Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE  30 Décembre 2018 

Culte à Trescléoux (05700)

 

Lectures du Jour :

1 Samuel 1, 20-28,

1 Jean 3,1-24,

Luc 2,40-52

 


Donner la vie


Frères et Sœurs,

 

Vous ayant proposé une méditation sur le texte de Luc il y a exactement 3 ans, je me suis attardé au texte de 1 Samuel, dont je vous propose cette méditation.

Samuel, c’est l’un des personnages préférés des enfants, et nous en gardons tous le souvenir, associé à l’Ecole du Dimanche, et je suis sûr que vous pourriez tous raconter cette histoire de l’enfant Samuel, que Dieu interpelle dans son sommeil et qui répond, après le troisième appel : «Parle Seigneur, ton serviteur écoute ».

 

Les juges

Mais tout d’abord, un peu d’histoire, car nous remontons très loin dans le temps : 11 siècles avant JC, au temps où le peuple hébreu n’avait pas encore de roi, mais des juges, sorte de sages que les tribus venaient consulter car ils savaient discerner la volonté de Dieu. Mais de proche en proche ils interviennent dans les affaires quotidiennes, le peuple étant en conflits réguliers avec ses voisins, de sorte que les juges devinrent également des chefs militaires. Quelques noms vous restent en mémoire : Gédéon, Samson, sans oublier, Déborah, seule femme juge mais qui « régnera » durant 40 années.

 

Samuel sera le dernier juge car le peuple voulait un roi, comme les nations voisines, et Samuel, devenu le prophète du Seigneur, leur donnera Saül, qui deviendra fou, avant de choisir le petit David, de la souche de Jessé.

 

Anne et les autres

Mais dans notre texte, Samuel vient de naître et son prénom «Je l’ai demandé à Dieu», raconte à lui seul son histoire.

Car Anne fait partie de cette cohorte de femmes stériles, par lesquelles des personnages clés de l’histoire d’Israël viendront au monde :

Par ordre chronologique :

* Sarah : femme d’Abraham (Gen. 18), à qui 3 messagers annoncent, sous les chênes de Mamré, que Sarah sera enceinte. Vu son âge, elle n’en croit rien, et se met à rire. Elle a plus confiance dans sa solution, en mettant sa servante dans le lit d’Abraham, de sorte que ce seront deux fils, Isaac et Ismaël qui naîtront et revendiqueront être au bénéfice de l’alliance avec l’Eternel.

* Rebecca, femme d’Isaac (Gen. 25), qui aura des jumeaux, Esaü et Jacob, son préféré,

* Rachel, 2° épouse – à  cause des manœuvres de son beau-père - de Jacob (Gen 30), qui enfantera Joseph dont vous connaissez tous l’histoire,

* la mère de Samson (Juges 13) qui deviendra enceinte dans la piété et l’obéissance au Seigneur

* Anne (1 Sam. 1), qui, comme ces autres femmes stériles est la bien-aimée, la première et la favorite de son mari.

* Elisabeth (Luc 1), plus près de nous, si l’on peut dire, dont le mari Zacharie est prêtre au Temple, enfantera elle aussi, dans la piété celui que l’on surnommera Jean le Baptiste.

 

De la stérilité

Chez les femmes du Peuple hébreu, la stérilité, qui pouvait justifier une répudiation, provoquait une détresse profonde, qui pouvait aller jusqu’au refus de vivre, Rachel, par exemple se considérait comme déjà morte (Gen. 30/1).

C’est que dans la tradition juive, la généalogie est quelque chose de fondamental : Un individu est identifié non seulement par son ascendance, mais aussi par sa descendance, qui doit conduire sa lignée jusqu’à la venue du Messie, sinon cette lignée ne sera pas représentée et la mémoire de ses ascendants sera définitivement perdue dans le Schéol[1].  

Ce qui conduisait ces femmes à considérer que leur stérilité était une malédiction, voire une punition pour une faute commise par elles-mêmes ou un membre de leur famille, et d’y voir la main de Dieu.

