Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 26 OCTOBRE 2008

Culte à Gap (05000)

Lectures du Jour :

- Exode 22, 20-26
- Matthieu 22, 34-40

- I Thessaloniciens 1, 5-10



Ne pas baisser les bras


Mais oui mais oui ; on sait tous ou à peu près ce qu’on entend depuis des millénaires dans les églises, et chaque dimanche, et qu’on nous dit redit et rabâche même peut-être : le coup qu’il faut aimer Dieu et aimer son prochain comme soi-même.

Certains, en entendant ce texte contenant ces deux commandements archi-connus, se disent qu’ils vont faire une petite pause d’environ un quart d’heure, le temps que moi aussi je dise et je répète qu’il faut aimer Dieu et aimer son prochain… C’est vrai, c’est tellement bateau !!


Et pourtant…. Laissons-nous chacun interpeller par ces paroles du Christ ; laissons-nous bousculer un peu dans ce que nous croyons ou ce que nous savons ou ce que nous pensons savoir…

Je voudrais tout d’abord replacer ces paroles du Christ dans leur contexte.

Un contexte de plus en plus tendu, de plus en plus conflictuel : dans 4 chapitres, dans trois ou quatre jours, Jésus va être trahi, livré, battu, fouetté, crucifié. La tension monte.


Dans les chapitres 21 et 22, on sent même très bien que l’étau se resserre autour de Jésus pour tenter de piéger ce trouble-fête, ou plutôt ce trouble-religieux qu’est Jésus ; qu’est perçu Jésus. La veille, Jésus a renversé dans le temple les étals des marchands qui faisaient leur petit business au sein-même de la maison de Dieu. Il a cassé la baraque (au sens propre comme au sens figuré) de ceux qui voulaient s’en mettre plein les poches à l’endroit-même où l’on est plutôt censé se tourner vers Dieu et lui accorder de son temps, de sa louange, de son écoute.


Il y a alors juste après cet événement une mise en doute de son autorité ; puis les pharisiens, et ensuite les sadducéens, et à nouveau dans notre récit les pharisiens (là en l’occurrence un docteur de la loi) vont tenter de le piéger : hérésie, parjure, blasphème, tout sera bien pour enfin faire taire celui qui leur casse sérieusement les pieds, ou du moins leur petit système religieux bien rôdé.

Jésus n’aura pas peur. Il n’hésitera pas d’ailleurs, dans la foulée, à traiter les scribes et les pharisiens d’hypocrites… De quoi tendre des bâtons pour se faire battre…


Plus exactement, de quoi risquer sa vie pour nous laisser un message essentiel, un message de vie ; un chemin de vie ; le chemin de vie.

Alors, on peut se demander en quoi ce message est essentiel pour nous.

Ce message, il n’est pas nouveau. Non seulement Jésus, au chapitre 19, a déjà discuté de ces deux commandements d’amour avec le jeune homme riche ; mais encore, Jésus ne fait que citer la Bible, l’ancien testament, notamment le deutéronome lorsqu’il dit : «  Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée » ; et le lévitique, lorsqu’il cite : «  Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».


Rien donc de très nouveau sous le soleil.

Allez, je m’arrête quand même à ces deux commandements. Mais je ne les séparerai pas. Pourquoi ? Justement parce qu’il me semble essentiel de ne pas les séparer.

Réfléchissons donc un peu.

Beaucoup de nos contemporains séparent les deux : l’amour de Dieu, ou l’amour du prochain.

Je ne connais pas de plus grand danger.


Pensons à ceux qui n’aiment que Dieu tout d’abord : lorsqu’aucune place n’est faite pour l’amour de l’autre, de celui qui ne nous ressemble pas ; lorsque des groupuscules ne proposent que l’amour de Dieu, là les risques d’extrémisme sont immenses. On ne peut en effet imaginer que les croisades menées au nom de Dieu portaient en elles un quelconque amour pour leur prochain. On ne peut croire que les massacres de Sabra et Chatila envisageaient l’amour de l’autre ; On ne peut envisager que les attentats du 11 septembre portaient une once d’amour pour l’humain. On ne pourra pas nous dire que des tamouls tuant des chrétiens en inde ont de l’amour pour celui qui est différent.


N’aimer que Dieu ne peut s’envisager dans ce monde où Dieu nous a placés pour y œuvrer, pour y être responsable avec tous les autres.


N’aimer que Dieu, au mieux c’est devenir ermite dans sa grotte ou parfois dans sa cellule de monastère ou de couvent.

N’aimer que Dieu c’est au fonds n’aimer que partiellement Dieu qui a créé l’homme à son image.

