Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 25 Février 2018

Trescléoux (05700)

Lectures du jour :

Genèse 22, 1-18,

Romains 8,28-39,

Marc 9, 2-10




Toutes choses concourent à notre bien ?


Chers frères et sœurs, vous ayant proposé il y a 3 ans une méditation sur ce texte de Genèse 22[1], je vous propose ce matin de méditer sur la lettre de Paul aux Romains.


Auparavant quelques précisions :

* Paul est à Corinthe. Une communauté s’est créée à Rome au tout début des années 40, à partir de juifs de la diaspora qui assistèrent à la crucifixion du Christ lors de la Pâque puis repartirent à Rome persuadés de sa résurrection, convaincus que Jésus avait accompli les prophéties et qu’il était le Messie tant attendu[2].

* Paul veut aller évangéliser l’Espagne et il aura besoin de l’Église de Rome comme base de départ, il faut donc les convaincre d’adhérer à ce projet, mais cette communauté, judéo-chrétienne, voit d’un mauvais œil l’action de Paul auprès des païens.

* De plus, Paul doit retourner à Jérusalem, avec le produit des offrandes qu’il recueille auprès de toutes les communautés, pour conforter la communauté de Jérusalem, et aussi pour manifester l’attachement, le rattachement de toutes ces communautés disséminées dans le bassin méditerranéen à la communauté de Jérusalem, mère de toutes les autres, communauté dirigée par Jacques dit le Juste[3], lequel ne voit pas non plus d’un très bon œil l’action auprès des païens de Paul qui sera heureusement soutenu par Pierre.

* Donc Paul écrit cette lettre[4] aux Romains qu’il ne connaît pas et qu’ils ne connaissent pas et qui sera lue, à haute voix, devant une Assemblée, au départ peu réceptive,  je vous laisse imaginer l'ambiance.


Lecture du passage Romains 8, 28-39


Pour s’attirer l’empathie de l’auditoire, Paul va faire un point général sur les fondements de la foi chrétienne, sur leur fidélité commune à la personne du Christ et à son message, qui fait de Paul et de ces chrétiens romains, des frères. Un message propre à faire disparaître leurs réticences vis à vis de lui.


Cette lettre aux Romains, dans ce contexte local et historique singulier, est devenue malgré elle une sorte de traité théologique de portée générale, où Paul reformule ce qui est l’armature centrale de sa théologie : Dieu accorde le Salut gratuitement à tous ! Il choisit de faire grâce à chacun, indépendamment de nos fautes ou de nos mérites supposés. C’est une véritable libération qui nous est offerte, libération de notre condition humaine pour chaque homme et chaque femme, et plus précisément libération de la Loi pour les juifs.

Et notre lecture, qui est au cœur de cette lettre, commence par cette affirmation : 

Toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu.


Que de confusions n’a-t-on pas propagées à partir de cette affirmation, comme si aimer Dieu était une assurance tous risques, un laisser passer pour traverser la vie sans vicissitude. Quel serait ce Dieu-là ? Et que faudrait-il dire à ceux qui traversent des épreuves telles qu’ils en arrivent à douter de la justesse de leur foi, se convaincre que Dieu les a abandonnés, qu’ils seraient coupables de l’on ne sait quelles fautes, ou si ce n’est pas eux, peut-être leurs parents, comme l‘affirmaient les pharisiens devant l’aveuglé né ?[5]

C’est exactement le contraire que veut affirmer Paul, quelles que soient les tragédies que vous traversez, l’amour de Dieu vous est définitivement acquis, Dieu ne vous lâche pas, conservez votre volonté de vivre, votre courage d’être car au bout de votre course terrestre, vous êtes, vous aussi au bénéfice de cette promesse : Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son fils unique afin que quiconque croît en Lui, ne périsse pas mais qu’il ait la Vie éternelle[6].


Et Paul précise sa pensée, par une répétition dont il est coutumier : ceux que Dieu a connus d’avance, il les a prédestinés, prédestinés il les a appelés, appelés il les a justifiés, justifiés il les a glorifiés.

Et là aussi, pas de confusion ! Certains, Calvin y compris, se sont appuyés sur cette anaphore pour développer l’idée que tout serait joué d’avance, qu’il ne sert à rien de se battre contre son destin. Combien de chrétiens cette conception n’a-t-elle pas découragés, voire détournés ? L’argumentation de Paul est toute autre :


Effectivement, Dieu nous connaît tous, puisqu’il est Le Créateur, mais en même temps il nous prédestine tous à être semblables à son Fils, dont il veut que nous devenions son frère (v.29). C’est pourquoi il nous appelle tous. Et ceux qui répondront à son appel seront justifiés, rendus justes, par sa grâce, et ils seront glorifiés, comme le fils prodigue fut glorifié par son père à son retour, retour précédé par la repentance : il entra en lui-même nous dit Luc (15/17).

