Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 2 octobre 2011

Culte à Trescléoux (05700)

Lectures du Jour :

Matthieu 21/33-46

Esaïe 5, 1-7

Philippiens 4, 6-9



Ils ont tué son Fils…


Le texte du jour, que nous venons d’entendre, est cette parabole des vignerons homicides, ou des métayers révoltés, suivant les évangiles et les traductions. C’est l’histoire d’une succession de crimes qui met en scène la violence des hommes et il faut découvrir la nature véritable des choses et des personnages pour arriver à en comprendre le sens.


Replaçons nous d’abord dans le contexte historique :

Jésus enseigne cette parabole à la fin de son ministère. Jésus est entré à Jérusalem, il a chassé les vendeurs du Temple, il est sorti puis rentré à nouveau à Jérusalem dans le Temple où il est questionné par les grands prêtres et les anciens du peuple sur son autorité. Jésus ne rentre pas dans une discussion stérile où chacun défend sa position. Il enseigne en paraboles. Et celle ci résume peut être l’essentiel de son enseignement sur les relations entre Dieu, les prophètes, les prêtres, les hommes et lui-même.

Alors, aujourd’hui je vous propose de chercher à décoder ce récit, à trouver une interprétation qui ne saurait être la seule mais qui nous semble plausible.


Reprenons la première phrase: 

« Il y avait un propriétaire qui planta une vigne, l’entoura d’une clôture, y creusa un pressoir et bâtit une tour; puis il la donna en fermage à des vignerons et partit en voyage. » 


L’histoire est simple, chacun peut la comprendre, elle est intemporelle, et dans de nombreuses parties du globe tout le monde connaît la vigne et le fruit de la vigne. Pour les chrétiens comme pour les juifs qui connaissent le texte d’Esaïe que nous avons lu également, la signification de cette phrase est évidente :


Le propriétaire, c’est Dieu.

Quand il plante la vigne, c’est Dieu au moment de la création. Il met de l’ordre à la surface de la terre, sépare les eaux de la terre sèche. Il crée les végétaux et les animaux, puis il crée l’être humain, homme et femme. Et la vigne, c’est son peuple.

Quand le propriétaire entoure sa vigne d’une clôture pour la protéger, les contemporains de Jésus y ont vu Dieu qui donne la loi au peuple élu pour le garder et le protéger dans la fidélité de son Alliance. En tout cas la clôture et la loi ont ceci en commun qu’elles désignent un dedans et un dehors, un proche et un lointain. Il y a celui qui applique et respecte la loi, celui qui la transgresse, la transforme et s’en éloigne. La clôture est aussi le signe de la présence de Dieu qui est pour nous comme un « rempart et un bouclier », comme le disent de nombreux psaumes.


La tour que le propriétaire a bâtie peut être aussi vue comme une protection contre les agressions extérieures ; elle permet de voir les choses de plus haut, et de se rendre compte à l’avance de ce qui peut survenir. La tour représente la foi qui permet au croyant de s’élever par la prière, la connaissance et la réflexion. Par la foi nous pouvons prendre ainsi de la hauteur dans notre existence, nous pouvons nous élever au dessus du simple point de vue matériel, nous pouvons voir plus loin, avec plus d’intelligence, sans nous arrêter aux petits détails. Dieu donne à chacun cette possibilité de voir d’un peu plus haut la réalité de notre être, de notre vie et du monde qui nous entoure. Dieu est comme cette tour qui nous est donnée, il est là près de nous, mais il laisse chacun libre de monter ou de ne pas monter dans sa présence. On peut choisir d’avoir la foi. On peut choisir de s’élever par la foi, c’est tout simple et concret comme d’entrer dans une tour qui est là, à quelques mètres de nous, et de monter l’escalier, pas à pas.


Le pressoir lui, comme vous le savez, sert à séparer le jus de raisin de la drache, l’utile de l’inutile, le bon du mauvais. Peut être faut-il y voir l’instrument qui, en toutes occasions, nous permet de distinguer ce qui est bon de ce qui est mauvais, avec réalisme et bienveillance ? C’est utile pour trouver chez les autres, quels qu’ils soient, ce qu’il y a de bon et ainsi de ne garder d’eux que le meilleur et de mieux les aimer. C’est utile quand on se demande ce que l’on doit faire, c’est utile pour combattre l’injustice. C’est utile pour se réjouir de la vie, malgré les difficultés. C’est utile surtout pour reconnaître nos propres fautes, nos propres défauts mais aussi nos qualités.


