Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

Cliquez ici pour modifier le sous-titre


Dimanche 1er octobre 2017

GAP (05000)

Lectures du jour :

Ézéchiel 18, 25-28  (voir également sous cette référence, méditation du 1er Juillet 2012)

Matthieu 21, 28-32

Philippiens 2,1-11  (voir également sous cette référence, méditation du 25 Septembre 2011)






Comment accéder au royaume de Dieu ?


L’évangéliste Matthieu nous rappelle une de ces paraboles prononcée par Jésus et difficile à supporter : « En vérité, je vous le déclare, collecteurs d’impôts et prostituées vous devanceront dans le royaume de Dieu » !

Bien entendu, plus de vingt siècles nous séparent de ce moment. A ce jour, nous avons toute latitude pour interpréter, adoucir et débattre sur ce texte. Heureusement mais, cela dit, le débat sur le cri lancé par Jésus reste : « collecteurs d’impôts et prostituées vous devanceront dans le royaume de Dieu » !


En ce monde où nous vivons, où la perte de repère des chrétiens est sans cesse remarquée, ajoutons à cela un peu d’ignorance, un peu de magie pourquoi pas, un peu de lecture naïves des textes bibliques, le Royaume de Dieu apparaît comme quelque chose qui prendra forme après la fin du monde et où il n’y aura que des anges et des élus. Il faut reconnaitre que cela n’intéresse pas grand monde. Et la religion est en train de perdre sa place, il faut bien le reconnaître. Il est vrai que les interrogations, enjeux et soucis du quotidien demandent assez d’énergie et meublent suffisamment nos journées pour que nous ne soyons pas très passionnés par les questions concernant un autre temps et un autre lieu, encore faut-il y croire !!

Vu sous cet angle, ce Royaume de Dieu n’est pas nécessairement très intéressant. Pourtant, c’est bien ainsi que très souvent, il est présenté. Non seulement par le passé, mais encore aujourd’hui, nous trouvons ces clichés et ces images chez certains.


Pourquoi ne pas accéder ainsi au Royaume de Dieu. Cette idée est possible.

Cette idée, c’est celle qu’ont connu les pharisiens et les scribes du temps de Jésus et tant et tant d’autres femmes et hommes depuis ! Tout croyant en Dieu, certainement aussi en Jésus par la suite, tous se voulant fidèles et pieux, tous se voulant observant la loi, tous se voulaient justes. Et Jésus ne dit pas qu’ils n’accèderont pas au Royaume de Dieu, Il dit seulement que les collecteurs d’impôts et les prostituées les devanceront.


Alors, certainement, cette idée « spatio-temporelle » du Royaume de Dieu n’est pas satisfaisante. Un « ailleurs » ou un « plus-tard » ne semble pas pertinent.


Ce Royaume semble hétéroclite en apparence car collecteurs d’impôts, prostituées et personnes bien pensantes, pour utiliser un vocable contemporain, s’y côtoieront. Alors se pose la question : qui est le premier ? Qui a la bonne place ?

Pourtant, encore ce cri retenti : « les collecteurs d’impôts et les prostituées vous devanceront au Royaume de Dieu » !


Y aurait-il alors, dans le Royaume de Dieu, un renversement des valeurs, les premiers seront les derniers et inversement ??? Encore une fois, et pourquoi pas ? Il y a quelques textes bibliques qui vont dans ce sens, comme la parabole des invités à la noce qui ne viennent pas et sont remplacés par les mendiants, comme le fils prodigue. Des textes qui inversent et mettent à mal notre conception de la juste rétribution. Après tout, pourquoi ne pas envisager que Dieu ait une autre référence que la nôtre au sujet du mérite !!! De plus, si nous faisons référence au récit d’Ezéchiel, nous pouvons nous poser la question : « Dieu est-il injuste ? » Ce sont là des évolutions, non d’une génération à l’autre, mais au cours d’une même existence, qui sont visées. De mauvais choix à un moment donné de la vie peuvent gâcher tout ce qui a été construit avant. Le prophète invite celui ou celle qui agit bien à persévérer dans cette voie. Et il appelle celui qui s’enfonce dans le mal à changer radicalement en choisissant ce qui fait vivre. Au verset 32, il est écrit, je cite : « je ne veux la mort de personne ! ». Cette déclaration de Dieu nous aide à comprendre qui Il est vraiment. Il veut accorder son pardon. Il invite toujours à se détourner du mal pour choisir la vie. Alors ?? Qu’en est-il du Royaume de Dieu ? Certainement qu’il ne faut pas le chercher dans un autre temps et un autre lieu. Certainement qu’il faut apprendre à l’accueillir au quotidien, et ce dès aujourd’hui, à travers telle grâce ou telle autre. Le Royaume de Dieu, c’est comme le changement, c’est maintenant, c’est à nous de construire un temps de paix, un temps de sérénité et de quiétude mais aussi un temps de combat, de justice et de droit.