N’aimer que Dieu, c’est souvent ne faire que s’enfermer dans sa propre vérité, dans ses propres affirmations, et c’est prendre le risque-même de calquer sur Dieu ce que l’on croit de lui…Au fonds, n’aimer que Dieu, c’est le plus souvent faire Dieu à son image…

Parlons maintenant de ceux qui n’aiment que l’humain. Aimer l’homme, c’est bien ; c’est noble, et si chacun sur cette terre avait de l’amour pour les autres, notre terre ne serait plus la même.


Mais le problème de notre humanité est que l’absence de Dieu est souvent très vite remplacée par d’autres dieux.

Dans notre société, nous avons le dieu-consommation ; le dieu-laïcité quand celle-ci devient intolérante ; et dans notre monde, nous avons un dieu très, très puissant, le dieu-argent.


Quand l’amour de Dieu est absent, bien des dérives sont possibles, dont celle de faire passer l’argent comme une divinité régissant les rapports humains ; décidant de la vie de milliers, de centaines de milliers d’humains…

Chaque fois que l’homme se prend pour son propre dieu, et se croit tout-puissant, il y a très souvent dérive. Et ce n’est rapidement plus l’homme qui est au centre, mais l’appât du gain, du toujours plus.

On l’a vu justement le 11 septembre 2001, dans une amérique qui se croyait fermement toute-puissante, intouchable, au dessus de tous. Et qui fut touchée de plein fouet par une autre vision de la toute-puissance ; deux extrêmes se confrontant.

On est en train de le vivre ces derniers temps avec la crise financière et toutes les conséquences qu’elles engendrent pour le monde entier.


Lorsque le dieu de l’humanité devient Mammon, lorsque l’argent n’est plus là pour servir l’homme ; lorsque ce n’est plus le travail qui est récompensé par l’argent mais l’argent qui fait l’argent ; en bref, lorsqu’il n’y a plus d’éthique comme celle que la foi en Dieu peut nous en apporter, alors tout s’effondre.

Voilà pourquoi me semble-t-il ces deux commandements que Jésus-Christ énonce aux pharisiens me semblent indissociables.

Aimer Dieu, c’est reconnaître qu’Il est au-dessus de nous et que ce n’est pas notre propre volonté qui doit primer, mais la sienne. Et qu’Il est bien plus sage que nous en la matière.


Aimer son prochain, c’est accepter que je ne suis pas la référence ultime, et que je ne suis pas appelé à vivre individuellement et dans l’indifférence, alors même que notre société occidentale nous y pousse de toutes ses forces.

Aimer Dieu, c’est aussi accepter qu’Il nous a aimés le premier, comme nous l’avons dit lors des baptêmes de Tama, Nini et Manou, et que nous ne sommes pas seuls pour affronter cette vie. Aimer Dieu, c’est lui faire confiance pour notre propre vie, celle de nos enfants et petits-enfants.


Aimer son prochain, c’est comprendre que nous sommes les mains de Dieu. Qu’Il n’en a pas d’autres pour semer la paix, pour proclamer plus de justice, pour dénoncer les horreurs de notre monde.

Aimer son prochain, c’est arrêter de ne penser qu’à son confort et sa quête du toujours plus, pour prendre le temps de l’écoute ; le temps de la solidarité entre les générations ; C’est ne pas tomber dans les discours désabusés du «  tout fout le camp », mais c’est croire que chacun nous pouvons re-semer dans le cœur même des gens des graines d’arc-en-ciel.

Aimer Dieu, c’est croire qu’Il ne nous a pas laissé tomber et qu’Il a un plan pour l’humanité, qui n’est pas un plan où le riche doit s’enrichir encore plus et le pauvre laisser mourir chaque jour ses enfants.

Aimer Dieu et aimer son prochain, c’est radicalement arrêter de se dire, de dire : «  mais qu’est-ce que j’y peux moi, si l’humanité part à la dérive ? ».


Dans ce combat d’amour, pour d’autres valeurs que l’argent et l’individualisme forcené, nous ne sommes pas seuls. Il y a Dieu, le Dieu de Jésus-Christ, qui veille, qui prend soin, qui accompagne ; qui nous relève quand la tâche nous paraît trop rude ; qui nous dit avec le Christ qu’Il est avec nous tous les jours.


Chacun d’entre nous ne pourra être le sauveur du monde. Mais ensemble, si nous croyons que Dieu veut une humanité relevée et non pas asservie, ensemble si nous croyons que ce sont les gouttes d’eau qui comptent et toutes ensemble font les océans ; si nous croyons, lorsque nous avons envie de baisser les bras et de nous refermer sur nous-mêmes que le seigneur nous encourage, et souffle de sa force sur nous, alors, nous aurons compris qu’on ne peut aimer Dieu sans aimer son prochain ; et qu’on ne peut durablement aimer son prochain sans aimer Dieu.


Amen !


Pr Nathalie Paquereau.