Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 24 AOUT 2008

Culte à Gap (05000)

 

Lectures du Jour :

Genèse 45, 1-15

Esaïe 22, 19-23

Matthieu 16, 13-20

Romains 11, 33-36.

 


Les clés de Saint-Pierre

Ah! Les clés de Saint-Pierre, elles en ont fait couler, de l'encre ! Et pour la théologie qu'elles ont véhiculé au sein de l'Eglise catholique, notamment concernant la succession apostolique, nous protestants n'aimons pas trop ces histoires de clés et ce texte en général…

Pourtant, l'étude de ce récit où Jésus parle pour la première fois d'Eglise, est centrale pour notre propre ecclésiologie.

Je vous propose ce matin, à l'aide de ce récit, un cheminement en trois points:

Tout d'abord, l'identité de Jésus; ensuite, notre cheminement dans la foi; enfin, les bases de l'Eglise données par Jésus lui-même.

On peut se demander s'il était si important que ça de savoir qui était exactement Jésus…Au fond, si l'on parle de relation personnelle, il y a autant de Jésus que de chrétiens!!

Pourtant, Jésus pose la question: "Au dire des hommes, qui est le fils de l'Homme?"…

Jésus veut-il vérifier sa cote de popularité? La victoire ne serait alors qu'en demi-teinte; en effet, ce qui frappe d'abord, c'est la variété des opinions qui circulent au sujet de Jésus: mais cette diversité a tout de même une unité typiquement juive et biblique: tous pensent que Jésus pourrait être un envoyé de Dieu, un rappel et un accomplissement de ses interventions historiques dans le passé. Ah! Passé, quand on se raccroche à toi, on se voile le présent et l'avenir!!

Effectivement, dans les échos du peuple sur l'identité de Jésus, personne ne semble croire que Jésus est une individualité exceptionnelle …

On peut les comprendre, ces gens qui hésitent sur l'identité de Jésus; et pour nous, ce type de textes est d'autant plus compliqué qu'il fait appel à des termes empruntés aux apocalyptiques juives; donc, totalement étrangères à notre culture!

Ainsi, Jésus se nomme lui-même "fils de l'homme". Ce terme désigne, en hébreu, tout homme. Dans Daniel 7, cette figure représente un personnage qui reçoit la souveraineté à la fin des temps et la mission d'exercer le jugement. Dans le livre d'Ezéchiel, c'est le prophète qui est appelé Fils d'homme et son destin est celui de porte-parole de Dieu, rejeté et souffrant .On peut dire que cette appellation est ambiguë, insistant peut-être plus sur la notion de serviteur souffrant que celui de Christ, ou Messie, celui qui établit son règne.

Voilà qui n'est pas pour lever le voile sur l'identité de Jésus !

Curieusement, Jésus ne dit rien au sujet des opinions qui courent à son sujet, ni pour en souligner le sérieux, ni pour en marquer l'insuffisance; ce qui semble être le centre d'intérêt est plutôt la question suivante: "Et VOUS, qui dites-vous que je suis?"…

Jésus demande à ses disciples de se risquer, à leur tour, à préciser son identité…Et Pierre relève le défi: "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant".

La confession de Pierre proclame à la fois la messianité de Jésus et sa divinité. En le nommant "Fils du Dieu vivant", Pierre entend souligner une véritable filiation; affirmer que Jésus est le Fils, c'est donc affirmer l'origine divine et la nature divine de Jésus, son égalité et son unité avec le Père!!

Cette confession n'est alors pas sans conséquence  pour Pierre !

Déclaré heureux par jésus, ce dernier lui annonce qu'il a été l'objet d'une révélation divine. Et là nous arrivons au passage qui ne nous plaît guère!

C'est bien sur la personne de Pierre, de Pierre en tant que confesseur du Christ, que Jésus édifiera son église, et non sur sa foi ou sur sa confession.

Mais une chose a son importance, qu'il faut garder de vue: le Christ garde l'initiative et l'autorité sur cette construction; c'est lui qui construira, et non Pierre; il ne délègue pas des pouvoirs, il annonce et promet sa propre activité sur la personne de Pierre.

Enfin, pour parler des fameuses clés, il faut souligner que dans l'Ancien testament et le judaïsme , l'image de la clé ne fait pas allusion au rôle du portier, ni à l'idée d'un initiateur spirituel livrant des secrets de vie religieuse à ses adeptes, ni à des pratiques magiques, mais à une autorisation, à un pouvoir fondé sur un enseignement avec la possibilité, avec les verbes "lier et délier", de permettre ou d'interdire.

