Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 10 FÉVRIER 2019

 Culte à Trescléoux (05700)


Lectures du Jour :

1 Corinthiens 15, 1-11,

Esaïe 6, 1-8, (voir sous cette référence, méditation du 07 Février 2016)

Luc 5, 1-11 (voir sous cette référence, méditations du 07 Février 2010 et 10 Février 20136)

 


Transmettre ce que nous avons reçu

 

Frères et sœurs,

 

Vous ayant déjà proposé une méditation sur Luc en 2010 et une sur Ésaïe en 2013, je voudrais essayer de vous emmener ce matin à Corinthe avec ce chapitre 15 de la lettre de Paul aux Corinthiens.

L’Église de Corinthe, dans les années 50, est un chaudron bouillant. On y trouve à la fois quelques notables influents de la ville et de nombreux esclaves, les uns et les autres d’origine païenne : il y a peu de juifs à Corinthe, ville prospère, aux mœurs assez « relâchées ».

 

D’où la 1ère phrase de ce chapitre 15, « je vous rappelle frères » : il n’est pas inutile, dans ce contexte où la foi chrétienne est confrontée à de nombreuses dérives, de revenir aux fondamentaux et Paul formule ici ce qui deviendra le cœur de notre confession  de foi :

Christ est mort pour nos péchés, il a été enseveli, le troisième jour il est ressuscité et c’est par lui que nous serons sauvés.

Et il ajoute, s’il n’en est pas ainsi, nous aurons cru en vain, ce qui pour lui est inconcevable, pour nous également et c’est  ce qui est au centre du mystère de notre foi.

La résurrection du Christ est bien le point central de notre foi, elle en est l’élément constitutif. Elle est le noyau dur, le « bien commun » de tous les chrétiens, car c’est elle qui scelle notre unité[1], mais c’est également, elle, la résurrection du Christ qui est le principal point de clivage entre ceux qui croient et ceux qui ne croient pas, soulevant ainsi ce mystère du croire.

 

Selon les Écritures

Et Paul encourage ses lecteurs à rester attachés à cette conviction, qui devient certitude, non pas parce qu’il s’agirait d’un évènement tellement extraordinaire, qui s’imposerait à eux, à nous, de lui-même, mais parce qu’il est l’exact accomplissement des Écritures, qu’il cite par 2 fois :

* Sa mort pour nos péchés, faisant référence au prophète Ésaïe, en particulier Ésaïe 53, que vous connaissez tous sous le nom du « serviteur souffrant »

* Sa résurrection, annoncée par le prophète Osée[2].

Ce qui montre une nouvelle fois, le lien profond entre Ancien et Nouveau Testament, faisant de nos communautés chrétiennes, en réalité des communautés judéo-chrétiennes.

 

Les apparitions (4 occurrences)

En insistant sur les apparitions du Christ ressuscité, Paul soulève indirectement une question assez centrale : « avons-nous besoin de preuves pour croire ? »

Si c’était le cas, la notion de foi n’aurait plus guère de sens.

En matière de preuves, Paul aurait pu en invoquer une, initiale[3], c’est la découverte du tombeau vide.

Le problème, c’est que cette découverte a été faite par « des femmes », qui, remplies de joie coururent l’annoncer aux disciples qui les accueillirent assez froidement considérant qu’il s’agissait de rêveries. Seuls Pierre et Jean iront au tombeau « par acquit de conscience ». On connaît la suite.

Paul, qui essaie ici de convaincre une partie des Corinthiens de la réalité de la résurrection du Christ, préfère des preuves plus tangibles : les apparitions du Christ, attestées par des personnes dignes de confiance : 500 frères en même temps, dont la plupart sont encore vivants, vous pouvez aller les interroger, voilà un argument irréfragable !

Mais aussi, Pierre-Céphas[4], qui prouvera, lorsque Jésus lui apparaîtra, que, si la foi peut soulever des montagnes, elle peut aussi vous faire « marcher sur l’eau ».

Et Jacques[5], le frère de Jésus, qui ne croyait pas en lui de son vivant, mais qui deviendra une des trois « colonnes » de l’Eglise chrétienne de Jérusalem[6], et sera prêt à mourir en martyr pour Jésus, après la mort de celui-ci. 

Enfin Paul lui-même, le dernier auquel Jésus est apparu, sur le fameux chemin de Damas où Paul[7] se rendait pour y persécuter des chrétiens.

On peut comprendre l’insistance de Paul sur ces apparitions, dans un contexte où une partie des Corinthiens contestaient la résurrection du Christ et consécutivement la résurrection des fidèles.

Mais on se rappellera les paroles de Pierre : lui que vous aimez sans l'avoir vu, en qui vous croyez sans le voir encore, réjouissez-vous, votre joie est ineffable et glorieuse[8].

 

L’avorton

Mais à partir du verset 8, on change de registre : le texte se transforme en une confession de Paul devant un auditoire[9] réticent devant ce persécuteur des premiers chrétiens[10] qui vient maintenant prêcher au nom de Jésus Christ.

Et il n’hésite pas à se désigner lui-même comme l’avorton et à reconnaitre « je ne suis pas digne ».

Cette phrase-confession, prononcée également par Jean Baptiste, le centurion, la femme cananéenne, Pierre, est la première étape d’une démarche de foi.

