Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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LE LIVRE DU DEUTÉRONOME


LE DEUTÉRONOME

Le nom Deutéronome ("deuxième loi") vient de la traduction grecque de Dt 17,18 où il est en fait question d'une copie de la loi. Cependant dans le contexte du Pentateuque, il s'agit bien d'une deuxième loi, qui suit celle du Sinaï. On peut distinguer cinq grandes parties dans ce testament de Moïse : deux introductions en 1-4 et 5-11 qui contiennent des rappels historiques et des exhortations à respecter la loi du Dieu d'Israël qui se trouve en 12-16, les bénédictions et malédictions en 27-30, et le récit de la mort de Moïse en 31-34.

La structure du Dt rappelle celle des traités de vassalités des Assyriens (8e-7e s. av. J-C). Ceux-ci voulaient imposer à leurs vassaux une loyauté absolue envers le roi assyrien. Les auteurs de la première version du Dt reprennent cette forme dans un but subversif en affirmant que le seul Seigneur d'Israël c'est son Dieu. Cette première version du Dt fut rédigée probablement à l'époque du roi Josias vers 620 av. J-C. qui voulait faire du temple de Jérusalem le seul sanctuaire légitime (2 Rois 22-23). Après la destruction du temple en 586, le Dt fut réécrit à la lumière de cette catastrophe.

Thomas Rômer, professeur de bible hébraïque, 

Université de Lausanne et Collège de France dans Parole pour tous, le 10 avril 2013.



L’HISTOIRE DEUTERONOMISTE


En -722, chute de Samarie, grande capitale du royaume du Nord (Israël) : la 1° catastrophe depuis Salomon, et la création de ce royaume en -933 par Jéroboam, opposé à un autre fils de Salomon, Roboam.

Israël n’existe plus. Mais Juda, le royaume du Sud, n’est pas détruit, grâce aux talents de négociateur (avec les assyriens) de son roi Ezéchias[1].

  • La réforme de JOSIAS

Commence pour Juda une période de développement économique, de prospérité et d’euphorie.

Manassé succède à Ezéchias et retourne au culte des idoles. Son règne va durer 50 ans. A cette époque, le culte à YHWH est donc souvent associé à d’autres divinités (Ashera-Astarté).

C’est dans ce contexte que va naître l’AT, sous le règne de Josias (640-609)[2], qui va s’élever contre cette façon de concevoir YHWH et le culte que l’on doit lui rendre.

Ce grand réformateur restaurera la relation de confiance avec l’Eternel après la découverte du livre de la Loi dans le temple, et des commandements de Dieu. Le peuple ne les ayant plus mis en pratique depuis plusieurs générations, Josias craint le courroux de l’Eternel. 

Il instaurera les deux concepts suivants :

  • En Juda, il ne peut y avoir qu’un seul Dieu, transcrit dans le « chémâ Israël », avec en corollaire la lutte contre une pratique polythéiste et le retour à « l’exclusivisme Yahviste »[3].
  • La centralisation du culte à Jérusalem :

1 seul Dieu, 1 seul Sanctuaire.

Josias va profiter de l’affaiblissement des assyriens (c’est l’empire babylonien qui s’impose progressivement) pour renforcer son pouvoir et son action, qui passe aussi par la naissance d’une littérature juive avec l’écriture des premiers livres (ou de leurs premières versions) :

Le Deutéronome (DT) est écrit en prenant comme modèle les traités de vassalité assyriens, pour dire que le suzerain d’Israël c’est JHWH et non Yassour.

Les premiers livres écrits s’affirment donc comme une littérature de résistance à l’occupant.

Ainsi se constitue une première bibliothèque de livres, un corpus cohérent depuis le Deutéronome jusqu’au 2° livre des Rois, reprenant l’histoire du Peuple Choisi, depuis Moïse jusqu’à l’Exil, suivant la dynastie de David sur plus de 4 siècles.

Son propos est de montrer la grandeur des rois des deux royaumes avec un parti pris : les grandes figures viennent de Juda : David, Ezéchias, et surtout Josias, le dernier grand, alors que rien de bon ne se trouve en Samarie.


ÉPOQUES ET RAISONS DE L’ECRITURE DE HD :

Josias, dernier grand roi de Juda est ainsi celui qui renoue le lien entre l’enseignement de Moïse et le peuple hébreu. Il est celui qui accomplit le Deutéronome (de nombreux passages parallèles entre 2 Rois et DT en attestent : (2 Rois 22 et Dt 31), qui renoue l’alliance avec YHWH et qui donne au peuple le chémâ Israël (2 Rois 23/25 et Dt 6/4-9) juste avant l’Exil.

Car 2 évènements graves vont bouleverser la vie du peuple hébreu :


  1. En 604, la mort du roi Josias, à la bataille de Megiddo contre le pharaon Nechao, qui tentait de traverser Canaan pour stopper les Babyloniens. Cette mort interpelle les judéens : pourquoi notre roi est-il mort, lui qui était juste et fidèle à JHWH ? Pourquoi l’Eternel ne l’a-t-il pas protégé ?
  2. En 597, chute de Jérusalem, investie par les Babyloniens. Pire, en 587, suite aux intrigues des fils de Josias, le Temple sera détruit, Jérusalem rasée et le peuple déporté (en réalité de 5 à 20.000 personnes, le roi, sa famille, la cour, les citadins, artisans, commerçants. Les ruraux restent sur place). Jérusalem devient ville ouverte.