Notre Dieu est un Dieu aimant, ce n’est pas un marionnettiste qui jouerait avec ses ficelles pour nous tourmenter.

Et Paul enchaîne avec cette seconde affirmation choc : 

Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?


Ils ne manquent pas, nos adversaires, devant les réalités douloureuses de l'histoire, pour nous dire : où est-il votre Dieu ?, pour instiller le doute, la division[7], pour nous démontrer qu’après la vie il n’y a rien d’autre que le néant, que cette Humanité, cupide et cruelle ne peut que courir à sa propre perte.

Elles ne manquent pas, les circonstances de la vie qui vous font douter que Dieu est pour nous. Comment s'ancrer dans l'amour de Dieu quand tout semble perdu ?


Alors Paul imagine un tribunal (v.33) avec Dieu en juge bienveillant, Christ en avocat de la défense, devant nos adversaires cherchant à nous discréditer, à nous séparer de l’amour de Dieu. Mais rien n’y fait.

Cet amour est indéfectible, car il ne dépend pas de nous, ni de nos actes, ni de nos pensées, mais de la volonté de Dieu seul, qui par avance fait grâce à celui qui croit[8].


Et Paul imagine toutes les circonstances qui pourraient nous éloigner de cet amour, tous ces évènements qui peuvent nous conduire au fond du trou, au fond du doute, ce sont nos bas mais aussi nos hauts, ces circonstances propres à nous éloigner de Dieu, nous croyant capables de piloter seuls notre vie, nous laissant griser par l’affirmation de soi. Même cela ne peut nous éloigner de l’amour de Dieu, manifesté en Jésus christ notre Seigneur (v.39).


On comprend alors que Luther, relisant cette lettre, et ces affirmations choc de Paul, ait redécouvert cette vérité : Dieu accorde le salut gratuitement à tous ! Ce message libérateur, à l’origine de la Réforme protestante est aujourd’hui partagé par toutes les communautés chrétiennes.


S’il fallait démontrer le caractère central de cette lettre aux Romains, il suffirait de rappeler que les biblistes catholiques et protestants qui entreprirent à la fin des années 60, la Traduction Œcuménique de la Bible, commencèrent par la lettre de Paul aux Romains, car, pensaient-ils, s’ils arrivaient à se mettre d’accord sur la traduction de cette lettre, ils y arriveraient pour les 65 autres livres. Et ce fut le cas, ce que salua Marc Boegner, alors président de l’ERF et de la FPF : « Cette lettre aux Romains qui fut au centre de nos discordes dans l’Histoire est devenue le sceau de notre communion ».


Alors Paul peut dire que nous sommes plus que vainqueurs (v.37), non pas parce que nous aurions par nous-mêmes la force de résister à l'adversité, mais parce que cette force nous est donnée par Dieu.

Nous n’avons rien à craindre de l'adversité du présent car malgré les apparences, notre destinée éternelle est entre les mains de Dieu.

Alors, non seulement nous savons où nous allons, mais nous savons que le jour où nous ferons le grand saut, la porte nous sera ouverte, la porte de l’éternité, qui nous conduira vers le Père, avec qui Christ nous a réconciliés.


« Je suis la porte, dit Jésus. Si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé; il entrera et il sortira, et il trouvera de verts pâturages » (Jean 10/9)


Amen !


François PUJOL


[1] Du 1er mars 2015 : « Le sacrifice d’Isaac » que les juifs nomment « la ligature » décelant une autre interprétation possible de cet évènement. Voir notre site.

[2] Pierre ne les visitera que plus tardivement

[3] frère de Jesus et de Jude

[4] Et la confie à Priscille et Aquila, chrétiens Romains, qui avaient été expulsés en 41 par l’empereur Claude.

[5] Sans parler de la « théologie de la prospérité », développée par certaines communautés, notamment les pentecôtistes d’Amérique latine.

[6] Jean 3/16

[7] A méditer : « Satan », en hébreu, cela veut dire « l'accusateur », et « diabolos » en grec cela veut dire « le diviseur ». Une ancienne version du Notre Père disait « délivre-nous du malin ».

[8] Ephésiens 2/8 : Car c'est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu.