Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 9 novembre 2014

GAP (05000)

Lectures du Jour :

Proverbes 8, 12-20 & 32-36

Matthieu 25,1-13

1 Thessaloniciens 4,13-18 (voir également méditation sous cette référence, le 06/11/2011)






Faire provision de bénédictions[1]


Moi qui croyais que les paraboles étaient une façon claire et parlante de nous faire comprendre les choses! Je suis restée bien perplexe. Mais ça m'a permis de comprendre à quoi servaient nos « lectures du jour »: nous obliger à mobiliser nos intelligences et nos cœurs !


Drôle de parabole en effet qui semble à première lecture, prôner tout le contraire de la fidélité et de l'amour... 10 fiancées pour 1 seul homme (tout de même...), un époux qui tarde (on ne sait pas ce qui se passe) et une porte qui se ferme dès l'aube des noces... Cette histoire d'amour cela semble bien mal partie !

Alors, regardons-y de plus près.


Tout d'abord ces fiancées quelles sont-elles?

Dans l'AT l'époux est souvent associé à Dieu et l'épouse à Israël, un groupe, un peuple.

Mais ici Jésus parle d'une alliance avec 10 fiancées, une alliance individuelle avec chacune d'entre elles, quelle qu'elle soit, sage ou insensée mais, nous précise le texte, qui a chacune sa propre lampe.

Par leur foi elles font déjà partie du R de D nous précise Jésus. « Elles prirent leur lampe et sortirent à la rencontre de l'époux ». Elles ont déjà répondu à l'appel que Dieu leur a lancé, à sa proposition d'alliance. Elles espèrent donc sa venue dans leur existence.

Et pourtant elles s'endorment, certainement lassées d'attendre. Elles s'endorment comme on meurt.

C'est comme si croire ne suffisait pas pour attendre une venue que l'on espère même très fort, mais que l'on ne voit toujours pas arriver. C'est comme s'il y avait quelque chose de plus important que la foi pour pouvoir supporter l'attente.


Ce quelque chose, les 1ères communautés chrétiennes qui vivaient déjà dans l'espérance de Dieu, l'avaient certainement trouvé. Ce quelque chose il est encore là, plus de 2000 ans plus tard, il nous est toujours offert, mis à disposition. Il a permis à tous ceux qui nous ont précédé, d'attendre, sans inquiétude ni impatience. « L’époux tarde à venir » nous est-il simplement précisé dans la parabole.

Ce quelque chose, c'est l’huile dont Jésus nous dit de faire provision avant que la nuit n'arrive.

Dans la Bible, le symbole de l'huile évoque les bénédictions de Dieu pour nous.

Et c'est bien de ça qu'il s'agit. Faire provision, dès aujourd'hui et alors qu'il fait jour, des bénédictions que Dieu nous donne sans compter.


Faire provision de bénédictions, c'est comme se préparer une bonne santé spirituelle ! C'est penser chaque jour à observer, à réfléchir. C'est accueillir les bonnes choses, être à l'écoute. C'est s'ouvrir, pardonner, être reconnaissant. C'est tout simplement avoir une vraie bonne relation avec Dieu, une relation qui va se construire peu à peu à force de penser à lui, d'accepter qu'il entre dans notre cœur et le remercier comme celui qui nous donne la vie. C'est ce capital d'amour qui va nous donner la patience d'espérer notamment quand la nuit sera là. C'est ce capital qui va nous permettre de ne pas nous endormir, sombrer dans la mort de la désespérance mais bien d'être dans une veille active et dans le temps présent.


Pas besoin d'attendre la mort: ce sera alors trop tard! C'est comme nos 5 vierges folles qui n'ont rien fait de mal mais qui se sont simplement trompées: elles pensaient que l'huile et la foi qu'elles avaient, suffiraient bien pour leur permettre de tenir jusqu'à l'arrivée de l'époux, jusqu'à l'alliance avec Dieu. Mais il en a été tout autre.


Elles se sont endormies. Leur espérance s'était émoussée, elles ne savaient plus trop ce qu'elles attendaient ni pourquoi. Elles n'avaient plus trop la foi...Toujours est-il que quand elles se sont réveillées, il était trop tard pour aller faire provision d'huile.

C'est sûr que, quand il fait nuit, il est plus difficile, plus hasardeux et plus long de trouver les choses bonnes.

C'est un peu comme quand il y a une panne d'électricité. Quand elle est courte, ça peut aller : on a bien une bougie qui traine et on trouve la boite d'allumettes à tâtons. Mais si la panne dure, on se rend alors compte qu'on a bien des lampes à pétrole mais que ça fait belle lurette que le pétrole s'est volatilisé et – ah ben mince - on n'a pas de bouteille d'avance... Quant aux bougies, il ne reste dans le meilleur des cas, que celles d'anniversaire et on n'ira pas bien loin!...


Eh bien, quand il fait nuit dans nos vies, c'est un peu pareil. C'est compliqué. Le temps paraît interminable et l'angoisse en profite pour prendre la place de la lumière perdue. On n'a même parfois pas assez de lumière pour trouver la boutique d'huile, qui pourtant, elle, est toujours ouverte... On en a tous fait l'expérience et certains le vivent peut-être encore aujourd'hui. C'est quand on est envahi par la douleur, la révolte ou l'incompréhension qu'on a parfois le plus de mal à développer notre foi, à y croire encore, à espérer. Et pourtant, c'est bien là qu'on en aurait besoin. Mais le réservoir est à sec. Pas même une petit goute. Pas la moindre lueur possible. On ne sait plus vers qui ou quoi se tourner, on ne sait plus où aller (si encore on a assez de force et d’envie pour « aller »...).

