Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 28 septembre 2014

Culte à Trescléoux-05700

Lectures du Jour :

Ézéchiel 18, 25-28  (voir également sous cette référence, méditation du 1er Juillet 2012)

Matthieu 21, 28-32

Philippiens 2,1-11  (voir également sous cette référence, méditation du 25 Septembre 2011)





Lequel des deux ?


Et vous, qu’en pensez-vous ? Car c’est à nous que Matthieu pose ce matin la question. Alors, que pensez-vous de cette parabole d’un père qui avait deux fils ?

Est-ce que cette histoire ne vous en rappelle pas une autre ?

Un homme avait deux fils….


Le contexte

La parabole que nous avons lue ce matin figure dans le seul évangile de Matthieu, celle du fils retrouvé, dans le seul évangile de Luc (15, 11-32). Leurs similitudes, que nous verrons un peu plus loin, résident également dans leur contexte, le moment où les deux évangélistes la situent : une controverse avec les pharisiens, qui se termine par une parabole :

Jésus enseignait dans le Temple, à Jérusalem, ce que lui contestaient les pharisiens « En vertu de quelle autorité fais-tu cela et qui t’a donné cette autorité ? », soulevant la question de la source de cette autorité dont Jésus faisait preuve, de façon naturelle (Dieu, Satan, Lui-même ?).

Et Jésus leur répond par une autre question : « D’où venait le baptême de Jean, de Dieu ou des hommes ? » Les pharisiens flairent le piège et répondent « nous ne savons pas », de sorte que dans ces conditions Jésus pourra s’abstenir de répondre à leur question initiale. Et Luc ajoute qu’ils murmurèrent entre eux, le laissant au milieu des pécheurs auxquels il faisait bon accueil.


Le repentir

Mais Jésus les interpelles de nouveau : « Qu’en pensez-vous ? » Et arrive la narration de ces deux paraboles : « Un homme avait deux fils ».

Un homme, mais surtout, un père, un père aimant qui s’adresse à ses fils avec affection : « Mon enfant » leur dit-il.

Dans chaque parabole l’un des deux fils s’éloigne du Père, voulant vivre sa vie, révolte ouverte pour l’un, implicite pour l’autre. Chez Matthieu, le fils n’est pas allé aussi loin dans l éloignement du Père que le fils prodigue, mais tous les deux, à un moment de leur vie ont un déclic : chez Matthieu, le fils est « pris de remords[1] », chez Luc il « rentre en lui-même », effectuant l’un et l’autre une sorte d’introspection, un bilan, qui les conduit à faire demi-tour (les skieurs savent ce qu’est une « conversion ») et revenir vers le Père. Et cette envie de retour, devient une impatience à retrouver le Père qui sera d’autant plus forte que le chemin sera long, que le fils ou la fille se sera éloigné(e) du Père.

Voilà pourquoi Jésus parle des prostituées et des collecteurs d’impôts, les péagers. Combien de femmes adultères se sont-elles jetées aux pieds de Jésus, implorant son pardon et l’ont-elles entendu dire ces paroles « ma fille (ma fille !) ta foi t’a sauvée, va en paix » (Luc 7,50), combien de Zachée (Luc 19) sont-ils descendus de leurs arbre, et furent –ils remplis d’une immense joie car Jésus leur avait adressé la parole, à eux les proscrits, les collabos, allant même jusqu’à s’inviter à leur table !


Dire et faire

Alors jésus pose aux pharisiens une autre question « lequel des deux fils a fait la volonté du Père ? ». Car la volonté du Père, c’est quoi au juste ? C’est que nous allions dans la vigne, il ne faudrait tout de même pas l’oublier, la vigne, symbole de l’humanité. L’image de la vigne n’est pas anodine, même si elle est familière au bassin méditerranéen, car une vigne c’est une somme de ceps, où l’on peut passer de l’un à l’autre individuellement, apportant à chacun les soins particuliers qu’il demande. Une vigne, on en prend soin, cep par cep, voilà ce qu’est, faire la volonté du Père.

Alors, il y a ce que l’on dit et ce que l’on fait. Voilà pourquoi Jésus parle aux pharisiens, des prostituées et des péagers, car après avoir rencontré Jésus, et vu d’où ils viennent, eux sauront prendre soin de leurs frères et sœurs, les ceps de vigne.

Quant aux pharisiens, il y a si longtemps qu’ils côtoient Dieu dans son Temple, pourquoi auraient–ils besoin de faire un retour sur eux-mêmes, de quoi devraient-ils se repentir, pourquoi devraient –ils avoir des remords, eux qui respectent toutes les prescriptions de la Torah, eux, que tout le monde peut voir chaque matin aux offices, faisant dans le Temple cette prière (Luc 18,12), « O Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont ravisseurs, injustes, adultères, ou même comme ce publicain; je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tous mes revenus », alors que le publicain, se tenant à distance, n'osait même pas lever les yeux au ciel; mais il se frappait la poitrine, en disant: « O Dieu, prends pitié du pécheur que je suis. ».


