Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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La Cévenole

Cet hymne écrit par Ruben Saillens [1], pasteur, poète, théologien, évangéliste revivaliste né à Saint Jean du Gard (musique de L. Roucaute) fut chanté pour la première fois lors d'une réunion commémorant la Révocation de l'Edit de Nantes à Saint Romain de Tousque, le 23 août 1885.

Cet hymne constitue la parfaite synthèse entre la fidélité aux persécutés du « Désert » et l’appel à un réveil de ceux qui le chantent aujourd’hui (le refrain), dans la foi et l’Espérance.

1

Salut montagnes bien aimées,

Pays sacré de nos aïeux.

Vos vertes cimes sont semées,

De leur souvenir glorieux.

Élevez vos têtes chenues

Espérou, Bougès, Aigoual,

De leur gloire qui monte aux nues,

Vous n’êtes que le piédestal.


Refrain

Esprit qui les fis vivre,

Anime leurs enfants

Anime leurs enfants

Pour qu’ils sachent les suivre.

2

Redites-nous, grottes profondes,

L’écho de leurs chants d’autrefois ;

Et vous, torrents, qui, dans vos ondes,

Emportiez le bruit de leur voix.

Les uns, traqués de cime en cimes,

En vrai lions surent lutter ;

D’autres - ceux-là furent sublimes -

Surent mourir sans résister.

Refrain

3

O vétérans de nos vallées,

Vieux châtaigniers aux bras tordus,

Les cris des mères désolées,

Vous seuls les avez entendus.

Suspendus aux flancs des collines,

Vous seuls savez que d’ossements

Dorment là-bas dans les ravines,

Jusqu’au grand jour des jugements.

Refrain

4

Dans quel granit, ô mes Cévennes,

Fut taillé ce peuple vainqueur ?

Quel sang avaient-ils dans les veines ?

Quel amour avaient-ils au coeur ?

l’Esprit de Christ était la vie

De ces pâtres émancipés,

Et dans le sang qui purifie

Leurs courages étaient trempés.

Refrain

5

Cévenols, le Dieu de nos pères

N’est-il pas notre Dieu toujours ?

Servons-le dans les jours prospères

Comme ils firent aux mauvais jours ;

Et, vaillants comme ils surent l’être,

Nourris comme eux du pain des forts,

Donnons notre vie à ce Maître

Pour lequel nos aïeux sont morts.

Refrain


[1]Pour un biographie complète de Ruben Saillens, voir : 

wikipedia.org wiki/Ruben_Saillens


Et l’ouvrage testament de Ruben Saillens[1]


On peut lire en 4° de couverture :

"Le Mystère de la foi est l’« ouvrage-testament » de son auteur, l’évangéliste Ruben Saillens (1855-1942), que Sébastien Fath, expert de l’histoire du protestantisme évangélique,  a signalé dans un ouvrage récent comme la « principale figure évangélique du protestantisme français au tournant des XIXe et XXe siècle ».

Présentation concise et pédagogique de la doctrine chrétienne, le Mystère de la foi a ainsi acquis, soixante-dix ans après sa première publication, l’intérêt supplémentaire que lui confère l’histoire : il permet de faire connaissance avec les convictions du mouvement évangélique contemporain telles que celles-ci s’exprimaient à ses origines. Au lecteur actuel cependant, il offre tout d’abord, selon la formule d’Henri Blocher, « un concentré de lumière biblique », une lumière qu’il fait en particulier rayonner dans des « lieux théologiques » qui ont souvent été menacés par l’obscurité dans l’histoire de l’Église : le message de la Croix, la liberté chrétienne, l’autorité de l’Écriture. Pour « guider le lecteur sincère sur le chemin de la foi, qui est le chemin de la vie ».

Ruben Saillens (1855-1942), natif de Saint-Jean-du-Gard, pasteur baptiste, a été l’un des principaux animateurs de la Mission Populaire Évangélique (dite « Mission Mac All ») puis le fondateur de l’actuelle Église du Tabernacle (1888) et de l’Institut Biblique de Nogent (1921)."

[1]  Aux Editions Farel :

www.editionsfarel.com 

Diffuseur : 

Excelsis – 385 chemin du Clos – 26450 Charols * www.xl6.com


Vous avez dit « Réveil » ?