En confessant leur « indignité », ces hommes et ces femmes rencontreront Jésus par Grâce, cette grâce imméritée, ce don gratuit. Mais il ne peut y avoir Grâce sans repentance.

L'image de l'avorton est extrêmement parlante. Elle nous rappelle que la grâce de Dieu se moque autant de notre condition sociale que de nos mérites supposés. Dieu appelle des hommes et des femmes ordinaires à son service en leur donnant les forces nécessaires à l'accomplissement de leur tâche.

A vues humaines, rien ne prédisposait Paul à jouer un rôle dans la propagation de la foi chrétienne, au contraire, on vient de le voir.

Plus que l’apparition  du Ressuscité, c’est la rencontre entre Jésus et Paul qui bouleversera la vie de ce dernier. Un autre homme, un homme nouveau va naître de cette rencontre.

Et Paul sait que cette vie nouvelle, c’est à Dieu seul qu’il la doit, Dieu dont il est dorénavant le témoin, le porte-parole.

Sa vie toute entière devient alors réponse à l'interpellation de Dieu.

 

Notre foi

Alors, ce texte interpelle notre foi : pourquoi croyons-nous ? En quoi, en qui croyons-nous ? La réponse, c'est notre foi qui la donne. Non pas croyance en la véracité de tel ou tel fait, mais foi en la personne de Jésus, le Christ, sa mort et sa résurrection, qui nous donnent accès à notre propre réconciliation avec notre Dieu créateur.

Même si les apparitions ne sont plus d’actualité, notre foi est bel et bien le résultat d'une rencontre, qui reste liée à la grâce. Cette grâce qui nous appelle nous aussi à devenir des témoins non pas en vertu de nos qualités propres mais par le libre amour de Dieu. Les modalités de cette rencontre ne nous appartiennent pas. Elles font partie de cette relation singulière que chacun entretient avec Notre Seigneur. Relation singulière, prédisposition, écoute, qui nous ont rendus prêts à accueillir cette parole, cette présence qui donnent sens et qui construisent notre existence.

A l'image de Paul, nous ne pouvons que rendre grâce à Dieu d'être aimés tels que nous sommes, rendre grâce à Dieu de nous avoir permis de (re)devenir celui ou celle que nous sommes vraiment, de nous avoir fait retrouver notre altérité.

 

Proclamer, Transmettre

Au verset 3, Paul annonce aux Corinthiens : Je vous ai transmis ce que j’ai moi-même reçu. Puis au verset 11 : Voilà ce que nous proclamons et voilà ce que vous avez cru.

En tant que disciples, nous sommes, nous aussi, invités à transmettre ce que nous avons reçu. C'est là l'occasion de nous interroger sur notre héritage,  et notre héritage c’est cette Parole contenue dans ce livre. Va-t-il rester sur une étagère empoussiérée, que l’on regarde attendri de temps en temps, comme une relique familiale, pensant avec nostalgie aux générations qui nous ont précédés et qui ont consacré leur vie au Seigneur, ou va-t-on y trouver le sens de notre propre vie après y avoir rencontré le Christ ?

Alors que le temps des apparitions semble révolu, la rencontre est une expérience d’aujourd'hui que je souhaite à chacun d’avoir vécue. Mais le Christ nous assigne un rôle, celui de témoins de la Parole de résurrection.

Que signifie aujourd’hui pour nous ce Matthieu 28/20 : Allez, évangélisez les nations ?

Partir au fin fond du Lesotho ? Ou bien, donner, rendre, ce que nous avons reçu dès le coin de la rue, ou pour nous, le bout du chemin ?

Comment recevons-nous cette parole de grâce, de Dieu pour notre vie ?

Quelle réponse lui donnons-nous ? La foi n’est pas une croyance, c’est une espérance qui met en action, pour proclamer cette Bonne Nouvelle, comme le fait Paul quelques versets plus loin : Christ est ressuscité et s‘il est ressuscité, nous aussi nous ressusciterons, avant de pousser ce cri en forme de défi: Mort, où est ta victoire ?

Dans notre lecture de ce matin, Esaïe a répondu « Moi, tu peux m’envoyer ».

A travers un  enfant vulnérable, un serviteur sacrifié, c’est Jésus crucifié au bout de son itinéraire terrestre, qu’Ésaïe annonce. Mais au Christ de Dieu ressuscité, nous, nous pouvons répondre « Nous, tu peux nous envoyer ».

 

Amen !

 

François PUJOL

 


[1] [1], que nous avons rappelé lors de cette dernière semaine de prières pour l(unité des chrétiens.

[2] Osée 6, 2 : Au bout de deux jours, il nous aura rendu la vie, au troisième jour, il nous aura relevés et nous vivrons en sa présence.

[3] Peut-être n’en avait-il pas connaissance, vu la façon  dont les disciples accueillirent cette nouvelle.

[4] Paul nomme toujours Pierre, Céphas : sa langue maternelle est le grec.

[5] Jean 7.5.

[6] Jacques, Pierre et Jean. Vois la lettre aux Galates (2,9)

[7] Qui s’appelait encore Saul de Tarse. D’où la question posée par Jésus « Saul, Saul pourquoi me persécutes-tu ? » (Actes 9, 1-30)

[8] 1 Pierre 1,8

[9] Les lettres de Paul ;étaient lues publiquement dans els communautés

[10] Il a assisté à la lapidation d’Etienne (Actes 7, 58).