Or la naissance, du ventre de ces femmes stériles, de personnages aussi importants pour l’histoire du Peuple Hébreu que Isaac, Jacob, Joseph, Samson, Samuel, Jean-Baptiste, prouve que Dieu est au contraire le Dieu de la Vie, et il nous le prouve aussi à chaque anniversaire de la naissance de notre sauveur Jésus le christ de Dieu : La vie triomphe, triomphera toujours de la mort, c’est notre conviction, c’est notre espérance, c’est ce qui fait de nous des hommes, des femmes debout.

 

La foi d’Anne

La foi d’Anne aurait pu lui faire accepter son destin avec résignation, sans protestation, sans rébellion d’aucune sorte, comme on le voit (trop) fréquemment.

Mais Anne est exactement dans la démarche inverse : elle refuse que ce ventre mort, ce sein fermé (chap.1 v.5), soit la fin de son histoire.

Au lieu d'accepter sa stérilité comme une fatalité, elle en fait le sujet d'une intense prière, le sujet d'un acte de foi, et pour cela elle entre en dialogue avec Dieu.

 

L'histoire d'Anne, c'est celle d'une femme d’aujourd’hui, qui refuse de se satisfaire d'un destin contraire, qui se révolte contre sa situation et réclame sa place dans l'histoire. Et c'est la prière qui devient son lieu de rébellion. Au lieu d'aligner les pieuses formules de soumission, elle croit en un Dieu qui écoute, comme il a écouté Abraham intercédant pour Lot, comme il a écouté Moïse intercédant pour son Peuple. Elle lui expose alors sa souffrance, et en appelle à sa mémoire et à sa fidélité[2]. Car Dieu, le Créateur, est celui qui inlassablement veut donner et redonner la vie.

 

Le désir d’enfant

Depuis quelques années, le désir d’enfant a été érigé en droit à l’enfant, aidé en cela par la maîtrise de diverses techniques biologiques. Mais si celles-ci permettent de réunir les conditions de l’apparition de la vie, l’éclosion de celle-ci restera un mystère. Aucun être humain ne peut se donner la vie, comme on se donne la mort, car la vie procède d’un autre, de Celui qui en est à la fois l’origine et le garant. Ainsi toute vie demande à être reçue comme un don qui ne vient pas de soi.

Jean-Daniel Causse[3] disait : « l’enfant qui arrive dans un foyer n’est pas un enfant que l’on a fait mais un enfant que l’on reçoit comme un cadeau dont on doit rendre grâces. »

 

L’offrande à Dieu

Anne va au bout de cette démarche. Elle ne souhaite pas avoir un enfant pour qu’il soit « à elle », mais pour recevoir la grâce de donner la vie.

Et l’acte ultime de cette démarche sera de faire le vœu de consacrer cet enfant à Dieu, dans un processus total de dépossession, mais elle pourra faire ce don parce que Dieu aura donné le premier.

En donnant naissance à Samuel c’est elle-même qui renait à la vie, il s’agit bel et bien pour elle d’une résurrection.

 

Nos stérilités

Ne sommes-nous pas comme Anne, au-delà de sa stérilité physiologique ? A certains égards n’avons-nous pas dans nos vies des comportements stériles, des attitudes stériles, des propos stériles ?

Alors allons-nous baisser les bras, nous dire qu’il en est ainsi de la condition humaine, faire avec, ou bien allons-nous nous révolter contre ces stérilités, demander à Dieu d’aller au-delà, de donner naissance à une nouvelle façon de vivre, lui demander de nous faire renaître, naître de nouveau en compagnie de son Fils ? Voilà pourquoi cette histoire d’Anne et Samuel. vieille de plus de 30 siècles est si actuelle aujourd’hui.

 

Jésus, le don ultime et parfait

Puis est venu Noël, où Dieu est devenu pleinement le Dieu de la naissance et de la vie.