Lorsque l’on utilise cette expression : « Réveil religieux », on voit à peu près de quoi l’on veut parler. Le réveil est une respiration spirituelle :

Après une longue et lente expiration, la respiration est un mouvement bref, qui peut être d’autant plus brutal et violent que l’on risquait l’asphyxie, et l’on renaît (ce sont « les Born Again » ou le « Great Awakening » américains), on revit, d’où l’expression « revivaliste ».

Mais comme pour toute respiration, le Réveil peut cacher « des réveils », des alternances Expiration / Inspiration, qui se sont effectivement produites tout au long du 19° siècle.

Car si certains considèrent que la Réforme elle-même fut un mouvement de réveil (du catholicisme[1]) avec ses flambées de violence (Guerres de religion en France, Guerre des Paysans en Allemagne), elle fut suivie d’une longue expiration/agonie après l’édit de Fontainebleu (révocation de l’Edit de Nantes), et ce n’est qu’avec la révolution de 1789 que les protestants français ont pu renaître[2] dans un premier Réveil, sous la protection de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen le 26 Aout, et en particulier ses articles 10 et 11 :

Art. 10. Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la Loi.

Art. 11. La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi.


La renaissance

C’est donc grâce à cette déclaration des droits de l’homme et du citoyen que les protestants français purent réintégrer pleinement le corps social dont les avait exclus l’Edit de Fontainebleau. Et ils le firent avec une volonté farouche, avec la ferme intention de retrouver la place qu’ils occupaient dans la société au moment de la publication de l’Edit de Nantes, un grand nombre de familles revenant d’exil (Angleterre, Pays Bas, Suisse), familles d’industriels, de banquiers, qui prospèreront tout au long du 19ème siècle, et seront les bailleurs de fonds des actions sociales, éducatrices, évangélisatrices, menées par les mouvements protestants (sous leurs diverses dénominations).

On construit donc des temples, on forme des pasteurs à la faculté de théologie de Montauban[3], mais cette volonté d’intégration sociale eut des répercussions sur le discours théologique, un grand nombre de pasteurs adoptant les discours ambiants, sous l’influence du culte de la Raison, et de la philosophie des Lumières et un certain nombre d’entre eux fréquentant les loges maçonniques. On évite ainsi d’aborder certains thèmes lors des prédications dominicales[4] (le Symbole des Apôtres, la naissance miraculeuse du Christ et sa résurrection, la Trinité, le Salut par Grâce, etc…).

Mais les voix sont également nombreuses pour dénoncer cette dérive « libérale » et « rationaliste ». Elles prônent un retour aux fondamentaux de la Réforme, la Confession de Foi de La Rochelle, à l’héritage du Désert (encore tout proche), une relation à Jésus Christ qui s’appuie sur une expérience personnelle plus que sur l'adhésion à un enseignement.

Ainsi naissent, au sein même de l’Institution ecclésiale, des mouvements de Réveil, sur tout le territoire, qui pourront prendre ici et là des formes particulières. Leurs caractéristiques communes, tant au 19° qu’au 20° siècle se recoupent sur quatre points :

  • La conversion personnelle : Il s’agit de l’expérience personnelle de la rencontre avec Jésus Christ, que l’on peut dater précisément, à partir de laquelle la personne n’est plus la même, devenant un « homme nouveau, une femme nouvelle ».
  • Ayant reçu le feu du Saint Esprit dans son cœur, cet homme nouveau brûle de joie et d’enthousiasme qu’il exprime par des chants d’appel[5], des réunions de prière, des cultes plus spontanés.
  • La Bible seule : Non seulement sa lecture, sa relecture mais aussi, l’affirmation de son Autorité immanente, et la nécessité de sa diffusion, à travers les sociétés bibliques créées pour l’occasion,
  • La Salut par Grâce, mais cette Grâce, si elle est offerte à quiconque, ne s’acquiert qu’après la prise de conscience de notre état de pécheur et la repentance, à partir de laquelle la personne est « régénérée ». Pas de Grâce sans repentance, tel est le message évangélique qu’il faut transmettre.
  • Le Réveil doit engendrer l’action, en particulier dans les œuvres auprès des plus défavorisés, (en ce temps postérieur à la Commune de Paris, et de Révolution Industrielle triomphante), sans perdre de vue la nécessité de la propagation de l’Évangile et du salut de l’âme des « créatures », tâches que se sont assignées la Mission Populaire Évangélique de Robert Mac All ou l’Armée du Salut de William Booth, sans oublier les nombreuses « sociétés »[6], créées au fil des besoins : Société pour la lecture de la Bible (1818), Société des Missions Evangéliques de Paris (1822), Société des Ecoles du Dimanche (1852), etc….


