Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 23 FÉVRIER 2020

Culte à Trescléoux (05700)

Lectures du Jour :

Ésaïe 8, 23-9,3

Matthieu 4, 12-23

1 Corinthiens 1, 10-24



Se nourrir de nos différences

 

l'origine :

Tout d'abord essayons de remettre ce passage dans son contexte historique.

Paul,  cet apôtre né à Tarse, parlait quatre langues : l’Araméen, l’Hébreu, le Grec et probablement le Latin.

L’araméen était sa langue maternelle et le grec celle de Tarse et de l’Empire. Il connaissait bien l’hébreu.

 Paul appartenait aux trois cultures les plus importantes de son temps : la culture romaine, la culture grecque et la culture hébraïque. Son éducation et ses racines lui donnaient ainsi une largeur d’esprit, une polyvalence exceptionnelle.

 

Corinthe :

La ville de Corinthe occupe en Grèce une position centrale : C'est une ville importante comptant à l'époque de Paul, dans les 700.000 Habitants.

Tous les cultes s'y côtoyaient autant pour les grecs, les romains les orientaux.

Les écoles de philosophies y fleurissaient.

 

Paul fonde l'église de Corinthe en 51.

Ce sont tout d'abord des Juifs qui se convertissent. Puis Paul se tourne vers les non-juifs et un grand nombre deviennent chrétiens. En deux ans Paul rassemble l'église la plus nombreuse de sa carrière.

 

Au bout de 5 ou 6 années Paul reçoit une lettre de l'église de Corinthe soulevant de multiples problèmes. En même temps il est informé par des marchands se rendant régulièrement à Corinthe, que l'église se divise et des cas de querelles et d'immoralité sont avérés.

 

L'histoire :

Au départ de ces conversions, j'imagine bien les corinthiens enthousiastes dans la découverte du message de Jésus tout heureux de trouver enfin le chemin spirituel qui les réconforte, les apaise.

 

Premier épisode : tout est beau tout est neuf.

 Et puis ce message qui leur parle tout au fond d'eux, il leur donne l'impression de toucher le saint graal, d'avoir trouvé les paroles d'amour qui réchauffent leur cœur. Ces paroles qui donnent espoir dans cette vie nouvelle qui se propose à eux et qu'ils affirment par le choix du baptême.

Il y a une grande envie de partager, ce Dieu d'amour. Il nous fait tellement de bien qu'il faut que chacun ressente ce bonheur, il faut  que tout le monde reçoive et comprenne le message de Jésus.

 

Deuxième épisode : Et puis on entre dans un nouveau chapitre, celui de l'organisation de l'église. Les corinthiens vont se retrouver et partager cet enthousiasme ils vont bâtir ensemble cette nouvelle église.

Cette deuxième phase, c’est celle de l'organisation de cette nouvelle communauté, qui mobilise les énergies.

Tout est à créer dans cette situation, chacun peut y trouver sa place, il y a tellement à faire.

La densité, dans une nouvelle église comme celle de Corinthe, engendre la formation de groupes. Ils se forment par affinité, par lien social, par origine aussi.

Dans ces groupes, surement qu’Apollos le Juif d'Ephèse et Céphas (qui n'est autre que l'apôtre Pierre), était de bon tribuns charismatiques. Ils devaient avoir des facilités à exprimer leur pensée, leurs convictions. Si bien qu’ils devaient fédérer autour d'eux et des frères et sœurs ont dû s'attacher à ces guides spirituels.

Il paraît envisageable que des grecs se rapprochent entre grecs plus facilement et qu'il en soit de même pour les juifs. Chacun construit cette nouvelle communauté avec son histoire, ses traditions, sa façon de penser, sa personnalité.

Nous recherchons tous le confort des certitudes. La certitude de la pensée, le chemin bien tracé, bien droit ou le doute n'a pas sa place.

C'est agréable de se retrouver à plusieurs pensant la même chose. Seul on est à peu près sûr de ce que l’on croit, mais à plusieurs on est rempli de certitudes, il n'y plus de place au doute on est convaincu.

 

Troisième épisode : Mais peu à peu des grains de sable commencent à se glisser dans la machine. On découvre que le groupe d'un tel n'est pas tout à fait d'accord avec nous,  Il y a plein de petites différences qui commencent à devenir des divergences.

Ces chrétiens différents de nous donnent l'impression d'être aussi persuadés que nous, ils sont aussi convaincus que nous  et s'expriment avec le même  enthousiasme.

 

 Comme le souligne Paul Les grecs recherchent et doivent trouver la parole de sagesse du christ.

