le temps, diminué la relation à l’autre, dématérialisé le rapport au réel.

Cela intrigue. Cela inquiète.

Ça nous fait dire que tout ça n’annonce rien de bon. Et que du coup, c’était quand même mieux avant, dans le bon vieux temps.

Signe que je commence à vieillir, même moi, je le ressens en voyant mes propres enfants fascinés par les écrans et les multimédia.

C’est là qu’il faut apprendre à relativiser… car au même âge, je jouais avec une carabine, tirant contre les méchants allemands… du coup je me dis que ce n’était pas plus vertueux.

Et d’ailleurs, je ne me souviens pas qu’on m’ait interdit de le faire… ce qui montre combien la culture de la guerre est imprégnée en nous, gens du 20ème siècle.


Mais ce matin, c’est en tant que chrétien que nous avons à entendre cette parole :

Ne dis pas « pourquoi les jours passés étaient-ils meilleurs que ceux-ci ». Car ce n’est pas la sagesse qui nous fait dire cela mais la nostalgie… La maladie du retour en arrière. Ce que des chercheurs appellent le « syndrome du rétroviseur ».

Prendre le rétroviseur pour le pare-brise. Prendre l’arrière pour l’avant, le passé pour l’avenir.


La nostalgie est une maladie. Et le meilleur remède contre elle, à condition de le vouloir, c’est l’espérance. L’espérance que Dieu n’est pas moins présent aujourd’hui au monde qu’hier et avant-hier. L’espérance que Dieu ne sera pas moins présent demain et après-demain qu’il ne l’est déjà aujourd’hui.


Si nous qui nous disons chrétien, nous n’avons pas d’espérance, qui en aura pour nous ?

Si nous n’avons que des peurs, des crispations, des rancoeurs et de l’aigreur à montrer… sommes-nous vraiment des témoins du Christ, des enfants de Dieu, des témoins d’Évangile ?

Non, le passé est passé. Il doit être dépassé. Et il nous revient, à nous, en premier, d’être les sentinelles d’un monde nouveau en même temps que nous sommes les témoins d’un monde passé.


Je veux dire par là que c’est à nous, en premier, de dire à nos enfants, nos petits-enfants, nos arrière-petits-enfants, que le 20ème siècle doit être laissé là où il est. Qu’il faut en retenir les leçons de la haine et de l’horreur, de la violence et de la terreur. Pas parce que c’est nouveau, mais parce que c’est encore assez récent pour s’en souvenir.


Oui, être chrétien, ce n’est pas insulter l’avenir et rejeter le présent. C’est au contraire accompagner le monde qui nous entoure pour avoir le droit de parler et d’être écouté. Et puis parce que tout n’est pas mauvais dans la nouveauté (exemples).

Car notre vocation est de montrer, de témoigner que Dieu ne tourne pas le dos à l’humanité. Mais qu’il l’accompagne dans ces nuits, ces tempêtes, ces folies, quand elle est la proie de ses démons.


C’est pourquoi nous devons, même si cela nous coûte, dire que nous faisons confiance aux plus jeunes, car ils ne sont pas seuls. Si nous doutons d’eux, alors nous doutons de Dieu. Nous témoignons que Dieu nous appartient et qu’il n’est pas fait pour les autres.

Or Dieu n’appartient à personne. Il est libre. Libre comme nous ne le serons jamais. Voici notre espérance. Voici notre salut. Le monde et l’humanité ne dépendent pas que de nous.


Cessons de ne voir que le mal. Car pour un drame que nous déplorons, combien de miracles que nous ne verrons jamais. Dieu est à l’œuvre, partout, tout le temps. Et s’il arrive au mal de remporter une bataille, Dieu permet toujours à la vie de vaincre. De faire d’un mal, un bien.


Alors laissons le passé où il est. Car il y a du nouveau. Christ est vivant aujourd’hui, demain et jusqu’à la fin des temps. En nous. En nous tous.


Il suffit pour cela d’y croire.


Vive demain.


Vive Jésus-Christ.


Amen !


Pr Arnaud Vandenwiele