Non au statu-quo

Alors, pourquoi changer ? Et en répondant à la question de Jésus « C’est le premier fils qui fait la volonté du Père » ils ne se rendent pas compte qu’ils se jugent eux-mêmes à leur propre aune, car eux se trouvent dans la situation du second : je dis mais je ne fais pas et je suis très heureux ainsi, comme l’autre fils de la parabole ou comme le frère du fils prodigue, qui au prétexte qu’il était resté près du Père, estimait devoir en recueillir seul l’héritage.


Prostituées, publicains, fils rebelles, pharisiens représentants du Peuple élu, fils ainés qui disent oui, en les mettant tous sur un pied d’égalité devant l’amour de leur Père, Jésus annonce l’universalité de sa mission : toute l’humanité, sans exclusive, sans aucune distinction peut devenir cohéritière du Royaume, ce que Paul dira à sa manière (Galates 3,28).

En rappelant aux pharisiens Jean Baptiste, le dernier prophète, annoncé par Esaïe (40,3), suivi par de nombreux disciples, proclamant l’arrivée du Messie par des : « Repentez-vous, car Dieu s’est approché de vous », leur administrant le baptême d’eau, selon le rituel juif de purification, avec ces paroles : « Je vous baptise avec de l'eau, mais vient celui, plus fort que moi, dont ne suis pas digne de porter ses sandales. Lui vous baptisera dans l'Esprit Saint et le feu » (Mat. 3,11).

Les pharisiens, suivant ces scènes de loin, au lieu de considérer qu’il s’agissait là de rassemblements d’illettrés et d’impurs autour d’un faux prophète, auraient dû se rappeler toutes les prophéties relatives au Messie, à sa vocation universelle annonçant le salut pour « toutes les nations ». Ils auraient dû, eux aussi courir vers le Jourdain et demander le baptême, lorsque, après le baptême de Jésus par son cousin, une voix céleste se fit entendre « Celui-ci est mon fils bien-aimé en qui j’ai mis toute mon affection » (Matt. 3,17)

Au lieu de cela, ils préfèrent agir pour sauvegarder le statu-quo. C’est ce que Jésus leur reprochera lorsqu’il leur dira : « Vous êtes aveugles et vous ne le savez pas »


Il y a effectivement de la cécité dans cette histoire, même si l’on sait que Matthieu avait quelque compte à régler avec les pharisiens[2], il est exact que les juifs ne voient pas en Dieu un Père, mais Le Créateur exigeant, juge ombrageux et jaloux, alors que Jean Baptiste et Jésus annoncent un Dieu aimant, un Dieu sauveur, un Dieu qui veut sauver l’humanité de sa condition humaine, c’est à dire de sa finitude dont elle cherche désespérément à sortir par l’affirmation de soi et le souci permanent de s’élever.

Les pharisiens étaient incapables de changer de paradigme, incapables de changer leur façon de voir les choses, d’envisager une autre relation à Dieu. Ils étaient non seulement aveugles mais aussi sourds à cette nouvelle alliance proposée à l’Humanité, qui se terminera non pas sur la Croix mais par la pierre roulée du Sépulcre : la résurrection du Christ par laquelle la puissance de Dieu sera manifestée.

Et nous, dans tout ça ?


Nous, qui venons à la rencontre de Jésus chaque Dimanche, qui le prions chaque jour, auquel des fils ressemblons nous le plus ?

Ne sommes-nous pas en danger, en danger d‘être des diseurs de oui et des faiseurs de non ?

A force de proximité, notre relation à Dieu ne s’affadit-elle pas et notre Espérance avec elle ?

Cette espérance, cette intuition profonde qui est en nous et qui nous fait percevoir dès aujourd’hui, le Royaume que Dieu a promis en Jésus Christ. Nous recevons de Dieu la certitude qu’il nous aime tellement, qu’il nous a déjà pardonné tout ce que nous avons fait de mauvais, et par avance il promet de pardonner tout ce que nous ferons de mal dans l’avenir.

Notre perspective de vie est alors transformée par Dieu et illuminée par sa Grâce. Malgré cela, la plupart d’entre nous en reste là, sans vouloir autre chose si non que ça continue !


Conclusion

Alors, et ce sera ma conclusion, soyons vigilants, prenons conscience que le repentir, ou la conversion, ce n’est pas une fois pour toutes dans notre vie, un jour de bénédiction marqué d’une pierre blanche. Le repentir, la conversion, c’est tous les jours, c’est chaque jour, qu’il nous faut demander à Dieu de nous montrer le chemin qui mène à sa vigne, chemin parfois tortueux que nous n’avons pas toujours envie d’emprunter car la foi ce n’est pas un état mais un mouvement, qu’il faut mettre en route chaque matin.

Lorsque Jésus parle de « faire la volonté du Père », il ne nous demande pas de ne pas faire de mal, mais de faire le bien, et ça, c’est un tout autre programme,


Amen !


François PUJOL


[1] Dans la version de la TOB. « il se repentit » chez Louis Segond ou la version Synodale.

[2] Né en Galilée, appelé aussi Lévi, juif de la tribu de Lévi, il était publicain, percepteur des impôts (pour son propre compte) à Capharnaüm. Ceci explique cela !