Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 28 août 2011

Culte au Villard-La Beaume (05140)

 

Lectures du Jour :

 

 Matthieu 16, 21-28

Jérémie 20, 7-9

Romains 12, 1-2


Et qu’il me suive…


Reprenons le texte de Matthieu que nous venons d’entendre. C’est l’annonce de la passion et de la résurrection du Christ, l’incrédulité de Pierre et l’appel de Jésus à le suivre. Il y aurait beaucoup à dire et à méditer sur ces quelques versets …..


Je voudrais seulement aujourd’hui attirer votre attention sur ces mots de Jésus adressés aux disciples : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même, qu’il porte sa croix, et qu’il me suive », et puis « Celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais qui perd sa vie à cause de moi, la trouvera. » Et je voudrais m’arrêter en particulier sur le sens général de cet appel fameux du maître : « et qu’il me suive ».


Nous essayons tant bien que mal, en effet, de marcher à la suite du Christ. Un peu comme les disciples de notre récit, qui ne comprennent pas tout ce que demande leur maître mais qui pressentent qu’il y a là, dans cet appel à le « suivre », quelque chose d’essentiel. Et que cet engagement à le suivre donnera réellement sens à leur vie. Marcher à la suite du Christ peut évidemment se réaliser de mille manières dans la vie des hommes et leur histoire, et chaque chrétien, depuis les premiers temps de l’Eglise jusqu’aujourd’hui, a tenté à sa façon d’expérimenter le mieux possible cette marche, dans la fidélité et la persévérance, selon ses moyens et ses forces, et dans des circonstances très diverses de temps et de lieu. Mais nous pouvons penser qu’il y a au fond deux manières générales et typiques de vivre cette marche, deux façons de « perdre sa vie pour la sauver » !


L’une est faite principalement d’ascèse ; et les mots qui qualifient cette marche, cette « action de suivre» résonnent durement à nos oreilles, comme un écho de la parole du Christ : « porter sa croix, se renier soi-même... » : Il s’agit du mot renoncer, renoncer à tout ce que peut proposer la vie comme jouissances vaines et éphémères et comme possessions trompeuses et futiles. Il s’agit du mot dénigrer, dénigrer le monde à cause de ses pièges mortels, de ses tentations qui font tomber les plus solides des hommes, à cause aussi de tout ce qui tire la personne vers le bas et la défigure au lieu de l’élever. Il s’agit du mot refuser, refuser les plaisirs qui font si facilement dériver les esprits loin de l’essentiel. Il s’agit du mot éviter, éviter tout engagement dans la réalité de la vie et de la politique, qui est traversée tout entière par l’orgueil et la violence. Il s’agit là finalement d’une forme de retrait, de sage retrait à l’image de ces retraites spirituelles de quelques jours vécues en des lieux isolés et qui ont quelque succès ici et là, et, si nous poussions le raisonnement à l’extrême, il s’agit aussi d’austérité, de pauvreté, où finalement, l’accomplissement de soi se réalise dans la solitude, dans l’isolement, dans la prière, accomplissement dont la figure ecclésiale a été portée, très tôt dans l’histoire chrétienne, par les communautés monastiques fermées. Dans cette perspective, ce qui fonde la démarche et ce qui anime la marche à la suite du Christ, est bien cette certitude que le royaume n’est pas encore là, qu’il n’est, en tout cas, pas de ce monde. Et que ce « pas encore » justifie une attente faite d’évitement et de prise de distance prudente, et une attitude religieuse de disciple qui juge et qui se tient comme au dessus du monde.


L’autre manière de comprendre l’appel à suivre Jésus peut être qualifiée par le terme d’acceptation. Car il s’agit, ici, non seulement d’accepter le monde et ses réalités, mais bien d’accepter la vie telle qu’elle est promise et offerte, et d’accepter ce monde pleinement. De l’accepter comme le seul lieu possible, comme le lieu par excellence de l’épanouissement de la vie. Il s’agit aussi de reconnaissance, reconnaissance envers la grâce merveilleuse offerte à chacun, dans un parcours humain unique et de grand prix fait de bonheur et de malheur, de joies et de détresses, mais un parcours toujours ouvert sur cette terre. Il s’agit de témoignage, d’action et d’ouverture aux autres, il s’agit d’audace, en tout cas celle qui consiste à intervenir dans les affaires de ce temps, à interpeller ceux qui gouvernent, à s’indigner devant l’injustice, à interférer dans le cours des choses et du monde. L’acceptation se traduit également ici par l’engagement. Dans cette perspective, ce qui fonde la démarche et qui anime la marche à la suite du Christ est cette certitude que le royaume, sans être pleinement réalisé, est pourtant déjà là au travers de quelques signes prometteurs et visibles. Et c’est ce « déjà là » qui donne la possibilité d’une action et d’un témoignage à ceux qui se risquent dans le monde, avec le risque réel et conscient de se perdre.