Curieux royaume, n’est-ce pas ? Curieux Royaume de Dieu avec ses ouragans, avec ses accidents, ses injustices et ses guerres ! Et pourtant, Royaume de Dieu tout de même car toujours la Grâce nous accompagne. Toujours Dieu nous offre une voie possible, toujours quelqu’un ou peut être quelque chose peut devenir signe de la présence de notre Dieu en ce monde.


Nous ne nous tournons pas toujours vers Dieu parce qu’inconsciemment nous ne sommes pas absolument convaincus de Sa capacité et de Sa volonté de nous aider. En arriver à reconnaître notre besoin d’agir et que nous avons besoin de l’autre pour avancer est une preuve d’humilité de notre part. C’est aussi essentiel si nous voulons développer notre foi en Dieu.

Il serait faux aussi de répondre par une règle précise à cette question posée (comment accéder au royaume de Dieu ?) et de dire : fais ceci ou fais cela ! Pareille réponse n’indique pas la voie à suivre. Mais dès l’instant où je dis « fais ceci ou fais cela », je ne fournis que de fragiles béquilles qui ne permettent à personne de marcher correctement et d’être indépendant puisqu’elles ne servent pas en même temps de voir clair ! Et pourtant, chacun doit voir clairement le chemin à suivre, qui s’ouvre devant lui, sinon, ces béquilles ne serviraient à rien.


Que l’être humain réfléchisse ! S’il veut accéder au royaume de Dieu, il faut évidemment qu’il en prenne le chemin. C’est à lui d’avancer, car ce royaume ne viendra pas à lui. L’heure est venue où chacun est tenu de prendre lui-même sa décision. Dieu n’impose rien, et ne donne pas d’ordre. Il nous donne des conseils. L’être humain doit choisir entre le oui et le non, entre le jour et la nuit, entre l’ascension ou la chute. Mais il sera difficile de revenir en arrière et de revenir sur la décision prise. Tel est le message de Dieu. Car ce message remet à leur place les panneaux indicateurs mal disposés afin que celui ou celle qui cherche sincèrement puisse reconnaître lui-même le bon chemin.


Il ne s’agit pas de lever dévotement les yeux vers le ciel, de se tordre et de se repentir, de faire des génuflexions et de prier ; il s’agit au contraire de mettre la prière en pratique, de vivre une activité à la fois saine, joyeuse et pure. Il n’est pas question de quémander son chemin en gémissant, mais au contraire de le voir en élevant un regard empli de gratitude et de s’y engager dans la joie. Tout en restant humble. Comme elle est différente de ce que l’on pensait jusqu’alors, la façon de vivre dont on peut dire qu’elle est agréable à Dieu. Elle est bien plus belle, bien plus libre. Elle consiste à se comporter comme il se doit sur cette terre qui est sa création, de vivre comme le souhaite notre Père grâce à sa Création qui n’est que l’expression de Sa volonté ; cette Création au sein de laquelle, pour employer qu’une image, on saisit la main de Dieu qu’Il tend ainsi à l’humanité.

Tel est ainsi notre souci, savoir dépasser les limites que nous nous sommes posées pour parachever la décision d’accéder au royaume. Avoir l’humilité de la saisir tout simplement parce que nous savons que nous ne nous suffisons pas, que sans les autres et sans Dieu rien n’est possible. Il n’est pas aisé de faire œuvre d’humilité. Certainement qu’elle se travaille aussi en acceptant nos fêlures et nos failles, pour tenter de les cicatriser certes tout en sachant que nous ne parviendrons pas à tout guérir et à tout combler par nous-mêmes.


Ce travail nous éloignera de l’orgueil et de l’autosatisfaction. Comme il est écrit dans le Psaume 25, « A Toi mon Dieu, mon cœur monte, ton amour est mon appui. ».


Un jour, qui sait, nous nous découvrirons nous même collecteurs d’impôts et prostituées tout en étant bâtisseur du Royaume pour faire, comme le disait Calvin, du monde, le théâtre de la gloire de Dieu


Amen !


Pr Marc SCHMITT