Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 14 septembre 2014

Culte à Trescléoux-05700


Textes bibliques :

Genèse 50, 15-21

Matthieu 18, 21-35

Romains 14, 07-09





Remets nous nos dettes


1. à propos du pardon, si l’on vous disait « apprenez quelque chose du royaume des cieux » ou de Dieu, l'expression ne vous étonnerait pas ? Mais si je vous disais «apprenez quelque chose de la république des cieux ou de Dieu » alors vous feriez tout de suite référence à la république dans laquelle nous sommes avec implicitement l'approche qu'a chacun de l'État tel qu'il le vit : le gouvernement critiqué, les lois mal supportées, les impôts et le tiers provisionnel qui arrive, la rentrée scolaire.


2 Comment comprendre que Jésus prenne l'image d'un roi, alors qu’à son époque aussi Jésus sait combien les rois sont contestés, à commencer par celui des juifs Hérode et plus encore le lointain mais pesant empereur romain Tibère !

Donc pourquoi faire des cieux un royaume et comparer Dieu à un roi sinon parce que Jésus par-delà son petit cercle de disciples vise l'humanité entière, les hommes de tous les pays, avec leurs rois, querelleurs, dictateurs, pour dire que ce royaume étendu au ciel entier est tout autre car unique : il n'a rien à voir avec les affaires des nations et leurs frontières ou les affaires de religion et leurs conflits


3. Jésus nous dit simplement qu'il est proche, qu’avec Lui, une vie commune bien différente de celle que nous connaissons est à découvrir entre prochains qui par exemple au lieu de se venger se pardonnent.


Le pardon

Ainsi le pardon, qui est un mot mais aussi un geste est-il proposé à la portée de chacun pour être compris de tous :


1. Mais de façon totalement hors normes en dehors des lois comme le suggère déjà Jésus à Pierre en lui proposant un plafond de pardon : pardonner 77 fois 7 fois donc au-delà de tout juridisme, qui pourtant prévoit tous les cas possibles.


2. Or dans nos royaumes la fonction des dirigeants, rois ou présidents, est de faire voter et appliquer les lois.

Pour montrer ce qu'est le Royaume des cieux, Jésus met en avant un roi, mais dans une situation insensée, en dehors des lois, lui aussi : il remet une dette énorme (équivalente à 60 millions d’€) à son serviteur.

Or celui-ci, bien sûr, ne voit aucun rapport dans cette remise de dette, avec sa propre situation de créancier, ce qui est justement observé : Son débiteur reste légalement son débiteur. Eh bien, c'est précisément ce que le roi ne va pas lui pardonner.


3. C'est là que la parabole devient hypersensible on est déconcerté et c'est bien l'intention de Jésus : ce fameux pardon, ce n'est pas passer l'éponge en mettant sous couvercle son propre jugement, on ne voit pas ici le roi peser le pour et le contre en finissant par dire ça va pour cette fois, mais on le voit viscéralement ému jusqu'à au fond de ses entrailles, expression que Jésus emploie pour exprimer que bien que roi il partage la détresse du serviteur, il se met à sa place

Alors se réalise l'impensable : pendant un moment le roi est devenu le serviteur de l’autre, mais dans la deuxième partie de l'histoire, ce que reprochera le roi à cet homme c'est justement de ne pas s'être mis à la place de son débiteur. Du coup, incapable de pardon, le roi va lui faire partager sa prison avec l'autre.


4. De quelque manière que vous preniez cet exemple, on y comprend que le pardon ne peut être unilatéral : il engage celui qui a été pardonné dans un partage du dépassement de soi. C’est ce qu'on appelle un sacrifice : sacrifier sa vie pour quelqu'un ou même seulement un moment de sa vie c'est se mettre à sa place mais aussi le mettre au bénéfice de ma place. Cela demande de l'abandon de ma part mais ne se passe pas sans abandon de sa part et cela demande du temps. Le temps que le vis-à-vis soit restauré. C'est l'expérience de l'itinéraire de la mort à la vie alors c'est bien le royaume des cieux qui s'est approché, même brièvement dans ce geste de pardon et cela ne s'oublie pas. On sait désormais ce qu'est ce royaume où l’on se met à la place du prochain mais aussi volontairement ou non, on l'a fait savoir à qui l'on vient de pardonner car on a les mêmes tripes.


Jésus sait que Pierre a des tripes quand il est aux prises avec le pardon qui lui fait mal au ventre. Jésus a reconnu là, déjà, un signe du royaume des cieux.


Pensez à toutes les expressions qui vous ont certainement échappé un jour ou l'autre : j'en ai mal au ventre, cela me sert le cœur, mais aussi : j'ai fait cela de bon cœur, j’avais à cœur que cela réussisse, je vous le dis du fond du cœur.

Pensiez-vous faire alors de la théologie ? eh oui, nous approchons Dieu ou plutôt Dieu s'approche de nous par le chemin du cœur dans tout ce qui me met profondément en question mais sans doute a-t-il fallu l'autre pour que je le découvre l'autre en panne sur la route du royaume des cieux et j'ai pu l'être parfois et c'est en quelque sorte la faiblesse qui nous a fait nous rencontrer.


Dans Romains 14, aucun de nous ne vit, avec soi-même comme seul but et aucun de nous ne meurt, avec soi-même un seul but. En montant d'un cran, si nous vivons nous vivons tournés vers le Seigneur, si nous mourons nous mourons tournés vers le Seigneur car pardonner c'est mourir un instant pour voir l'autre revivre.

Quelle expérience du royaume des cieux ! Mais là je préférerais dire « du royaume de Dieu » on se donne beaucoup de peine pour trouver la voie efficace de ce partage qui est annonce de l’Evangile. Cette voie est là, parfois dans le simple silence que peut-être le pardon.


Et il faut en dire alors le pourquoi, ce que n'avait peut-être pas fait le roi de la parabole.

C'est là l'intérêt de la fameuse phrase de la prière de Jésus que nous répétons souvent parce que nous n'avons pas de meilleurs mots, celle qui dit « remets-nous nos dettes comme nous les avons remises à nos débiteurs » (Matt.6/9). « Dette » malheureusement traduite par « faute » mais heureusement avec le mot pardon.

Pardon qui se disait autrefois « perdonner ». J'aime ce préfixe qui bouge pour aller plus loin, comme dans perfectionner, persévérer, persister.


Le Notre-Père répété, tourne toujours une page : ce qui ne s'est pas passé hier va se passer aujourd'hui et ce sera encore la chance de demain. Même nos dettes deviennent une chance : celle de saisir notre pardon et avec lui le fameux royaume avec Dieu.


Amen !


Pr Pierre FICHET