Voilà donc des bases qui nous sont données: l'importance de l'identité de Jésus pour l'édification de son Eglise.

Certains, si je leur pose la question de l'identité de Jésus, me diront, exactement comme ce que pensaient les gens et que les disciples rapportent à Jésus: “je crois plutôt qu’il était un prophète de Dieu, ce Jésus...mais Dieu lui-même, là, ça coince”.

Je crois pourtant que le plus beau geste d’amour pour nous, celui qui fait passer Dieu de Zeus, cette divinité lointaine à craindre à Dieu, à la fois papa et maman, oui, ce geste d'amour, c’est bien celui de prendre notre condition d’humain pour qu’enfin nous comprenions à quel point Il nous aime.

Dieu, par son incarnation en Christ, dit à l’humanité : “Depuis la création, je vous parle; je vous envoie des hommes, des femmes pour vous parler en mon Nom; je vous ai envoyé ma volonté pour vous gravée sur de la pierre; mais tout cela ne vous a pas suffi...Si j’avais envoyé encore un prophète, cela n’aurait rien changé à vos cœurs rebelles; alors je suis venu moi-même; j’ai pris chair pour vous parler de mon amour .Lorsqu’un enfant se noie, lorsqu’un enfant est en danger, un père ou une mère envoient-ils quelqu’un à leur place pour sauver leur enfant ? "

Pour Nous qui nous étions séparés de l’amour de Dieu, notre Père aurait-il envoyé quelqu’un d’autre que lui-même ?

La croix de Christ vrai homme et vrai Dieu est là pour nous redire cet amour qui est allé jusqu’au bout : Celui d’un Dieu qui préfère la croix à la mort de ses enfants; un geste fou d’amour comme celui de la mère qui saute dans les flammes pour sauver son enfant...

Et Dieu, par cette incarnation en Christ, nous permet un médiateur ; il nous permet de nous approcher de Lui par Christ; Il nous permet de laisser tomber nos images de Dieu-Zeus pour enfin prier un Dieu qui aime tellement l’humanité qu’il a pris chair.

Dieu fait peur ; sa grandeur peut être écrasante ; s’adresser à Dieu, ce n’est pas un acte facile; la prière est un acte qui peut faire peur !

Voilà alors l’un des buts de l’incarnation, voilà ce qui est important dans la confession de Pierre qui déclare: « Tu es le Christ le Fils du Dieu vivant » : nous pouvons nous adresser à Dieu au nom du christ; nous pouvons avoir de Dieu une image autre que celle d’une divinité jugeant, punissant, écrasant...

Alors, croire au Christ- vrai Dieu, c’est abandonner nos idoles ( que ce soit des veaux d’or ou nos prières aux saints , aux éléments de la terre ou même à Marie) pour nous approcher de Dieu vrai homme et vrai Dieu, si proche et à la fois tout-autre...Chose que nous ne pourrions faire si Christ n’avait été qu’un prophète...Sinon, nous prierions un mort !

Cette question de la divinité de Jésus n'est donc pas une question de théologie subsidiaire; elle est la clé nécessaire pour comprendre la révélation de Dieu; elle conditionne totalement notre relation à Dieu, nos attentes, nos espoirs, et aussi le sens à notre vie que Dieu nous offre par son Christ, plus grand don pour l'humanité.

Nous sommes, dans l'Eglise Réformée, une église dite de multitude, en opposition à une église confessante, c'est-à-dire dont les personnes ne deviennent membres que par une confession de foi personnelle.

La richesse de cette approche est la possibilité d'accueillir tout un chacun, y compris donc les personnes qui ne se sentent pas prête à adhérer à une quelconque confession de foi.

On peut comparer cette situation à la première question de Jésus: "Au dire des hommes, qui est le fils de l'homme?"…Voilà notre église de multitude avec ses réponses diverses et variées…Les réponses aujourd'hui ne sont plus tout à fait les mêmes: "Un grand homme qui a fait du bien autour de lui; le dernier prophète; un sage comme Gandhi; un homme que Dieu a adopté comme son fils…".Voilà notre église de multitude, semblable à la foule environnante de Jésus.

Mais une chose est à souligner : Jésus ne fait effectivement aucun commentaire, aucun reproche à ces réponses; mais immédiatement après il pose la question personnellement à ses disciples: "Et vous, qui dîtes-vous que je suis?".

Ces disciples, ce sont les futurs  bâtisseurs de l'Eglise, ceux qui auront en charge l'enseignement, l'annonce de l'Evangile, ceux qui seront chargés de veiller sur l'Eglise qui va naître et grandir.