 Les Juifs recherchent les signes divins, La preuve de la puissance de Dieu.

 Les Romains enthousiastes de cette relation avec un seul Dieu doivent avoir quand même des points de convergences avec  leur culture religieuse polythéiste  originelle.

Nous étions bien posés avec nos convictions. Nous sommes persuadés de la justesse de nos idées, de notre foi qui pourrait déplacer des montagnes. Nous avons besoin de ces certitudes.

Mais des détails commencent à nous déranger :

Comment, ces frères et sœurs  peuvent-ils ne pas penser exactement comme nous ? Il y a un seul christ donc une seule communauté possible et un seul courant de pensée.

Il est de plus en plus difficile de supporter l'expression de ces différences.

Il est facile de voir des erreurs d'interprétation de la part de ces frères et sœurs qui n'ont pas le même logiciel de départ.

On peut justifier cela par les différences  culturelles, les traditions d'origine qui font partie de notre être.

Et peu à peu ces frères et sœur en Jésus, deviennent inconsciemment des adversaires, des frères ennemis. L'expression de ces différences fait mal à celui qui les ressent, les entend et le fossé se creuse.

Et comme dans une famille, la déception est encore plus forte quand elle vient de l'intérieur.

C'est de la colère qui nous sépare de nos frères et sœurs, cette colère est d'autant plus grande que nous avions ressenti un bonheur presque parfait et que l'on s'attendait à le vivre en communauté.

Le christ nous a changés, il a fait de nous des hommes nouveaux. Des hommes nouveaux oui mais pas des clones. Des êtres humain avec chacun son histoire et qui doivent vivre avec ces différences.

 

Le monde d'aujourd'hui et l'église de Corinthe  ne se ressemblent-t-il pas ?

 

Le monde avec tous ces pays et leurs conflits stratégiques, notre pays avec ses conflits sociaux, nos localités en ces périodes d'élections municipales, nos familles avec l'accueil de conjoints, l'éducation de nos enfants ?

Que ce soit dans le micro de nos vies ou le macro de l'humanité, le désir de vérité absolue exacerbe l'intolérance de nos différences.

Que ce soit dans notre chaumière ou dans le plus grand des palais, on retrouve toujours cette tentative de rechercher la vérité unique, ce besoin  de rassembler sous une seule et même pensée.

 

Parents nous établissons des règles nous pensons être les seuls garants de la morale. Notre vie nous a donné les réponses et qui doivent être les même pour nos enfants.

J'ai l'impression que nous devenons parfois pas très tolérants de ce que peut être un enfant, un ou une ado, un jeune homme ou une jeune femme.

 

Mais, les voyons-nous comme des êtres humains libres de penser, des hommes et des femmes uniques et non pas comme des copies de nous-mêmes à améliorer ?

 

Elu local, le couperet de l'élection nécessite l'énergie de la certitude pour convaincre les électeurs et démonter les projets adverses.

Ce jeu de combat partisan et surtout la victoire, remplit encore plus de certitudes. Là aussi une seule vérité existe.

Ne parlons pas des élus nationaux ou encore moins des monarques où l'égo déjà démesuré est encore accru par l'ivresse du pouvoir. Et dans ce cas on peut entendre « je suis la Vérité » !

 

A tous ces niveaux on retrouve cette faculté à déterminer une vérité absolue, en la rationalisant. On la rend presque matérielle, elle devient concrète. On a l'impression que l'on va pouvoir avancer plus vite, plus loin.

Le soutien du plus grand nombre, des plus puissants, rend légitime notre raisonnement. Ceux qui ne sont pas d'accord on forcement tort puisqu'ils sont moins nombreux.

 

A l'époque de Paul, la chance des corinthiens est dans la jeunesse de leur église, et dans le recul que peut avoir le fondateur de cette église. Il n'y a pas eu encore, à priori, de prise de pouvoir d'un courant ou d'un autre.

 

Paul s'est éloigné longtemps. Il a le détachement nécessaire pour essayer de rassembler tous ces courants. Il connait les cultures différentes. Il a choisi d'écrire, peut-être ne peut-il pas se déplacer[1].

Mais ce choix de communication donne tout son poids aux mots. Paul a dû peser chaque mot, chaque phrase.

 

Chacun de vous parle ainsi: Moi, je suis de Paul! et moi, d'Apollos ! et moi, de Céphas ! et moi, de Christ ! Christ est-il divisé ? Paul a-t-il été crucifié pour vous, ou est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés?  (V.12-13)

 

Paul fait tout pour sortir des querelles présentes au saint de l'église de Corinthe. Il ne met en avant aucune personne et relativise son leadership. Il précise qu'il n'a pas pris la responsabilité du baptême au sein de cette église. Personne ne peut se déclarer de Paul. Il prend son cas personnel pour chasser l'idée de suivre un meneur.

