Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 15 octobre 2017

Culte à GAP-05000

Lectures du Jour :

Esaïe 25, 6-9 (voir également sous cette référence, méditation du 15/10/2017)

Matthieu 22,01-14

Philippiens 4, 12-20






Répondre à l'invitation !


A quoi ressemble le royaume des cieux ? Jésus parlait souvent du royaume des cieux, ou du royaume de Dieu. Et il ne parlait pas souvent d'église. Deux fois seulement. Tandis qu'il parle 83 fois de royaume de Dieu ou royaume des cieux. Nous, par contre, nous parlons peut-être trop d'églises et pas assez du royaume de Dieu...


Jésus parlait du royaume de Dieu et, pour en parler, il utilisait souvent des paraboles. Pour expliquer et faire comprendre aux gens ce qu'est le royaume de Dieu et à quoi il ressemble. Alors il ressemble à quoi, ce royaume annoncé par Jésus aujourd'hui ?

Nous l'avons entendu, Jésus dit : Le royaume de Dieu est semblable à un roi qui fit des noces pour son fils ; il envoya ses serviteurs appeler ceux qui étaient invités.


Chaque fois qu'une parabole comme celle-ci est lue, je ne peux m’empêcher de m'imaginer être un des protagonistes de l'histoire. Et ici qui suis-je ? Je vous invite à cette question pour vous aussi. Qu'est-ce que cette parabole me-vous raconte ? Quel personnage de ce récit me-vous correspond le plus ou le mieux? Quel est le rôle que l'on y joue ?

Mais au fait, quels sont les rôles disponibles ? Le roi ? Sûrement pas: toutes les lectures que nous pourrions faire alors seraient perverses, tordues. Nous quitterions la parabole et nous dirions des bêtises.


Et ne nous prenons pas non plus pour les "bœufs" et autres "bêtes bien grasses": aucun sacrifice n'est requis de notre part, et ce ne sont pas nos épreuves et nos difficultés qui sauvent ou qui nourrissent qui que ce soit!

Il reste trois rôles. Le premier, c'est celui des invités. C'est le rôle le plus prestigieux, et c'est le plus ingrat. Le plus prestigieux d'abord: les invités sont… eh bien, invités! Invités par le roi ! Et comme il n'avait pas invité tout le monde, c'est donc pour nous un honneur insigne.


Nous sommes les invités au banquet du roi… Nous avons été jugés dignes d'être invités, à un titre ou à un autre. Peut-être vaut-il mieux ne pas s'intéresser aux raisons de l'invitation. Vous savez, quand on cherche trop pourquoi on est invité quelque part, on risque d'être déçu de la bonne réponse… Non. Notons seulement que nous avons été placés au-dessus des autres. Nous sommes invités.


Mais voilà que l'invitation nous monte à la tête… Nous sommes importants? Alors faisons-le sentir! Nous sommes souhaités? Alors faisons-nous attendre! Nous sommes invités? Alors n'y allons pas…

C'est que, bien sûr, les gens importants que nous sommes, nous avons d'autres priorités… Nous sommes attendus par le roi? Certes, mais d'autres aussi nous attendent, d'autres événements requièrent notre présence, d'autres lieux doivent aussi bénéficier de notre importance.


Je vous le disais, ce rôle est aussi un rôle ingrat, dans cette parabole. Parce que ça ne va pas se passer comme ça. Parce que le roi reste le roi, et que les invités restent des invités dont la vie ne tient qu'à cette invitation. La refusent-ils? Ils n'existent plus!

Le roi ne nous cédait pas son trône, il nous invitait à sa table, le seul lieu où l'on puisse se nourrir et se réjouir, puisque dehors, ce sont "les pleurs et les grincements de dents"… Il nous invitait, il nous invite, chez lui. La seule réponse envisageable et raisonnable, c'est d'y aller.


Cette parabole est une parabole. C'est dire aussi qu'elle n'est pas une allégorie précise, où chaque image aurait son parallèle strict dans la réalité. Non. Et c'est tant mieux…! C'est une historiette, un tableau, qui nous est renvoyé pour que chacun s'y retrouve ou simplement s'y trouve, s'y reconnaisse ou simplement s'y connaisse enfin.

Alors, que l'Esprit de Dieu aide chacun de vous à trouver, dans sa propre existence, à quoi s'applique cette image des invités qui rejettent l'invitation, puis celui qui invite…


Quant à moi, que le même Esprit me fasse témoin, simplement, en explicitant un ou deux domaines où cela pourrait s'appliquer pour nous.


Car, cette invitation, si c'est une chance, elle comporte aussi une responsabilité. C'est qu'on peut refuser cette invitation. Ils ont sûrement des excuses pour ne pas venir, mais ils ne les donnent pas.

Lorsque je viens au culte, le matin, je vois parfois des gens qui lavent leur voiture. Et cela me dérange doublement. Je trouve que cela ne se fait pas, laver sa voiture le dimanche. Le jour où Jésus est ressuscité. Je ne sais pas ce que vous pensez.