Cette clôture, cette tour, ce pressoir sont trois choses essentielles dans la vigne de notre existence, un don que Dieu a fait aux hommes après les avoir créés. Elles lui donnent ces trois forces, celle de sa grâce, celle de la foi qui éclaire notre regard et celle de l’amour.

Puis le propriétaire « donna  cette vigne en fermage à des vignerons et partit en voyage ».

La vigne, c’est le peuple, avec tout ce que Dieu lui a donné pour qu’il vive suivant ses volontés. Les vignerons qui passent un contrat de fermage avec Dieu, qui sont-ils, ses anciens, ses prêtres, ceux qui le dirigent en tout cas ? Ils s’engagent à faire fructifier la vigne, autrement dit à ce que les hommes utilisent les instruments que Dieu leur a donnés, comme nous l’avons vu, pour vivre comme Dieu le demande.


Et le propriétaire s’en va, il part en voyage, comme s’il se désintéressait de sa vigne. Et oui, Dieu s’éloigne après avoir mis en place toutes les conditions pour que tout se passe bien. Il laisse aux hommes la liberté d’agir à leur guise, de suivre ou non la loi, de choisir ou non de croire et d’aimer. Il veille sur nous mais nous sommes libres de notre conduite.

Et quand le propriétaire envoie ses serviteurs aux vignerons pour recevoir les fruits qui lui reviennent, ne s’agirait-il pas des prophètes que Dieu envoie pour voir, à la manière dont ils sont accueillis et écoutés, à quel point les hommes suivent sa volonté ? Avec pour mission de leur rappeler cette volonté et l’amour de Dieu pour eux. Et bien sûr cela dérange ceux qui dirigent le peuple, qui ont un pouvoir sur lui, comme les vignerons qui se croient les véritables propriétaires de la vigne, et, de même que les serviteurs sont mis à mort, les prophètes ne sont pas suivis.


Finalement, comme le propriétaire, Dieu envoie son fils, Jésus, avec la même mission. Il le fait en espérant vainement qu’il sera respecté, qu’on écoutera sa parole et que nous pourrons ainsi tous progresser. Et de même que les vignerons mettent à mort le fils du propriétaire pour hériter de la vigne, les hommes, ou plutôt leurs dirigeants, mettent à mort Jésus pour garder leur pouvoir sur le peuple.


Le dernier verset de ce chapitre confirme bien cette interprétation de la parabole : « En entendant cette parabole, les grands prêtres et les pharisiens comprirent que c’était d’eux que Jésus parlait. Ils cherchèrent à l’arrêter mais ils eurent peur des foules car elles le tenaient pour un prophète. »


Jésus nous explique ainsi, par cette parabole, les raisons de sa mort prochaine. Dieu n’a jamais voulu sa mort. Ce sont les hommes qui ont voulu sa mort, c’est leur faute, à cause de l’égoïsme, du fanatisme religieux et des luttes de pouvoir. Que ce soit le peuple, les pharisiens, les grands prêtres ou les romains détenteurs du pouvoir politique, tous étaient dérangés par la présence et la parole du Christ et avaient chacun de bonnes raisons de souhaiter sa disparition


Mais Jésus annonce aussi que tout n’est pas perdu grâce à la toute puissance de Dieu :

« La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs, c’est elle qui est devenue la pierre angulaire : c’est là l’œuvre du Seigneur, quelle merveille à nos yeux ». N’est-ce pas de lui et de l’Eglise invisible qu’il s’agit ?


L’espérance de Dieu, c’est que le Christ soit respecté et écouté. Le Christ de l’histoire l’est un peu puisque nous sommes ici en son nom, 2000 ans après, mais le monde souvent le rejette.


Et nous ne devons pas oublier que c’est lui qui est venu pour nous dire qui est Dieu, que la vraie vie consiste à aimer comme Dieu nous aime et qu’il nous a donné pour cela ces trois forces, sa grâce, la foi et son amour.


Amen !


Jean Jacques Veillet