Il ne créé pas non plus de courant majoritaire pour établir un fonctionnement autoritaire et légitime de par le nombre à partir de sa personne.

 

Ce n'est pas pour baptiser que Christ m'a envoyé, c'est pour annoncer l'Évangile, et cela sans la sagesse du langage, afin que la croix de Christ ne soit pas rendue vaine. (v.17)

 

Ce que  Paul  rappelle  aux corinthiens, c'est  qu’au-delà de notre cheminement, de notre réflexion rationnelle, de nos envies de vérité, de nos besoins de démonstration de force,  il y a un acte fou, un acte irrationnel, un choix de dingue, la mort du Christ sur la croix.

 

Au-delà de notre besoin de guide suprême, il y a l'homme le plus proche de Dieu qui accepte de mourir seul pour tous les hommes de la terre. Il choisit de briller non pas par ses discours mais par le mystère de la crucifixion.

 

Paul oppose le besoin de rationalité, de certitudes dans nos choix de vie d'être humain à la folie de Jésus, sa mort, sa résurrection, et son ascension.

 

Où est le sage? Où est le scribe? Où est le disputeur de ce siècle ? Dieu n'a-t-il pas convaincu de folie la sagesse du monde ? Car puisque le monde, avec sa sagesse, n'a point connu Dieu dans la sagesse de Dieu, il a plu à Dieu de sauver les croyants par la folie de la prédication. Les Juifs demandent des miracles et les Grecs cherchent la sagesse : nous, nous prêchons Christ crucifié; scandale pour les Juifs et folie pour les païens (v.21-23),

 

C'est encore plus fou, car cet homme, fils de Dieu, qui aurait pu montrer la Puissance de Dieu au Juifs, qui aurait pu choisir de construire une immense église autour de lui pour ravir les païens, qui aurait pu être le plus  grand enseignant du monde, le philosophe pour l'éternité aux yeux des Grecs, Eh bien il a montré un autre chemin incompréhensible : il a choisi la mort.

Pas pour sauver ses disciples et l'ensemble des hommes et femmes qui avaient foi en lui mais pour sauver  l'humanité tout entière.

 

Car la prédication de la croix est une folie pour ceux qui périssent; mais pour nous qui sommes sauvés, elle est une puissance de Dieu (v.18).

 

Et aujourd'hui où l'on voit que les difficultés rencontrées par l'église de Corinthe sont peut-être une généralité dans notre  humanité qui fonctionne sur les critères de recherche d'efficacité, d’avancer plus vite, plus  loin, qui partage les hommes entre des majorités qui détiennent la vérité absolue et des minorités qui ont forcément tort.

 

Et nous, qui sommes-nous au milieu de tout cela ?

Et bien peut être ceux qui ont une solution, nous avons foi dans le message du Christ et nous avons peut être une clef. Une clef propre à chacun et en même temps universelle, une clef qui ouvre les portes situées sur  tous les chemins spirituels.

 

Je pense qu'aujourd'hui nous voyons les limites de toutes les administrations de l'homme pour l'homme. Car le choix de la      majorité, au fil du temps abandonne des laissés pour compte et ces exclus s'accumulent au gré de majorités changeantes.

 

Mais ces minorités qui ont tort puisque la Majorité a raison, que deviennent-elles ?

 

Et bien la force de Jésus n'est-elle pas dans l'amour du faible, du plus petit, du minoritaire, de l'insignifiant ? La force de notre foi n'est-elle pas dans le doute qui nous pousse à réfléchir, à comprendre ?

Le christ nous appelle à porter un regard sincère sur celui qui est différent par sa pensée et à entendre avec sincérité les paroles de l'autre et de s'en nourrir aussi.

 

Arnaud nous appelé, dimanche dernier, à vivre en poésie. Il nous disait de rechercher la beauté dans nos vies,  la beauté de nos actes, en prenant comme exemple : Nelson Mandela, Martin Luther King, le pape, la jeune Greta Thunberg.

Tous ont eu une part d’ombre, mais leur engagement est beau par leur sincérité, beau par leur liberté, car oui, la folie de la croix, la beauté du choix de Jésus, rendent beaux nos actes, la foi et le doute remplissent de poésie nos paroles.

 

Et que la parole du croyant différent nous éclaire aussi.

 

Amen !


Pierre BRUNET


[1] Il est assez souvent en prison ou en résidence surveillée.