Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 7 août 2011

Culte à Trescléoux (05700)

 

Textes du Jour :

 Matthieu 14, 22-33

1 Rois 19, 9-13

Romains 9,1-5


Notre foi peut faire des miracles

           

Jésus marche sur les eaux. Combien de fois avons-nous entendu cette histoire ! Vous rappelez vous cette gravure de nos manuels d’école du dimanche représentant la barque des disciples secouée par les vagues et Jésus debout à côté ! faut-il croire à ce qui est raconté dans cette histoire, à la réalité de cette image que nous avons vue ? C’est l’une des questions qui se posent lorsqu’on lit ce texte. Et c’est une question qui revient assez souvent à propos de toutes les histoires de ce genre, nombreuses dans les évangiles. Alors, ne l’évacuons pas. Faut-il donc croire que Jésus a marché sur les eaux ? Regardons d’abord les inconvénients de chacune des deux réponses possibles.

La réponse affirmative en premier, celle qui heurte le plus nos contemporains : oui, Jésus l’a fait, puisque le texte le dit. Mais il y a une autre version de cet évènement dans l’évangile de Jean , qui diffère sur de nombreux points, et il n’en est question ni dans Luc, ni dans Marc. Où est alors la vérité puisque la relation de cet évènement est différente d’un évangile à l’autre et que les deux récits sont historiquement incompatibles. Si nous affirmons la vérité du texte, il faut l’affirmer sur tous les points, pour les deux récits et cela devient impossible. De plus cette réponse est totalement contraire aux convictions rationnelles et aux connaissances scientifiques de nos contemporains.

 Pourtant la réponse négative comporte aussi des inconvénients majeurs. Que signifierait refuser que Jésus ait pu marcher sur la mer ? N’est-il pas, justement, l’incarnation du Fils éternel de Dieu ? Comment le Créateur serait-il incapable de marcher sur la mer, lui qui en est le maître? Refuser ce miracle au nom de la vraisemblance, c’est aussi refuser à Jésus la divinité au nom de la même vraisemblance

        

Et puis, refuser un élément du récit, c’est se donner la liberté de refuser les autres. Accuser le texte de mentir sur un point, c’est l’accuser d’être menteur tout court, et pourquoi pas sur tous les points ? Si je choisis dans ce récit, si je choisis dans l’Évangile, ce qui me plaît, et que je jette ce qui me déplaît, que va-t-il rester d’autre que ce que j’aurais pu écrire moi-même ? La Bible ne me sert alors plus à rien, et comme beaucoup de gens aujourd’hui, ma religion se réduit à l’envie que j’ai, à mes idées personnelles. Ma religion n’est plus qu’une projection de moi-même : je suis mon propre dieu

        

Devant de tels inconvénients pour chacune des deux réponses possibles : oui et non, que faut-il penser maintenant ? Je vous propose une fuite, mais une fuite qui n’en est pas une, au contraire. Je vous propose de considérer que la question de savoir si Jésus a marché sur la mer est une question sans intérêt ; plus même, une question qu’il n’y a pas lieu de se poser : Les évangiles, comme souvent, nous racontent ici une histoire qui n’a pas forcément de lien avec ce qui s’est passé vraiment ; une histoire pour nous faire comprendre qui est Jésus, ce qu’il fait pour nous ; une histoire qui est une forme de démonstration, généralement irrationnelle et imaginée pour nous convaincre . Comme l’a écrit Jean, en conclusion de son évangile : « Ces faits ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu et pour que en croyant vous ayez la vie en son nom ».

        

Alors reprenons l’histoire que Matthieu nous raconte :

          

Les disciples de Jésus ont embarqué de nuit sur le lac agité, ils sont poussés par un vent contraire qui soulève les vagues contre leur frêle esquif. Ils ont la peur au ventre, amplifiée par la nuit sombre et le bruit des flots. On commence à deviner les lueurs de l’aube annonçant un jour nouveau. Les terreurs de la nuit sont en train de s’estomper et quelque chose de rassurant repousse les angoisses nocturnes. C’est sur cette impression où l’espérance commence à s’installer que se profile à l’horizon la silhouette du Seigneur, encore indistincte et nimbée dans la brume. Le Seigneur vient à la rencontre de ceux qui désespéraient d’un prochain secours. Est-ce lui ou est-ce une illusion ? Réalité ou fantôme ? Déjà on se met à espérer.

        

Est-ce l’histoire d’une nuit unique passée sur le lac par 12 hommes en détresse, ou est-ce l’histoire mille fois répétée de tant de drames traversés dans notre vie d’hommes? Peu importe. En tout cas nous ne perdrons pas de vue le fait que cette histoire est avant tout, celle de tous ces gens qui se sentent menacés par des événements qu’ils ne maîtrisent plus. Ils éprouvent cette peur qu’inspirent la maladie, la guerre, la pauvreté, l’indifférence des autres. L’expérience d’une fois, racontée ici, devient la règle pour toutes les autres fois. C’est pourquoi chacun lira dans ce récit celui de ses propres détresses.

