Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 23 Novembre 2008
Culte à Gap (05000)

Lectures du Jour :

Ézéchiel 34,11-17

Matthieu 25, 31-46

1 Corinthiens 15, 20-28






J'avais faim...


Depuis Martin Luther, nous sommes un peu fâchés avec le mot "œuvres"!!


Notre position n'est pas facile à la lecture de ce texte de Matthieu: nous oscillons entre deux alternatives: celle du salut par les œuvres, que nous dénonçons, et celle d'un humanisme où Dieu est le grand absent.

Je crois que ce récit, qu'on appelle souvent à tort "parabole du jugement", parce que ça n'a rien d'une parabole, n'est pas une affirmation que la foi est seconde, secondaire par rapport aux œuvres.


Entre une foi qui ne serait qu'adhésion à une croyance (vous savez, le fameux «Seigneur, Seigneur !», sans retentissement sur toute sa vie, et action sans présence aimante de Dieu, Luther a développé toute sa théologie que Calvin reprendra : une foi qui produit; une foi qui n'est pas stérile.


Oui mais voilà; Pour beaucoup, être chrétien, c’est louer le Seigneur ; écouter la "bonne parole".; étudier la Bible, être obéissant et avoir une vie de prière. Point ! La préoccupation de son prochain ( surtout celui qui est en-dehors de l'église) est alors parfois vue comme une « option ».

Mais alors, à quoi sert la foi si elle n'a aucune conséquence sur notre vie quotidienne, sur notre façon de penser, notre manière d'envisager nos relations aux autres?


La foi ne se limiterait-t-elle qu'à la satisfaction de notre relation à Dieu? L'Eglise n'est-elle que rassemblement d'amis de préférence de même milieu, vivant doucement dans un moelleux cocon sans être jamais dérangée, interpellée, mise en mouvement?

Mais si la foi n’a aucune conséquence sur notre comportement vis-à-vis de notre prochain, que change-t-elle à nos vies?

Le fait que Jésus ne parle aucunement de la foi dans le texte paraît étonnant. On peut se poser la question de la valeur des œuvres par rapport à la doctrine de Paul de la justification gratuite sans les œuvres de la loi …


Matthieu, enseignant dans l'église quelque 30 à 40 ans après Paul (ce qu'on a souvent tendance à oublier!), a affaire à une autre situation historique, qui se rapproche presque plus de la nôtre d'ailleurs: la préoccupation n'est plus celle de l'entrée gratuite des païens dans l'église mais celle de l'équipement moral des disciples déjà entrés dans la communauté. Avec Paul, il y a une exigence demandée pour les chrétiens qui viennent tout juste de se convertir, et qui vivent encore comme des païens. Paul va leur apprendre les fondements de la foi. Avec Matthieu, je dirais qu’on en est à la phase suivante, celle de la concrétisation de ce changement de vie dans sa relation à l’autre.


Ainsi, Matthieu insiste sur l'urgence inéluctable des œuvres, au service des frères, de l'amour actif dans et hors de l'Eglise en les présentant comme des ordres positifs du Christ.

Quoiqu'il en soit, ces œuvres sont bien signe d'une foi vécue.

Aujourd'hui, il est bon pour nous de nous demander ce qu'est la foi, à quoi elle sert, comment elle peut orienter notre vie.


Alors, qu'est-ce que la foi?

Autant de réponses certainement ce matin que de personnes présentes!!

Ce mot est presque comme le mot "amour": il suscite des réactions bien diverses et des compréhensions souvent toute personnelles!!

Des erreurs de compréhension se glissent parfois dans notre langage, quand par exemple nous parlons de confession de foi pour parler d'un "croire"


Luther dit, je le cite: "Par la foi, tu es uni à Christ, de telle manière que, de toi et de lui, elle fasse pour ainsi dire une unique personne, qui ne puisse plus être divisée, mais qui ne cesse de lui être attachée, disant : "moi je suis lui", alors que le Christ dit de son côté: "moi je suis ce pécheur".


La foi en Jésus-Christ est alors confiance dans les promesses de l'Ecriture qui sont l'Evangile de la justice de Dieu.

La compréhension réformée de la foi peut alors être "ramassée" dans le terme de confiance

Cette confiance s'exprime dans la certitude de l'espérance, dans la joie et la hardiesse de celui qui trouve en Christ et ses promesses une manière différente de voir et de vivre le monde.


La foi est bien cette confiance qui met en relation le Dieu de Jésus-Christ et ma vie toute entière.et lui donne un sens nouveau.

La foi est donc bien cette œuvre de Dieu en nous qui n'a rien d'un bien-être intellectuel mais est vraiment relation avec une personne, relation intime du Christ dans ma vie, et moi en Christ!!

Cette façon d'envisager la foi montre bien qu'aucune foi n'est arrêtée, n'est suffisante!! Comme si l'histoire d'un couple s'arrêtait à la relation qu'ils ont construite seulement le jour de leur mariage!!!


Cette foi doit être nourrie, non seulement dans la prière (et pas seulement la prière communautaire!), mais aussi par la lecture des promesses de Dieu, de la bonne nouvelle du Christ et en acceptant de se former, qui que l’on soit, pour ne pas avoir sa propre vision étriquée de la Bible!

Cette nécessité de nourrir sa foi n’a pas un but intellectuel ; le but est de mieux discerner, par la foi, ce que Dieu attend de nous, ses disciples.


Ainsi, c'est à nous de nous demander quel message Jésus nous a laissé.

Immédiatement, je pense à tous ces visages devant lesquels Jésus s'est arrêté: ces lépreux, ces prostituées, ces voleurs, ces malades, ces impurs…Tous ces gens cités dans les Béatitudes…Toutes ces personnes citées dans notre texte de Matthieu 25.