Les déportés emmènent avec eux les rouleaux trouvés par Josias et les textes écrits sous son règne, et approfondissent les traditions prescrites dans ces textes, c’est une façon pour eux de continuer à exister en tant que peuple, car le peuple n’a plus rien :

  • Le roi est mort, il n’y a plus de dynastie,
  • Le Temple est détruit,
  • La ville sainte est rasée,
  • Le Royaume de Juda est anéanti.


Ils cherchent à trouver un sens à ce qui leur arrive car ils sont totalement remis en cause dans leur histoire symbolique, construite par des siècles de transmission orale et écrite. Que se passe-t-il ?

  • Pourquoi notre roi, lui qui était un fidèle serviteur, qui a ramené le Peuple dans le droit chemin a-t-il pu mourir, tué par nos ennemis ?
  • Le Dieu de nos ennemis serait-il plus puissant que Notre Dieu,
  • Ou bien notre Dieu nous aurait-il abandonné ?
  • Pourquoi un tel châtiment ? serait-ce l’accomplissement de ce que déjà Moïse avait réussi à repousser (Ex. 32/9-14) ?


Cherchant à redonner sens à leur histoire, ils vont trouver une clé explicative, et écrire sous un nouvel éclairage l’histoire de leur peuple, de ses relations avec Dieu, former le premier corpus cohérent de l’AT :

« Si Samarie est tombée, si Juda est tombé, c’est que les rois et le peuple ont été infidèles aux lois de JHWH (2 Rois 17/1-12). Il faut donc remettre la Loi au centre de notre vie quotidienne. On va trouver un sens à tout cela et pouvoir rebondir, sinon en tant qu’Etat, mais en tant que Peuple de Dieu, le Peuple choisi, qui gardera son identité. »


Ainsi naît le premier AT : c’est l’histoire deutéronomique (HD), qui raconte (à travers « La Loi et les Prophètes[4] ») d’une façon cohérente l’histoire du peuple hébreu, de Josué à Josias, en un cycle complet, l’homonymie des deux serviteurs de Dieu à chaque bout de la chaîne indiquant que « la boucle est bouclée ». Il en est de même pour les événements qui bornent cette longue histoire :

  • Avec Josué, c’est l’entrée en Canaan
  • Après Josias, c’est l’exil, la sortie de Canaan.


Le Deutéronome : (« La seconde Loi »),

Le Deutéronome précède l’entrée en Canaan et reprend le décalogue sous la forme de « trois discours de Moïse », ce qui fait dire aux fondamentalistes que le Deutéronome a été écrit par Moïse, (y compris sa propre mort ?)

  • chapitres 1 à 30 : « Les trois discours de Moïse »,
  • puis les 4 derniers chapitres où Moïse désigne Josué pour lui succéder, confie la Loi aux Lévites, donne ses dernières exhortations au peuple (« cantique de Moïse ») et donne sa bénédiction à chacune des 12 tribus. Puis Moïse meurt sans « traverser le Jourdain » (DT 31/2)

Le Deutéronome donne la primauté à la relation avec Dieu, à l’écoute de sa Parole, à l’observance de ses commandements. L’institution religieuse, son organisation, le Temple, arrivent en second plan.

Le Deutéronome affirme la primauté du Livre, point central de la religion. Après l’exil, si le peuple a de nouveau un roi (DT 17/14-20), il devra se placer sous la Loi et être le 1° observant de la Torah, ce corpus de cinq livres qui formeront le Pentateuque..

Ainsi seulement le peuple pourra se reconstruire, et la période post-exilique verra la finalisation de l’AT, puis encore plus tard et progressivement, le canon hébraïque définitivement fixé, dont la traduction grecque (par 72 traducteurs qui auraient tous effectué la même traduction) datant de 272 avant JC, donnera « la Septante ».


Avec l’historiographie deutéronomique, on est dans un schéma où c’est le futur qui explique et éclaire le passé et non l’inverse. L’histoire deutéronomique est une histoire rétrospective, répondant à un projet théologique : Susciter l’espoir pour persévérer dans la résistance « espérer c’est résister ».

Ainsi se perpétue et se renforce la conscience identitaire du peuple Juif.

François PUJOL


Traduction française du Chémâ Israël (Dt 6/4-9)


Écoute, Israël, l'Éternel notre Dieu, est le Seigneur UN

Béni soit à jamais le nom de Son règne glorieux

Tu aimeras l'Éternel ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de tous tes moyens

Que les commandements que je te prescris aujourd'hui soient gravés dans ton cœur

Tu les inculqueras à tes enfants, tu en parleras (constamment), dans ta maison ou en voyage, en te couchant et en te levant

Attache-les en signe sur ta main, et porte-les comme un fronteau entre tes yeux

Écris-les sur les poteaux de ta maison et sur tes portes




[1] Dont le règne est décrit en 2 Rois 18

[2] Dont le règne est décrit en 2 Rois 22

[3] L’expression « Yahviste » se rattache à la dénomination de Dieu par les Judéens : Yahvé ou YHWH, le Dieu unique et exclusif de tout autre, proclamé par le « chémâ Israël », par opposition à Elohim, nom donné à Dieu par les Samaritains. Elohim, voisinait assez souvent avec d’autres divinités.

[4] Josué, Juges, 1 et 2 Samuel, 1 et 2 Rois.