        

La leçon à retenir est que le Seigneur vient, il est toujours en train de venir et de chercher à monter sur notre embarcation, même si nous ne le reconnaissons pas et que son visage se confond avec celui de tous les fantômes qui font illusion. Il vient pour prendre en charge nos craintes, nos terreurs, nos angoisses comme il le fait ici en se déplaçant tout à son aise sur des flots hostiles. « Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur ». Il domine ainsi les tempêtes qui nous terrorisent. Le miracle de sa présence est une réalité dans nos vies, mais nous ne savons pas toujours le voir.

        

Quand nos regards se tournent vers lui, nous ne le voyons pas toujours, nous ne percevons pas forcément sa présence, si bien que nous ne sommes pas vraiment rassurés. Nous ne ressentons que notre propre douleur, nous ne considérons que nos angoisses. Nous ne voyons pas d’issue à notre détresse. Nous ne voyons que la réalité immédiate de ce qui nous tourmente et les difficultés qui nous assaillent en cascade incessante. Bien audacieux alors sera celui qui saura discerner l’action du Seigneur et enseigner aux autres à le faire. On doute même que le Seigneur puisse faire quelque chose quand tout se dérobe sous nos pas.. La voix du Seigneur, même si elle retentit à nos oreilles ne nous libère pas de tout ce qui nous tourmente et ne nous délivre pas de tous les mauvais pas où nous sommes tombés. Pourtant, le Seigneur n’est pas absent de notre drame, c’est l’aventure de Pierre qui va nous aider à y voir plus clair et nous mettre sur le chemin de la bonne réponse.

        

Dans ce récit, Pierre est comme les autres, il a peur. Comme les autres il doute, et il n’est pas sûr que ce soit le Seigneur qui vienne vers eux dans l’aube qui pointe, mais lui seul, Pierre, se permet de mettre le Seigneur au défi.

- « Si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux »

- « Viens » dit Jésus

         

Il vient en marchant sur les eaux mais prend peur, c'est-à-dire qu’il perd confiance, il doute et s’enfonce au point d’être en danger de mort alors que jusqu’à maintenant il était sauf. Il a demandé au Seigneur de lui prouver que c’est bien lui en réalisant un prodige, soit une action contraire aux lois de la nature que nous connaissons, mais n’a pas eu la confiance, la foi en Dieu nécessaire pour que la puissance divine réalise ce miracle. Il veut que le Seigneur fasse quelque chose de spectaculaire pour conforter sa foi défaillante alors que seule sa foi et la volonté de Dieu auraient permis ce résultat.

        

Mais malgré tout il est sauvé parce que le Seigneur est là. Et si Pierre échappe à la noyade c’est qu’il appelle au secours, « Seigneur sauve moi » et que dans cet appel il reconnaît que c’est bien du Seigneur qu’il s’agit. Il n’est plus question de lui demander de prouver la réalité de sa présence, mais par cet appel lui-même, Pierre la reconnaît, de même que sa toute puissance.

        

Pierre s’était cru capable de contraindre le Seigneur à manifester sa puissance divine. Il croyait pouvoir entraîner son Seigneur  à accomplir ses souhaits comme il le désirait, quelle que soit sa confiance en lui. Il croyait que le Seigneur, par affection pour lui pouvait se mettre au service de son manque de foi.

        

Pierre avait confondu prodige et miracle. Le souhait du prodige, nous l’avons vu, conduit à un échec et à la désillusion. Le miracle, par contre, ne se réalise que si nous avons la certitude que notre vie toute entière est dans les mains de Dieu et que sa présence en nous est toujours bien réelle, même quand elle ne se sent pas. Cette présence provoque en nous l’espérance, et l’espérance nous pousse à croire qu’aucune issue n’est définitivement bouchée, qu’aucune porte n’est fermée à clé, et que la mort, même si elle semble devoir l’emporter n’aura jamais le dernier mot.

        

Dans les moments où nous semblons perdre le sens de la vie, quand les épreuves ou l’angoisse sont trop forts, il n’est pas facile de se cramponner à la foi et de laisser avec confiance l’espérance guider nos actions. Malgré tout, il nous faut chercher à percevoir la voix de Dieu qui nous dit : « tiens bon, ne lâche pas ». C’est pour cela que le texte que nous venons de méditer nous dit que l’intervention de Jésus se fait à la quatrième veille au moment où le jour va pointer, car la

présence de Jésus en nous, c’est toujours comme un éclairage nouveau qui s’installe dans notre vie.

        

A chaque instant de notre existence, quand nous appelons le Seigneur, c’est comme si le jour qu’on ne voit pas encore commençait à se lever. Le Seigneur vient, défiant ce qui nous fait peur. Est-ce une illusion ? Aucune réponse affirmative, car c’est cela la foi. La foi nous dit dans quel sens il faut regarder, et cela c’est déjà le début du miracle

 

Amen !

 

Jean Jacques Veillet