Mais ce qui me rend triste, c'est de voir le soin porté à sa voiture, et ne pas aller au culte. Si on nettoyait aussi scrupuleusement son cœur de toutes les impuretés que certains nettoient leur voiture. Si on s'occupait avec autant de soins de lire la Bible que certains de leur maison ou de leur jardin, quelle différence y aurait-il !


Je n'ai rien contre cela, mais c'est la priorité qui compte. La place que l'on donne à certaines choses. Qu'est-ce qui m'occupe dans la vie ? Qu'est-ce qui y prend le plus de temps et de place ?

Luther disait que ce qui préoccupe le plus, cela est notre dieu. Ce qui occupe et détermine notre vie, ce pour quoi nous dépensons notre énergie, voilà le dieu que nous servons.


Dans la parabole, des gens qui refusent l'invitation, on pense : mais ils sont stupides, refuser l'invitation du roi ! Mais ne faisons-nous pas aussi souvent la même chose ? Dieu a préparé de bonnes choses pour nous ; et nous n'allons pas les chercher, les manger, et après, lorsque nous mangeons mal ailleurs, nous accusons Dieu de ne pas prendre mieux soin de nous.

Alors, oui, nous sommes ces invités qui ne répondons même pas à l'invitation de notre roi au banquet de la fête, bien qu'à plusieurs reprises nous ayons entendu l'annonce de l'invitation !

Mais le roi ne veut pas que la salle de fête soit vide. Alors il renvoie une troisième fois ses serviteurs. Il fait appel largement à tous. Passons donc aux autres personnages de ce récit.


Dieu nous invite, il invite tout le monde, c'est une bonne nouvelle. Il y a place pour tout le monde ; tout le monde est invité, sans exception, que l'on soit noir ou blanc, riche ou pauvre, suisse ou étranger, jeune ou vieux, méchant ou bon, notez que les méchants sont avant les bons. Nous sommes vraiment tous invités à sa table.


Le royaume de Dieu ressemble à cela. À un Dieu-Roi qui invite. C'est un privilège, énorme privilège. Les hommes font tellement souvent des exclusions, des différences, même les religions et les églises. Elle divisent, classent, séparent, en bons et mauvais. Dieu, lui, il invite tout le monde. Cette bonne nouvelle, cet évangile, doit à elle seule éclairer notre journée et nos pensées.

Dieu veut faire la fête avec nous, il nous aime ; même si nous passons par des hauts et des bas, des moments de joie et des moments difficiles, nous sommes invités pour un formidable repas dans le ciel, et cela doit nous encourager, nous fortifier. Nous sommes invités, tous ; Dieu nous attend pour faire la fête ; nous pouvons recevoir son invitation, et inviter les gens autour de nous à aller aussi à cette fête.


Il nous appelle personnellement ; il nous dit : Viens à moi ce matin, toi qui doutes, toi qui es fatigué, toi qui as peur de la mort, toi qui te sens indigne, toi qui souffres, toi qui as peur de la maladie, toi qui es seul, toi qui te sens rejeté, toi qui as été déçu par d'autres chrétiens, toi qui ne comprends pas tous les chemins de Dieu, je t'invite ce matin.

Je suis là pour toi ; je suis un Dieu vivant, qui te connaît personnellement, qui veut t'aider, te libérer, te pardonner, te guérir, te sanctifier. Viens, n'aie pas peur, fais-moi confiance ; viens à moi et je te rassasierai, mais viens à moi, réponds-moi, parle-moi, toi qui ne m'as encore jamais parlé comme à un père miséricordieux et compatissant.


Alors frères et sœurs, vous sentez-vous être cet invité du dehors appelé à remplir la salle de fête du Royaume ?

Si oui, soyez assuré que Dieu est notre hôte, c'est lui qui nous invite à son repas ; il a assez de bonnes choses pour tous ; c'est lui qui a payé et préparé tout le festin. Vous n'avez qu'une chose à faire : accepter l'invitation et mettre l'habit de noces qu'il nous offre.


Car le plus tragique dans la parabole, c'est l'homme qui n'a pas revêtu l'habit de noces, et qui est jeté dans les ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents.

Car c'est une personne invitée, qui croit qu'elle pourra participer au festin, mais qui n'a pas d'habits de noces. Ce n'est pas une personne qui rejette l'invitation, ni même qui ne s'en inquiète pas. Elle répond à l'invitation, mais ne revêt pas d'habits de noces.

Alors c'est une question importante pour nous tous, si nous désirons participer un jour au festin des noces de l'Agneau : est-ce que j'ai revêtu l'habit de noces ?


Chers frères et sœurs, cette fin paraît dure, cette personne qui n'a pas revêtu d'habits de noces et qui est jetée dans les ténèbres du dehors. Et pourtant Jésus l'emploie dans la parabole.

Pour nous avertir, pour nous réveiller peut-être, afin que nous ne soyons pas sans habits, afin que nous revêtions l'habit de noces. Mais quel est-il, cet habit de noces à revêtir ? Si l'habit de l'homme ne convenait pas au festin , alors quels habits sont adéquats pour le festin de Dieu ?