Anne s’est dépossédée de son fils. Le fils de Dieu s’est dépossédé de sa nature divine pour prendre forme et destinée humaines, pour être « au milieu de nous », pour être l’Emmanuel dépossédé de sa vie, qu’il a donnée pour la multitude.

Et ce don est annoncé par une femme qui était stérile, Élisabeth[4].

La Parole faite chair, est- la preuve vivante et tangible de la fidélité, de l’aboutissement ultime du projet de Dieu pour l’Humanité[5].

Dieu est aujourd’hui pour nous, le Dieu de la renaissance, du recommencement, le Dieu de notre résurrection, ici et maintenant, si nous aussi nous faisons l'expérience de cette dépossession, l'expérience de nous "départir" de nous-mêmes..

 

Conclusion

Le temps de l’Avent vient de s’achever. Ce temps où nous nous préparions à recevoir Celui qui vient, n’était-il pas propice à un travail sur nous-mêmes, un temps propice pour entrer en dialogue avec Dieu, pour lui présenter nos stérilités, nos souffrances, dans la prière, pour ne plus les subir comme des fatalités, pour nous aussi, renaître, naître de nouveau, et avant chaque épreuve à traverser, chaque mort à vaincre, rappeler à Dieu cette promesse qu’il fit à son peuple en déportation :

Car moi, le Seigneur, je sais bien quels projets je forme pour vous et je vous l'affirme : ce ne sont pas des projets de malheur mais des projets de bonheur. Je veux vous donner un avenir à espérer. (Jérémie 29,11)

 

Après avoir prié Dieu, le verset 18 dit que le visage d’Anne n’était plus triste. La paix de Dieu avait rempli son cœur (voir le « cantique d’Anne » ci-dessous) bien avant la réponse divine, qui ne tardera pas. Samuel signifie aussi Dieu m’a exaucé.

 

Amen !

 

François PUJOL


 

 

 

 

 

Le cantique d’Anne (1 Samuel 2,1 et ss)

2.1 Mon cœur se réjouit en l'Éternel, Ma force a été relevée par l'Éternel; Ma bouche s'est ouverte contre mes ennemis, Car je me réjouis de ton secours.

2.2 Nul n'est saint comme l'Éternel; Il n'y a point d'autre Dieu que toi; Il n'y a point de rocher comme notre Dieu.

 

Le cantique de Zacharie (Luc 1,68 et ss)

1.68 Béni soit le Seigneur, le Dieu d'Israël, De ce qu'il a visité et racheté son peuple,

1.69 Et nous a suscité un puissant Sauveur Dans la maison de David, son serviteur,

1.70 Comme il l'avait annoncé par la bouche de ses saints prophètes des temps anciens,

1.71 Un Sauveur qui nous délivre de nos ennemis et de la main de tous ceux qui nous haïssent !

….

 

Le Magnificat de Marie (Luc 1,46 et ss)

1.46 Mon âme exalte le Seigneur,

1.47 Et mon esprit se réjouit en Dieu, mon Sauveur,

1.48 Parce qu'il a jeté les yeux sur la pauvreté de sa servante. Car voici, désormais toutes les générations me diront bienheureuse,

1.49 Parce que le Tout Puissant a fait pour moi de grandes choses. Son nom est saint,

1.50 Et sa miséricorde s'étend d'âge en âge Sur ceux qui le craignent.

 


[1] Désigne le « séjour des morts », la « tombe commune de l'humanité »,  où tous, justes et criminels, rois et esclaves, pieux et impies se retrouvent dans l’obscurité après leur mort pour y demeurer dans le silence et redevenir poussière. Toutefois, il ne s'agit pas là d'un sort définitif, et certains « en seront sauvés » (Psaumes 86:13), ceux qui n’ont pas lutté contre YHWH.

[2] Selon la promesse qu’il fit il y a bien longtemps à Noé

[3] Professeur de théologie systématique et d’éthique à l’IPT de Montpellier, décédé trop tôt (à 56 ans) en Juin 2018.

[4] Luc 1, 42-45

[5] Voir le prologue de Jean  (Jean 1,1-18)