Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 9 Février 2014

Culte à Trescléoux (05700)

Lectures du jour :

Matthieu 5, 13-16

Esaïe 58, 7-19

1 Corinthiens 2, 1-5



« Le Sel et la Lumière»


Les disciples sont rassemblés autour de Jésus et comme d’habitude une foule les entoure. Jésus commence son enseignement par les Béatitudes et les paroles que nous venons de lire sur le sel et la lumière : « Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde ». Ces paroles introduisent ce que la tradition nomme « le Sermon sur la Montagne », qui est un moment essentiel dans l’Evangile de Matthieu, et elles mettent en route les disciples. Mais ces paroles ne s’adressent pas qu’aux disciples et ne sont pas destinées seulement à la foule qui l’entoure, elles s’adressent aujourd’hui à nous tous et nous allons voir que nous avons les uns et les autres trois raisons de nous en réjouir !

Tout d’abord, Jésus nous donne une nouvelle identité, une identité étonnante. Ensuite il nous donne une vocation, une vocation passionnante, enfin il nous confie une responsabilité, une pleine responsabilité.


Une nouvelle identité

Au moment où Jésus commence son ministère, en donnant au monde une Parole de grâce et de pardon pour tous les hommes, les premiers mots par lesquels il désigne ses propres disciples sont les suivants : Vous êtes le sel et la lumière du monde.


Vous êtes le sel et la lumière du monde. Ces mots sont pour nous ce matin, nous aussi disciples du Christ réunis dans cette église ! Il ne dit pas « vous serez » le sel ou « vous serez » la lumière, il n’évoque pas un futur hypothétique auquel nous accéderions seulement après avoir accompli telle ou telle condition. Il ne dit pas « vous serez le sel et la lumière si », si vous faites ceci, si vous réalisez cela, si vous prenez telle attitude, si vous faites œuvre de religion. Aucune condition n’est requise. Le Christ s’adresse à ses disciples et à nous aussi pour nous dire qui nous sommes maintenant, et non ce que nous devons faire. Le Christ annonce la Grâce et non la Loi, fût-elle celle d’une Eglise. Une grâce qui nous identifie chacun en particulier comme étant un être aimé par Dieu, et pardonné.


Ces paroles qui ouvrent la première prédication de Jésus, juste après la déclaration des béatitudes qui offrent le bonheur à ceux qui les entendent, disent en effet l’essentiel du message. Ces paroles identifient les disciples, et elles leur donnent une nouvelle identité : sel de la terre et lumière du monde. Ils n’ont rien demandé, ces hommes, ils n’ont rien fait qui justifiait cette grâce et cette appellation. Ces pêcheurs de Galilée ne possédaient aucune qualification particulière pour être appelés comme disciples, et il en était de même des foules qui suivaient Jésus. Ils avaient tout à recevoir et rien à donner, mais la rencontre avec le Christ a véritablement transformé leur vie. Comme nous d’ailleurs, qui n’avons rien demandé mais qui avons reçu par lui grâce et pardon. Comme nous qui n’avons rien mérité, mais qui chaque jour désormais vivons dans la certitude du salut. « Vous êtes le sel et la lumière », telle est notre identité que Christ proclame ce matin. Nous qui sommes appelés à entrer dans le Royaume, ou,en d’autres termes, nous qui sommes désormais assurés du salut, nous voici identifiés, nommés par Christ, et notre existence est maintenant destinée à être connue et reconnue dans le monde.


Ce Sermon sur la montagne n’est pas un sermon comme les autres. Il n’enseigne pas de bonnes œuvres, quelles qu’elles soient, qu’il faudrait accomplir pour être admis dans le Royaume de Dieu. L’entrée y est de toute façon assurée aux disciples. L’entrée nous y est assurée, car le salut nous a été acquis par Jésus Christ. Soyons heureux ; nous le sommes en effet , comme viennent de le proclamer les béatitudes.

Le Sermon sur la montagne nous enseigne qui nous sommes et comment vivre en attendant le Royaume, pour multiplier le nombre de ceux qui y entreront, pour que d’autres que nous découvrent cette grâce qui fait vivre heureux et qui libère, pour que d’autres que nous deviennent, avec nous, sel et lumière du monde 


Une nouvelle vocation.

La deuxième raison de nous réjouir, et de dire notre reconnaissance à Dieu, vient de ce que nous recevons, avec ces paroles de Jésus sur le sel et la lumière, une nouvelle vocation.