Réveils dans notre région

Invariablement, les auteurs qui traitent de ce sujet en viennent très rapidement à citer comme précurseurs du Réveil dans les régions, Félix Neff et Charles Cook. Or ces deux prédicateurs sont intervenus dans notre région, Neff plutôt en Vallouise-Queyras, Cook plutôt dans les Baronnies (Nyons, Vinsobres), nos Pays du Buech, à l’extrême Sud des Hautes Alpes[7], étant aux limites de la Drôme.

Puis les mêmes auteurs, pour parler des Réveils au 20° siècle nous parlent tout aussi invariablement de Jean Cadier et de la Brigade qui naquit dans le Diois et plus précisément à Valdrome (son premier poste), situé à 12 kms de notre canton.

Comment, dans ces conditions ne pas s’intéresser de plus près à ces Réveils locaux, aux étincelles qui ont fait s’enflammer le cœur de nos populations de l’époque, quel fut leur champ d’intervention, pas seulement spirituel, et quel enseignement nous pouvons en tirer, sans nostalgie, pour nous qui semblons avoir atteint la fin d’une longue expiration, prélude à une asphyxie annoncée, à moins que……

Tel est le propos des pages qui suivent et qui pourront nourrir notre prière :

  • Les origines et les implications du Réveil, texte fortement inspiré des communications de Jean-François ZORN, professeur honoraire de la faculté de théologie de Montpellier, l’un des spécialistes contemporains de ce sujet,
  • Le premier Réveil de la Drôme au 19° Siècle (Biographie de Jean-Frédéric VERNIER)
  • Réveil dans la Drôme au 20° Siècle : La Brigade de Jean Cadier (Etude de Philippe DECORVET)
  • Félix Neff, « l’apôtre des Hautes Alpes », son œuvre aux multiples facettes, (et son successeur Jean-Louis ROSTAN) à partir de sa correspondance avec Ami Bost et l’ouvrage de Samuel LORTSCH.

[1] Qui connut des mouvements internes, comme les « Bibliens de Meaux » sous l’impulsion de Guillaume Briçonnet, évêque de Meaux et ami de Lefèvre d'Etaples. Mouvement vite dispersé par la hiérarchie.

[2] L’expression est doublement appropriée, puisque, baptisés ou mariés « au désert », ces protestants/résistants n’avaient pas d’Etat-Civil et ne furent « régularisés » qu’en 1787 par « l’Edit de tolérance » qui leur octroyait un statut juridique et civil, incluant le droit de contracter un mariage civil, sans avoir à se convertir à la religion catholique.

[3] Créée par Napoléon en 1808 (en même temps que le département du Tarn et Garonne dont Montauban devint le chef-lieu), héritière de l’Académie de Montauban et Puylaurens, fondée en 1598 (Edit de Nantes), active jusqu’en 1685 (Edit de Fontainebleau)

[4] Ce qui, à Genève, fut officiellement ordonné par un Règlement de la Vénérable Compagnie des Pasteurs du 3 Mai 1817, ( interdisant de prêcher sur la divinité de Jésus-Christ, sur la chute et le salut gratuit),  que les futurs pasteurs devaient approuver et signer avant leur installation.

[5] Voir le recueil de Ruben Saillens « Sur les ailes de la foi ».

[6] Par leur caractère trans-dénominationnel, bien que fortement influencées par les mouvements de réveil, toutes ces Sociétés furent des facteurs d’unité, développant la « fraternité de l’action ». On peut également citer la Communauté des Diaconesses de Reuilly, fondée en 1841, très engagée dans un travail social considérable, à travers les institutions sociales dont elle s’est dotée, ou la Fondation John Bost, fils du revivaliste Ami Bost, à La Force (Dordogne) en 1848.

[7] En dehors du Queyras, les pays du Buech étaient la grande région huguenote du département, qui continua de pratiquer sa foi « au désert ». Après le concordat, le siège du consistoire départemental et son président siégeaient à Orpierre (ancienne possession des princes d’Orange), ce qui était tout de même à 125 kms de Dormillouze ou résidait Neff (qu’il devait parcourir à pieds pour voir « son président », qui ne l’appréciait guère!!).