Voilà que Jésus attend de ceux qui vont bâtir son Eglise qu'il n'y ait pas de confusion sur qui il est; voilà donc qu'il attend de ceux qui vont porter l'Eglise une parole confessante; une parole forte qui reconnaît pleinement sa divinité à Christ. Oh! Ça ne veut pas dire que Jésus n'attend que des artisans irréprochables pour bâtir son Eglise!! La preuve en est que le pauvre Pierre se fera traiter de Satan quelques versets plus loin par Jésus lui-même, et que nous connaissons tous le passage de la trahison de Pierre lors de l'arrestation de Jésus !

Non, Jésus n'attend pas des surhommes

Mais des hommes, des femmes qui sont prêts à l'écouter, prêts à le reconnaître, prêts à relever leurs manches pour l'édification de l'Eglise parce que ça en vaut le coup; des hommes et des femmes qui bâtissent leur foi non sur une idéologie d'un homme sympa venu il y a deux mille pour apporter un petit message de paix; qui bâtissent leur foi sur ce Dieu qui a eu la folie de se faire homme pour le salut du monde!!

Et voilà la sagesse de Dieu : Il ne donne pas à ceux qui sont appelés à relever leurs manches la charge d'être maître d'œuvre; on remarque dans notre texte que Jésus dit à Pierre : "Je construirai mon église". Jésus-Christ reste le maître, et ceux qui le confessent comme Christ, fils du Dieu vivant n'en sont que les ouvriers !!

Voilà bien une joie pour nous: Dieu ne nous laisse pas seuls dans cette entreprise qu'est l'édification de l'Eglise !Il demeure le maître, celui qui donne les ordres, et surtout sait ce qui est bon…Ce qui veut dire une église qui ne fait pas les choses par envies propres; une église qui n'assouvit pas une soif de reconnaissance ou de pouvoir personnel; une église qui ne chicane pas, ne critique pas les autres, mais une église qui porte tous ceux qui sont de la multitude que dieu aime, une église qui les porte spirituellement et aussi à leur place financièrement, mais surtout, ces ouvriers que nous sommes appelés à être un jour ou l'autre doivent bien comprendre et vivre que rien ne peut se faire sans le patron, le chef de chantier, Jésus-Christ.

Ce qui signifie que le noyau des confessants a la charge de prier, c'est-à-dire de parler au maître des travaux; charge de prier pour une église ouverte; charge de prier pour les finances; charge de prier pour les enfants de l'Ecole Biblique et les catéchumènes; charge de prier pour que notre fichier anonyme devienne foule assoiffée.

Dans ce projet de vie totalement fou, Dieu ne nous laisse pas seuls ; Il nous donne son Esprit; Il nous offre cette présence constante en nous, qui peut nous permettre de vivre enfin en harmonie avec le plan de Dieu, pourvu que nous l’écoutions, pourvu que nous ne le mettions pas trop au placard en l’oubliant , pourvu que nous croyions que Dieu a une quelconque possibilité, encore aujourd’hui, d’intervenir et de nous éclairer dans nos choix !

Alors, j’ai envie de dire, avec ce récit montrant l'importance de reconnaître Christ comme fils de Dieu pour pouvoir s'édifier soi-même et édifier l'église, que nous avons le choix : le choix entre cette affirmation de foi qui reconnaît Jésus comme vrai Dieu, qui donne vie à une relation d’amour entre le Dieu de Jésus-Christ et nous , et la survie vivotante d'une église qui ne sait pas trop où elle en est, ne croît plus en l'avenir, ne demande plus rien à Dieu le trop silencieux, ne se forme plus, ne prie plus, devient une association avant d'être Eglise du Christ, et n'ose plus parler de ce Christ, fils de

Dieu mort sur la croix pour nos péchés, et ressuscité par Dieu…

 Dieu nous laisse le choix ,dans nos églises comme dans nos vies, entre rester dans nos réflexions uniquement intellectuelles et rationnelles qui ne changent rien à notre vie ni à notre survie d'église, et une sorte de nouvelle naissance , passer à la relation intime avec Christ, le fils de Dieu, le bâtisseur, et à l’Esprit qui vivifie et veut conduire son Eglise.

Voilà le choix mis devant nous : passer de sympathisant à adhérent: oh ! Pas adhérent à une église ou une association : plutôt une véritable adhésion à Christ ! Alors, notre vie aura un sens; alors, notre engagement dans l'Église ne sera plus charge mais réponse à un appel de Dieu lui-même sur nos vies; alors, j'en suis sûre, nos églises reprendront un nouveau souffle…Mais pour cela, il faut plusieurs Pierre pour prendre le pari!

 

Amen.

Pr Nathalie Paquereau.