Le sel et la lumière, dans la tradition d’Israël, sont des symboles connus, et les auditeurs de Jésus ne pouvaient rester insensibles à une telle appellation. Dans l’Ancien Testament, le sel qui sert à la conservation est aussi symbole de pérennité, d’éternité. Il était utilisé jadis abondamment sur les aliments, notamment lors des sacrifices, où les offrandes devaient être salées pour témoigner de la pérennité de l’alliance de Dieu. Se trouver alors ainsi désigné comme le sel de la terre peut vouloir dire tout simplement ceci : avoir vocation à témoigner fidèlement de cette alliance de Dieu avec le monde, recevoir vocation à ne jamais oublier, en aucune circonstance, l’espérance et l’assurance du salut. Et perdre sa saveur, dans cette perspective, correspond à douter de la pérennité de l’alliance, et à ne plus conserver la qualité intrinsèque du sel, à savoir cette saveur qui ne disparaît jamais, celle que procure la certitude d’une alliance éternelle. De quelle utilité serait un chrétien qui ne croirait ni dans la vérité de l’alliance ni dans la réalité de son salut. Comme le sel qui a perdu sa saveur, il ne vaudrait plus rien.


Etre le sel de la terre ne se réduit donc pas à une accumulation d’œuvres à accomplir dans ce monde pour nous justifier à nos propres yeux et devant Dieu. C’est une véritable grâce de Dieu, une grâce à recevoir et découvrir chaque jour, et non un devoir qui culpabilise sans fin, un effort désespérant parce que forcément jamais à la hauteur de l’exigence, surtout si cette exigence est divine ! Nous sommes le sel de la terre. Nous sommes voués à témoigner de l’alliance irrévocable accordée par Dieu.

Quant à la lumière, là encore le sens des mots peut être différent ; La lumière, dans le judaïsme, est couramment identifiée à la Torah, le judaïsme comprenant sa mission dans le monde comme étant celle de faire briller la lumière de la Torah. Il faut évidemment prendre ce mot de Torah au sens large d’ « enseignement » reçu par Israël, témoin de Dieu dans le monde. Ainsi doit-on comprendre que l’Evangile demande à ses lecteurs, à tous ceux qui découvrent ce texte, et à chacun de nous, d’assurer une mission jusque là assumée seulement par Israël, la mission d’être maintenant après Israël et avec lui « lumière du monde », c’est à dire de mettre au service de Dieu sa vie toute entière. La vocation du chrétien comme lumière du monde sera alors un témoignage et une libre obéissance dans la ligne de l’enseignement du Sermon sur la montagne.


Etre lumière du monde consiste donc à se laisser guider par les paroles du Christ, par son enseignement. Etre lumière du monde, c’est simplement vivre ouvertement et librement sa foi, de sorte que ceux qui ne connaissent pas le Christ et son enseignement le découvrent avec nous. Sans le filtre obligé d’une Loi impossible à accomplir, d’un dogme impossible à croire ou d’un système moral impossible à vivre. Etre lumière du monde, c’est aussi être un signe visible et joyeux, là où nous sommes, permettant ainsi que d’autres que nous se laissent à leur tour rencontrer par le Christ. C’est au fond rayonner d’une lumière qui ne vient pas de nous mais qui vient de loin et qui nous traverse, la lumière d’un enseignement reçu et d’une bonne nouvelle qui nous fait vivre, la lumière de l’Evangile .

Et la troisième raison de nous réjouir de cette bonne nouvelle, enfin, c’est que le Christ attend notre réponse. Il nous veut responsables et libres.


« Vous êtes le sel de la terre » signifie que nous sommes désormais témoins assurés de la fidélité de Dieu et de son alliance; « Vous êtes la lumière du monde » signifie que nous ne nous cachons pas et que notre foi peut être visible, pas seulement le dimanche matin, et pas seulement entre amis, mais dans toute notre vie. Maintenant le monde nous attend. Maintenant nous pouvons sortir, en quelque sorte ! Nous pouvons nous risquer dans un débat, une rencontre, un dialogue, une action, personnellement et librement, sans aucune crainte d’être jugés par aucune instance, car Lui nous a déjà justifiés.


Nous nous souviendrons alors que nous sommes libres et libérés. Car nous avons reçu une nouvelle identité, non pas seulement celle de notre généalogie qui nous détermine ou celle de notre appartenance sociale, mais celle que Christ nous donne aujourd’hui. Car nous avons reçu une nouvelle vocation, non pas seulement celle que notre profession nous commande, mais celle d’agir et d’œuvrer librement dans ce monde, non pour nous-mêmes et notre justification, celle-là est déjà acquise grace au Christ, mais pour la gloire de Dieu et pour que d’autres chantent avec nous leur joie et leur reconnaissance.


Dans tout cela, le Christ ne nous laisse pas seul. Il nous aide et nous conduit, il nous montre lui-même la route. Et sans cesse il nous appelle à nous replacer devant sa Parole, transmise dans des textes comme celui du Sermon sur la montagne. Sans cesse il nous demande de nous y ressourcer, d’y puiser des richesses spirituelles, de nous y nourrir, afin qu’ensemble nous y trouvions cette bonne nouvelle qui réjouit tous les cœurs, à savoir que son alliance ne sera jamais remise en cause et que sa lumière, qui traverse nos vies et fait briller nos yeux, éclairera un jour le monde entier pour le salut et pour sa gloire.


Amen !


Jean Jacques Veillet