En même temps, le problème c'est que quand tout va bien, on ne voit pas trop l'intérêt d'approfondir encore sa foi. Elle est là, avec des hauts et des bas mais elle est là. C'est déjà pas mal et c'est vrai à ce moment-là.


Alors, c'est quand la vie n'est pas trop dure, tant qu'on s'en sort bien qu'il faut profiter de ce jour et faire provision de ces bénédictions, s'en imprégner, s'en enduire comme de l'huile. On a, à ce moment-là l'esprit assez libre, assez léger pour s'ouvrir à Dieu et se laisser construire par lui.

Oui, c'est vraiment là qu'il faut penser à être « sages » même si on ne ressent pas, à ce moment-là, le besoin d'en prendre plus qu'il n'en faut, de remplir les jerricans.


C'est quand il fait beau que l'on fait le toit de sa maison et ça peut paraitre complètement idiot de poser un toit contre une pluie qui ne tombe justement pas ce jour-là! En même temps ce serait encore plus idiot d'attendre qu'il pleuve ou qu'il neige pour le faire...

Et c'est la même chose avec les autres : c'est rarement quand « ça chauffe » que le dialogue est possible. Loin de là. C'est donc quand ça va bien qu'il faut en profiter pour apprendre à se parler, s'écouter, se connaître, s'accepter et se pardonner. Commencer à faire une provision de pardon : vous y avez déjà pensé ?


Et il en est de même pour la mort dont on ne parle le plus souvent que lorsqu'elle arrive. C'est pourtant de notre vivant qu'il faut nous y préparer. C'est de notre vivant qu'il est bon de faire provision de suffisamment de paix, de force et de sérénité pour la supporter quand elle nous enlève parfois violemment, des êtres aimés...

La sagesse c'est de profiter des moments favorables pour faire réserve de cette chose essentielle qu'est l'huile de la bénédiction de Dieu. C'est elle qui nous permettra d'avancer dans le jour et dans la nuit. C'est cette force dans laquelle nous saurons que nous pouvons puiser, sur laquelle nous pouvons compter, c'est cette force qui préservera l'alliance que Dieu a fait avec nous et pour nous.

C'est cette confiance qui nous permettra de ne pas nous retrouver en train d'errer à la recherche de n'importe quoi qui pourrait arranger les choses comme nos 5 folles à la recherche de n'importe quelle sorte d'huile....


Alors mettons nous y dès aujourd'hui à faire nos provisions. Faisons le plein de graines comme les écureuils ou les casse-noix mouchetés qui en engrangent parfois tant qu'ils en perdent en chemin ou ne savent finalement plus où ils les ont rangées! Et c'est comme ça qu'on a des noisetiers et des pins cembros qui poussent tous seuls!

N'attendons pas uniquement des autres qu'ils partagent leur huile avec nous. Leur lumière peut nous éclairer certes, mais l'huile, elle, nous est totalement personnelle.


Ceux qui nous aiment ne peuvent vivre vraiment à notre place ce que nous vivons, ou avoir la foi à notre place, ou aimer à notre place, ou espérer à notre place ou soigner notre cœur en pardonnant à notre place.

Il n'y a que nous qui pouvons nous imprégner, chacun à notre façon, des bénédictions de Dieu.

Et chacun pourra allumer sa lampe, c'est à dire briller, de tout son être, de toute son intelligence, de tout son cœur. Chacun avec sa personnalité propre.


Dieu nous le demande et Jésus nous le rappelle: «  vous êtes la lumière du monde » et «  quand on allume une lampe, ce n'est pas pour la mettre sous le boisseau » (Mat. 5:14).

Nos connaissances, nos dons, nos capacités à espérer et à aimer, à faire des choix, à créer, il nous faut les mobiliser. Il nous les a donnés et il nous donne en plus l'huile au-delà du nécessaire, pour veiller et espérer.


Veiller, c'est comme accepter chaque jour, de se laisser construire par Dieu.

C'est accepter notre part de folie et notre part de sagesse car qui pourrait prétendre être sage à 100% ?

Nous sommes 50% sage et 50% dans une recherche insensée qui nous rend fou.

Veiller, c'est accepter de faire confiance à celui qui dit qu'il n'a pas choisi la folie pour nous mais bien la sagesse, et que ce n'est pas contre nous qu'il ferme la porte mais bien contre cette folie à laquelle il fait barrage, cette perte de sens dont il veut nous préserver.


Nous dire de faire provision de ses bénédictions, de puiser dans ce stock inépuisable et d'en remplir des bouteilles pleines, c'est nous dire qu'il nous aime, qu'il tient à nous et ne veut pas nous voir nous séparer de sa présence, de l'alliance qu'il a faite avec chacun de nous.


Cet « Amen, je ne vous connais pas » résonne alors comme un pardon, un cri d'amour. Il n'y a que dans nos esprits complexés et aveuglés par des notions de bien et de mal entièrement humaines que nous vivons ce cri comme un rejet.

Dieu nous aime et nous invite à entrer dans la salle de noces, c'est à dire dans une relation d'intimité. Il nous invite à accepter de faire alliance avec lui.


Nous ne pourrons répondre à cet appel que si nous avons suffisamment emmagasiné les bonnes choses données. Elles nous permettront de rester éveillés, attentifs et confiants, imprégnés de la grâce de Dieu comme d'une huile apaisante.

Car Dieu est là, bien présent, à côté de chacun de nous et son alliance est plus forte que la mort, plus lumineuse que toutes les nuits.


Amen !


Isabelle Christophe-Chabas


[1] à partir de prédications de Marc Pernot et Pascal Lefebvre