Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 11 novembre 2012

Trescléoux (05700)

Lectures du Jour :

1 Roi 17, 10-16

Philémon 1,25 
Hébreux 9, 24-28

Nous sommes tous des Onésime !


Frères et sœurs,

Toute petite, cette lettre à Philémon, la plus courte de celles attribuées à Paul, RoCoCoGalEphPhiCoTeTeTiTiTitPhiHé, vous connaissez, et on serait bien passés à côté, dans nos lectures quotidiennes, si un concours de circonstances ne nous avait fait déplacer un Conseil Presbytéral au vendredi 19 Octobre, et méditer sur cette lecture du jour. A quoi tiennent les choses ! Sinon, il aurait fallu attendre trois (longues) années avant de la voir réapparaître dans nos éphémérides, car elle n’occupe, la pauvrette, qu’une seule journée, avec ses 25 versets en tout.

Donc, Paul a écrit cette courte lettre durant sa première captivité, à Rome probablement (versets 1, 9), en même temps que les épîtres aux Colossiens (Colossiens 4.7-9) et aux Éphésiens.

On est à peu près sûr que Paul a écrit cette lettre de sa propre main, (v.19). Elle est envoyée à son disciple Philémon,  chrétien de Colosse. Très brève, elle n’est pas divisée en chapitres et est considérée comme la plus personnelle de Paul, à tel point qu’à la fin, il n’oublie pas de demander à Philémon de lui préparer un logement. Bien que ‘personnelle’, la lettre n’en est pas strictement privée pour autant car Paul y salue la communauté chrétienne : « l’église qui s’assemble dans ta maison » (v.2).


C’est une histoire à trois personnages :


PHILEMON le notable

Philémon recevait la communauté dans sa maison, avait au moins un esclave, Paul lui demande de l’héberger, (v.22) tout cela laisse penser qu'il était assez aisé, c’était un bourgeois, un notable.

Puisque Paul n'était jamais allé à Colosses (Col.2:1), Philémon avait dû le rencontrer en un autre endroit, peut-être à Éphèse, qui était assez proche de Colosses (2 villes turques de la mer Égée, face à la Grèce, au Sud du détroit des Dardanelles).

Il avait certainement été converti par l'apôtre, ce qui donnait à Paul un magistère moral, dont il dit ne pas vouloir se servir (v.19),


ONESIME le fuyard

Paul a un problème à régler avec Philémon. C’est l’objet de la lettre, car Onésime, esclave de Philémon, à la suite d’une ‘indélicatesse’ (« s’il t’a fait quelque tort... » : (v.18) a pris la fuite. Rencontrant Paul il s’est attaché à lui, s’est converti et en a reçu le baptême. Il est même devenu un collaborateur. Paul sait cependant que la loi l’oblige à rendre l’esclave fugitif à son maître, qui en est propriétaire.

C’est ce qu’il fait, et ce qu’accepte Onésime. Mais, pour être plus sûr que Philémon ajouterait foi aux nouveaux sentiments de son serviteur, Paul remet à celui-ci cette lettre de recommandation, dans laquelle il plaide sa cause par les arguments les plus persuasifs (voir versets 4-14). Onésime fit le voyage de Colosses en compagnie de Tychique, (pour être sûr qu’il ne changera pas d’avis en route) également envoyé à cette Eglise par l'apôtre. (Colossiens 4.7-9)


PAUL et l’esclavage

Paul est retenu à Rome et n’en peut sortir. Et l’arrivée d’Onésime, à Rome, après les premières congratulations, l’embarrasse.

Car Paul est citoyen romain. Il en joue trop, de cette citoyenneté pour ne pas en respecter les devoirs. Combien de fois n’a-t-il pas mis ses juges dans une situation inconfortable, car citoyen romain, certaines peines ne pouvaient lui être appliquées, de sorte q’il était plus souvent « en résidence surveillée » qu’en prison à proprement parler, les juges ne sachant trop que faire de lui.

Donc, il presse Onésime de retourner chez son maître, au risque pour l’esclave de subir un châtiment assez horrible.

Paul ne prend pas une position globale et définitive sur l’esclavage, mais en même temps qu’il renvoie Onésime, il en appelle à la conscience de son maître, son propriétaire, nouvellement converti :

Si son baptême au nom du Père du Fils et du Saint Esprit a un sens pour lui, alors il saura quoi faire.

Pour Paul, comme pour tout chrétien, la relation de personne à personne, de frère à frère, transformée par Jésus Christ, prime sur toute autre considération sociale et peut être un facteur de transformation, dans le sens du bien commun, autrement plus fort que n’importe quelle loi.

Il n'y a plus ni Juif ni Grec, il n'y a plus ni esclave ni maître, il n'y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. (Gal.3, 28)


Dans le Canon

Au delà de la seule question de l’esclavage, ce sont toutes les pratiques et les conventions sociales, toutes les lois, votées parfois pour d’obscures motivations électorales ou politiciennes, qui sont interpellées par cette petite lettre.

