Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 24 janvier 2016

Trescléoux (05700)

Textes bibliques:

Néhémie 8, 1-10

Luc 4, 14-21

1 Corinthiens 12, 12-30



« La Parole est la Vie »


Reprenons le passage de Néhémie que nous venons d’entendre :

Il faut s'imaginer le peuple d'Israël au retour de l'exil à Babylone, aux portes de Jérusalem encore en ruine avant que ne soit entreprise la reconstruction des murailles. Il faut s'imaginer le peuple qui écoute en lecture continue cette Torah, les cinq livres du Pentateuque. Visiblement d'après ce que l'on lit, ce fut "lecture" le matin, "explication" l'après-midi, et cela sûrement pendant plusieurs jours. . C'est avec une grande émotion que le peuple d'Israël entend cette lecture. Avec courage, avec fermeté, avec joies et pleurs, le peuple redécouvre la Parole que Dieu lui adresse, la Parole qu'il a adressée au peuple d'Israël depuis les origines.

Mais Néhémie nous dit que « tout le peuple pleurait en entendant les paroles de la Loi » Pourquoi des pleurs ? Des pleurs de joie sans doute, joie de se retrouver à nouveau sur la Terre Promise. Des pleurs de deuil aussi parce qu'il se rend compte à la lecture de la Torah, que c'est par sa propre faute, pour avoir oublié la Parole de Dieu, que tous les malheurs qui se sont abattus sur Israël, sont arrivés.

Ce chapitre 8 du livre de Néhémie nous décrit toute la cérémonie et on a l'impression d'y voir la description du culte à la synagogue. Avec l'estrade du haut de laquelle on lit la Torah, mais du haut de laquelle aussi le rabbin, ou toute personne habilitée, va faire un commentaire de cette lecture. Et puis il y a les répons, les prières, les chants, les chants de louanges et les chants de supplications qui sont comme autant de réponses de l'assemblée à la lecture, à l'explication, à la réception de la Parole de Dieu.

Six siècles plus tard, à Nazareth, Jésus entre lui aussi à la synagogue. Et c'est sans doute un cérémonial semblable qui va être suivi. Jésus a parcouru la Galilée, enseigné dans les synagogues, et il commence à devenir connu. C'est l'enfant du pays qui approche de la célébrité et cela excite la curiosité. Aussi tout naturellement, il est invité à faire la lecture et le commentaire de la Parole de Dieu.

Ce n'est pas la Torah qui lui est présentée, mais le livre du prophète Ésaïe. Et, dans ce livre, on lui désigne, ou il choisit, nul ne le sait, au chapitre 61, la description de la mission de l’envoyé du Seigneur : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il m’a conféré l’onction pour annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé proclamer aux captifs la libération et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer les opprimés en liberté, proclamer une année d’accueil par le Seigneur »

Il lit, roule le livre et s’assied. Tous, dans la synagogue, le regardent en silence, surpris, devinant peut être ce qu’il va dire. Et son commentaire vient, très court. Quelques mots seulement : " Aujourd'hui cette Écriture est accomplie pour vous". L'assemblée attendait probablement un discours docte, théologique, un commentaire savant sur le texte du prophète Ésaïe. Et voilà que Jésus semble se mettre en avant, semble affirmer qu'il est lui-même l'accomplissement de cette Parole du prophète, suggérant même qu'il suffit de regarder au dehors ce qui se passe, qu'il suffit d'écouter, de se rendre compte de la réputation qui le précède partout, de voir comment les miracles se multiplient partout où il se rend, pour comprendre qu'il est lui le Messie annoncé et attendu.

On aurait pu penser que ce discours de Jésus serait alors accueilli dans la synagogue de Nazareth avec la même joie que la lecture de la Loi par Esdras devant les ruines de Jérusalem. Au contraire Jésus est accueilli par des questions indignées. Comment, lui que l'on connaît depuis toujours, lui qui est le fils du charpentier, comment peut-il ainsi prétendre incarner lui-même le Messie ?

Et à la fin de cet épisode, Jésus sera chassé de sa propre patrie, presque lynché, tant il est vrai que nul n'est prophète en son pays.