Tout le ministère de Jésus s'est passé en étroit contact entre la Parole, la Parole de Dieu, et la vie d'hommes et de femmes désemparés, vides de sens…Etroit rapport entre les deux commandements que Jésus nous laisse: "Tu aimeras ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée…et tu aimeras ton prochain comme toi-même». Deux commandements indissociables, qui nous renvoient au rapport que nous avons avec les autres: "Pourquoi m'appelles-tu Seigneur, Seigneur, et ne vois-tu pas ton frère qui est dans le besoin?".

Jésus s'est élevé contre les juifs qui intellectualisaient la religion, faisaient passer la religion avant l'homme, faisaient de la religion un savoir et non un vivre.


Ce passage de Matthieu 25 n'est donc absolument pas isolé du reste de l'Evangile; il rajoute juste une échéance, celle du jugement dernier, où la foi active ne sera pas optionnelle sous le regard de Dieu!!

D'ailleurs, il faut noter dans notre passage comme dans tout le premier Evangile l'importance du verbe "faire"; ce ne sont pas les intentions, ni les sentiments, mais les gestes de secours qui comptent au jugement dernier. Aucun texte du Nouveau Testament certainement n'exprime plus clairement l'idée que s'abstenir de servir est aussi grave que le crime lui-même; et bientôt le johannisme enseignera que ne pas aimer, c'est haïr!!


Alors la question centrale pour nous est de nous demander comment vivre la foi, concrètement…Ce qui revient à se demander: Comment, en vivant avec Christ qui vit en moi, vivre ma vie, ma vie au quotidien!

Si Le message de Jésus, le Christ, est bouleversement total: on ne peut croire qu'être chrétien, c'est aller au culte de temps à autre , et vivre comme on l'entend, c'est-à-dire souvent pas différemment de bien de nos contemporains qui vivent sans Dieu!!

Si la foi ne change rien à notre vie, alors nous sommes limités à une foi intellectuelle qui ne s'appelle pas foi, mais savoir!!

Cette foi qui veut nous bouleverser veut bouleverser nos négligences, notre temps que nous maitrisons mal et qui passe trop vite sans se soucier de l'autre.


Cette foi qui est adhésion à Jésus le Christ veut nous bousculer dans notre regard plein de présupposés et de manipulation; veut nous arrêter net dans nos paroles de jugement de l'autre.

Cette foi qui m'unit intimement au Christ doit me pousser dans le même temps à son obéissance, à une éthique valable dans l'Eglise mais pas réservée aux chrétiens, proposée à tous les hommes!

Il est parfois bien facile de penser que nous ne sommes qu'une goutte d'eau dans l'océan de misère; et que cette misère est trop lourde pour nos épaules.

Si tous les chrétiens de la terre, unis à tous les autres hommes de bonne volonté, arrêtaient cette pensée malhonnête, ça en ferait du monde pour avoir envie de changer la face de la terre!!


Mais je crois qu'avant de pouvoir regarder vers les autres, il faut d'abord faire place nette.

Faire place nette, c'est se retrouver soi-même nu devant le Christ, c'est-à-dire vrai; se retrouver en vérité devant Celui qui nous connaît mieux que nous-mêmes pour lui déposer nos vies; nos vies avec nos fardeaux, avec nos histoires trop lourdes à porter, avec nos loupés qui nous collent à la peau, avec nos fautes plus ou moins enfouies, avec nos remords et nos défauts.

Etre honnête avec Dieu. Alors, là, là seulement, Dieu peut aider, nous aider, en venant habiter en nous. Alors, là, Dieu peut devenir le compagnon de nos vies, celui qui porte, celui qui impulse courage et envie; celui qui nourrit et aide; celui qui, même s'il reste mystérieux sur bien des points, peut devenir l'hôte de nos jours et de nos nuits; de nos oasis de bonheur et de nos déserts arides.

Se retrouver face à Dieu avant de se retrouver face à l'autre, le nu, l'étranger, l'assoiffé, le prisonnier, le souffrant.

La voilà, la foi qui peut, aujourd'hui encore, transporter les montagnes! Cette foi qui nous apporte tellement, avec ses moments forts et aussi ses moments de doute et de remise en question; mais cette foi toujours en fil rouge dans notre vie, qui ne peut être gardée pour soi, mais doit exploser pour les autres.


Alors, curieusement, ce texte de Matthieu 25 qui ne parle pas une fois …de foi, aura été l'occasion d'en parler; parce qu'un chrétien qui ne prie pas ou plus, un chrétien qui ne fait pas confiance à Dieu; un chrétien qui ne croît pas que Dieu peut être agissant, ne peut pas croire non plus qu'il pourra aider l'autre.


Alors, certainement qu'avant d'aider tous ces hommes, femmes et enfants qui attendent de notre part un geste, une parole, un acte, un partage, faut-il s'ouvrir, ou se ré-ouvrir à la folie de la foi, la folie de non seulement croire mais aussi vivre, expérimenter que Christ vit en moi, a fait sa demeure, son habitation en moi, veut faire naître ou ranimer cet histoire d'amour folle en moi!!

Alors, le feu de Dieu nous donnera une force d'action, une conviction dans nos actes, plus fort que tout. Ce feu de Dieu sera la lumière du chemin de notre vie.


Et là, au dernier jour, nous serons tous surpris d'apprendre que ce que Dieu lui-même nous a donné la force , la joie et la paix de faire pour notre prochain, nous l'avons fait en réalité pour Christ!


AMEN !


Pr Nathalie Paquereau.