Il est clair que ces deux manières de « suivre » le Christ sont ici décrites en termes très généraux, et il faudrait sans doute, à cet égard, affiner l’analyse, et montrer les nuances, les possibles complémentarités. Il est clair aussi que ces deux façons de « suivre » recouvrent mille façons d’être disciple. Et peut-être même que dans une vie de disciple il arrive qu’on passe d’un type de démarche à un autre... Toujours est-il que le choix de l’ascèse et du renoncement comme celui de l’acceptation et du témoignage dans le monde, ne peuvent être effectués qu’à la lumière de l’enseignement de Jésus, et c’est ici que je voudrais en arriver pour finir :


Si, en effet, l’ascèse et le renoncement sont compris comme une obéissance aux propos du Christ qui demande de « prendre sa croix, de se renier, et de perdre sa vie pour la sauver », dans le sens où serait délivrée dans ces quelques mots une recette, certes bien amère, pour acquérir le salut, s’il s’agit d’accomplir ainsi quelques gestes qui coûtent, s’il s’agit de se conformer à un certain nombre de règles, de convictions et de pratiques contraignantes dans l’idée d’une récompense qui sera acquise, enfin, dans l’au-delà, alors cette ascèse et ce renoncement demeurent dans le cadre de la Loi et des œuvres qui justifient, mais ne sont pas évangéliques car elles ne correspondent pas au message de Jésus.


De même, l’engagement et le témoignage dans le monde, s’ils sont compris par ceux qui les vivent comme des risques à courir, certes, mais en vue d’une reconnaissance, d’une gratification, en vue de l’obtention de quelque décoration ou de quelque brevet de fidélité, à recevoir ici et maintenant, car le salut est déjà là, ne relèvent l’un et l’autre que des œuvres de la Loi et de l’orgueil humain, et non du témoignage chrétien au sens humble, gratuit et discret .


Aucune de ces deux options de vie ne répond donc à l’enseignement de Jésus. Alors que faire, comment comprendre l’exigence de Jésus, comment trouver un sens aux paroles essentielles de ce passage:: «  qu’il se renie lui-même, qu’il porte sa croix, et qu’il me suive », et puis «  qui perd sa vie à cause de moi, la trouvera. » C’est que la phrase de Jésus est étonnante, elle n’a pas de sens logique pour notre compréhension humaine ; mais il faut l’interpréter à la lumière de la foi :          D’abord, « Porter sa croix » ne serait-ce pas pour nous, comme il l’a fait lui-même, assumer notre vie, toute la vie, et jusqu’au bout, comme étant guidée par la volonté du Père, non par la nôtre ?

        

Ensuite, « Se renier soi-même », ne serait-ce pas changer d’opinion, ne serait-ce pas orienter sa vie « autrement » que ce que nous ferions sans lui ?

        

Enfin, et surtout « perdre sa vie » non pour la sauver, mais « pour la trouver » : Ne serait-ce pas là l’essentiel du propos ? Ne s’agirait-il pas, en effet, de comprendre le salut comme une découverte, comme une trouvaille soudaine, comme un événement inattendu à vivre, précisément, et non pas comme un objet à acquérir, comme un état supérieur à obtenir, comme un bien à posséder, comme une œuvre méritoire à accomplir, comme une récompense à recevoir en échange d’un certain comportement ?

Découvrir la vie, trouver la vie, trouver notre propre vie, tel est le chemin sur lequel il nous emmène, tel est le chemin où il nous précède, lui qui nous a enseigné cette nouvelle vie. Il ne s’agit plus de sauver sa vie mais de la trouver.


Par conséquent, pour « trouver » la vie, comme il l’énonce, à nous de le suivre, librement et sans contrainte, avec les yeux de la foi.


Et il n’y a pas de règles à observer pour le suivre, comme il nous le propose, il suffit d’avoir foi en lui.


Amen !


Jean Jacques Veillet