Mais c'est d'un malentendu qu’il s’agit. Un malentendu entre les fidèles de la synagogue et ce Jésus qui proclame la Parole de Dieu.

Contrairement au peuple d'Israël au retour de l'exil, c'est d'une manière conventionnelle et confortable que, Shabbat après Shabbat, l'assemblée se réunit pour entendre une Parole habituelle, déclinée sur tous les tons et sans surprise. Une Parole qui n'étonne plus, une Parole qui ne choque plus, une Parole qui ne remet plus en cause la vie de celui qui la reçoit. On entend des paroles de sagesse, des exhortations, des mises en garde. Le rabbin, chaque Shabbat, remet les points sur les i. Mais enfermé dans l'habitude, on n'arrive plus à entendre vraiment, on n'arrive plus à être mis en mouvement par cette Parole.

Et lorsqu'une parole inhabituelle survient, une parole neuve et différente, on est choqué. On ne supporte pas ce bousculement parce qu'il nous prend au dépourvu. On a du mal à accepter la Parole de Dieu quand elle nous prend à l'improviste.

Le peuple d'Israël, lui, au retour de l'exil attendait quelque chose. Il attendait de la part du Seigneur une lumière, une parole qui lui permette d'avancer, qui redonne du courage.

Il semble qu'à l'intérieur de la synagogue de Nazareth, cette attente n'existe pas. Toute nouveauté est même peut-être rejetée, abandonnée aux illuminés. Cette attente, elle est à l'extérieur, au dehors, elle est dans cette foule hétéroclite de gens qui bien souvent sont considérés comme impurs, considérés comme des gens de peu. Ces gens-là suivent Jésus partout où il va, parfois même ils le précèdent Ils ont envie d'entendre la Parole, cette Parole qui les soulage, cette Parole qui les guérit, cette Parole qui leur permet d'être debout.

Et, dans le texte que Jésus a lu, l’important est finalement la bonne nouvelle qui est annoncée à ces gens qui l’attendent : « les captifs seront libérés, les aveugles retrouveront la vue, les opprimés retrouveront la liberté…..»Et il faut comprendre son commentaire comme simplement la constatation que cette annonce, cette proclamation, annoncée par Esaïe, est maintenant faite. Qui a transmis cette Parole de Dieu, Jésus ou un autre, c’est une autre question.

Aujourd'hui sommes-nous prêts, comme le peuple d'Israël au retour de l'exil, à entendre une Parole différente ? Qui nous invite à une conversion ? Sommes-nous prêts, comme la foule des campagnes de Galilée, à entendre une Parole qui nous mette en mouvement et qui nous guérisse ? Ou sommes-nous comme ces habitués de la synagogue, qui finalement connaissent trop bien ce Jésus de Nazareth, ou tout au moins croient le connaître parce qu'il fait partie de la famille, parce qu'ils l'ont vu naître et grandir ? Ne sommes-nous pas comme ces gens-là, peu disposés à entendre une Parole nouvelle qui puisse nous mettre en mouvement ? Mais en nous mettant en mouvement, peut-être va-t-elle nous bousculer un peu trop ?

Aujourd'hui c'est dans cette alternative que nous sommes placés. Chacun doit se déterminer en son âme et conscience devant cette Parole. Et d'une certaine manière, le choix qui est proposé, c'est le choix qui est donné dans le livre du Deutéronome chapitre 30 versets 15 à 20 : 

«  Vois : je mets aujourd'hui devant toi la vie et le bonheur, la mort et le malheur, (...) Tu choisiras la vie pour que tu vives, toi et ta descendance, en aimant le Seigneur, ton Dieu, en l’écoutant et en t’attachant à lui ... »

Ainsi le Jésus qui est dans la synagogue de Nazareth, ne prétend pas tellement être le Messie. Ce n'est pas lui en tant que Jésus qui est important. C'est la Parole qui est prononcée.

La seule chose qui compte, c'est la Parole de Dieu qui fait grandir et qui rend libre.


Amen!


Jean Jacques Veillet