Paul nous dit qu’elles doivent être l’une après l’autre passées au filtre de notre conscience et de notre fidélité à Christ.

Voilà au moins une raison d’avoir maintenu cette petite lettre dans le canon du NT. Mais il y en a d’autres :


Quels enseignements ?

1. « Cette lettre est un délicieux exemple d'amour chrétien ». C’est Luther qui le dit. On peut ajouter, exemple de ce qu’est l’humilité : L’humilité ce n’est pas la dépréciation de soi, mais la considération de l’autre, ce n’est pas l’abaissement de soi, mais faire grandir l’autre :

- Alors, Paul fait grandir Onésime, cet esclave, que Paul considère comme son fils, depuis qu’il s’est converti, au point qu’il propose lui-même de rembourser à Philémon les dettes d’Onésime. C’est cette relation privilégiée qui lui permet de convaincre Onésime de retourner à Colosses. Et à Onésime d’accepter.

- Paul fait aussi grandir Philémon, avec lequel il aurait pu user de son autorité, lui l’apôtre, auquel Jésus en personne s’est révélé, faire valoir son magistère moral, pour lui dire tu dois faire ceci, ou cela. Non, il l’implore, le supplie, au nom de leur fraternité en Christ, de ne pas appliquer le châtiment réservé aux esclaves fuyards, mais de l’accueillir, lui aussi, comme un frère.

Paul nous montre ainsi la voie pour nos relations au sein de l’Eglise : L’apôtre, l’esclave fuyard, le fidèle bourgeois bien installé dans sa ville, tous égaux, tous frères, unis par le Christ. On trouve là aussi le germe d’une notion qui nous est chère : le sacerdoce universel.


Liberté et Responsabilité

2. Cette lettre recèle une belle subtilité, c’est qu’en agissant ainsi, en suppliant Philémon au lieu de lui dire simplement d’obéir à une injonction qui viendrait « d’en haut », Paul l’a non seulement fait grandir, lui donnant la liberté d’arbitrer seul les choix qu’il y avait à faire, mais il le rend "responsable", car du coup, Philémon ne pouvait se cacher derrière personne, derrière aucune hiérarchie, il est seul à prendre sa décision. Seul, oui, mais avec la force, le discernement, que nous donne Notre Seigneur, par la relation quotidienne que nous entretenons avec Lui.

Alors, Philémon, ce notable bien inséré dans la société locale, qui a des esclaves, certainement bien considéré par les autorités civiles, qui traverse toujours sur les passages cloutés, respectueux des lois romaines, Eh bien, après certainement de longues prières avec son épouse Appia et son fils, eux aussi convertis, décide, de façon tout à fait inattendue, la rupture : il dit non, basta, je ne joue plus, vos conventions sociales, votre organisation de la société, ce n’est plus pour moi, et il accueille non seulement Onésime comme son frère, mais il le renvoie à Paul, assumant par avance toutes les conséquences (on peut les imaginer) que ce double geste aura sur le restant de ses jours, et ne s’en souciant apparemment pas trop, confiant dans la grâce qu’il a reçue de Notre Seigneur.

On imagine, mal probablement, l’impact d’une telle décision dans son entourage, au sein de cette bonne société romanisée. Philémon a transgressé un pacte social, un pilier de l’organisation de la société romaine. Ce sont sa conversion, son baptême, sa prière aussi qui l’ont libéré de son environnement social, qui lui ont fait placer le geste d’amour, au dessus de l’acte de justice. Et même en cela Philémon restait libre (v.21). Et au delà même de sa liberté c’est le caractère imprévisible du chrétien que je trouve intéressant et original : un chrétien, on ne sait jamais à l’avance ce qu’il va faire ou dire, comment il va réagir. (A l’inverse de pas mal d’autres).

Et si Luther pensait que nous sommes tous des Onésime, au bénéfice de la grâce du Maître, toujours enclins à aller nous cacher quelque part derrière quelque argument fallacieux pour esquiver notre service, mais toujours pardonnés, nous sommes aussi tous, et surtout nous, les protestants, un peu des Philémon, libres, mais responsables, imprévisibles, dans la manifestation de notre fidélité au Christ.

Nous n’avons pas besoin d’une loi pour savoir ce qu’il faut faire, ou pas, pour savoir ce qui va dans le sens du bien commun, nous n’avons pas besoin de journalistes du 20h pour savoir ce que nous devons penser.

Car ce que nous devons faire ou penser, cela se décide dans le secret de notre cœur, par un dialogue entre nous et Jésus. Et personne ne peut savoir ce qui sortira de ce dialogue, comme personne ne pouvait prévoir ce que ferait Philémon en voyant arriver Onésime.

Alors, il faut lire ou relire cette lettre à Philémon et nous demander si nous aussi, il ne faudrait pas, pour une raison ou une autre (il y en a tant !) décider de crier haut et fort Stop !, Basta !, Çà suffit ! Et cesser de temps en temps de traverser aux passages cloutés.


Amen !


François PUJOL