Le texte ici ne donne pas d'indications précises au premier abord, mais il est parlé de séparation, donc de jugement. Et le livre de l'Apocalypse en parle ; il parle d'une robe blanche donnée à ceux qui ont passé par le martyre à cause de leur témoignage (Apocalypse 6/11). Et il est dit plus loin (Apocalypse 7/14) qu'ils ont lavé leurs robes et les ont blanchies dans le sang de l'Agneau.


Alors cela ne signifie pas que nous devons mourir en martyrs pour recevoir l'habit de noces, non, mais mourir à nous-même, au vieil homme, et revêtir l'homme nouveau, comme l'écrit l'apôtre Paul aux Colossiens (3/9) : Vous étant dépouillés du vieil homme, et ayant revêtu l'homme nouveau, selon l'image de celui qui l'a créé.

C'est ce que Jésus appelle naître de nouveau, lorsqu'il parle à Nicodème, et qu'il lui dit (Jean 3/3) : En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu.

Et savez-vous où, dans la Bible, il est parlé pour la première fois d'habits ? Dans la Genèse, quand Adam et Eve, après le péché, se sentent nus devant Dieu et s'en cachent. Lorsqu'il y a une séparation entre eux et Lui, Dieu se met à leur recherche, et leur confectionne des habits faits de peaux.


Il a donc, le premier, tué un animal, versé du sang, pour leur confectionner des habits et pouvoir renouer le contact avec les humains, et cela nous fait bien sûr penser au sang de Christ, versé pour nous permettre de voir le royaume de Dieu, de participer aux noces, de nous pardonner nos fautes.

Dieu nous invite, car il nous aime ; il nous invite à recevoir déjà ici-bas la vie éternelle, … mais nous devons recevoir cette invitation — ce n'est pas automatique — et revêtir l'habit de noces, c'est demander et recevoir le pardon de Dieu pour nos péchés, c'est lui demander de faire de nous une nouvelle créature.

Ainsi, Jésus nous prévient que, nous qui sommes sans l'habit des noces, nous devons adopter cette posture propice à profiter de la fête du Royaume.


Mais au fait, il serait peut-être temps de passer au dernier rôle de cette histoire, lui aussi prestigieux et ingrat. Il est d'abord prestigieux parce qu'il suppose, peu ou prou, que nous nous nourrissons aux tables royales, seraient-elles celles des communs: c'est le rôle des serviteurs.

On ne peut pas être serviteurs de ce roi si on n'habite pas chez lui, si on ne se nourrit pas chez lui, si on ne prend pas ses ordres de lui. C'est une telle évidence! On ne forcerait pas beaucoup l'image à dire que le serviteur ou la servante, c'est un invité qui a dit oui, c'est un étranger qui est devenu un commensal du roi.

Il est donc illusoire de se dire, de vouloir être, serviteur, sans avoir d'abord accepté l'invitation. Invitation à manger et se réjouir d'une part, invitation à travailler pour le Seigneur d'autre part, est donc pour eux la même chose, dans cette logique…

Ici, le prestige et la bassesse sont conjoints: ils résident dans le fait d'être serviteurs, non pas tant devant le roi que devant les autres. Car serviteurs, nous sommes envoyés par le roi chercher les invités, essuyer leurs refus, leurs moqueries, voire leurs agressions.


Et, serviteurs, nous sommes envoyés par le roi chercher les non-invités, les indignes, les "autres", ceux qui ne nous ressemblent pas, ceux que nous n'aurions pas invités, si ç'avait été à nous de recevoir…

Nous autres serviteurs, nous savons que c'est le maître qui invite. Mais nous ne savons guère vers qui il nous envoie. Pourtant il nous envoie inviter en son nom, au point que, dehors, on pourra croire que c'est nous qui invitons.

Mes amis, lorsque nous invitons pour un repas, pour un culte – oui, vous pouvez inviter pour un culte! –, lorsque nous invitons pour une étude biblique, une rencontre fraternelle, réalisons-nous que nous n'avons pas d'existence en dehors de ce rôle, mais qu'en l'accomplissant c'est bien au nom du Seigneur que nous invitons?


Pourtant, serviteurs et servantes du Seigneur c'est bien ce que vous êtes aussi, et moi avec vous, responsables devant Dieu et devant les gens des invitations que vous portez ou que vous oubliez de porter, des cohérences que vous assumez ou que vous refusez d'assumer, des repas que vous préparez ou que vous manquez, et lorsque je dis repas, c'est bien de culte et de vie chrétienne, de foi et d'Église, pardon de Royaume, que je parle, et pas seulement de nos estomacs !


Ainsi frères et sœurs que vous vous reconnaissiez dans l'invité initial, dans l'étranger qui débarque avec ou sans habit de noces, dans le serviteur ou la servante, vous avez tous entendu Dieu vous annoncer : « Je t'aime, viens dans la joie de la fête, je t'attends ! » Alors que votre réponse soit libre et responsable : Heureux celui qui prendra son repas dans le royaume de Dieu.


Amen !


Jean Paul Bourguet