Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 31 Juillet 2011

Culte à Orpierre (05700)

Lectures du Jour :

Esaïe 55,1-3

Romains 08, 35-39

MATTHIEU 14, 13-21

Jésus et le deuil


Frères et sœurs, ce matin nous est proposé de poursuivre notre lecture de Matthieu par ce passage très connu de la multiplication des pains.

Mais je voudrais commencer cette méditation par un thème peu souvent évoqué, qu’il me semble important de mettre en évidence aujourd’hui : Il s’agit du deuil.


Le deuil

Et je voudrais vous relire le 1° verset de notre texte :

«  A cette nouvelle, Jésus partit de là dans une barque, pour se retirer à l'écart dans un lieu désert »

Cette nouvelle, c’est l’annonce de la mort ou plutôt l’assassinat de Jean-Baptiste dans des conditions décrites à la fin du chapitre 13, et que vous pourrez relire si vous avez le cœur bien accroché.

Jean-Baptiste, son cousin, son presque jumeau, né lui aussi d’une intervention divine : rappelez-vous le cantique de Zacharie, son père :

« Béni soit le Seigneur, le Dieu d'Israël qui visite et rachète son peuple et nous suscite un puissant Sauveur dans la maison de David, son serviteur », cantique qui annonce on ne peut plus clairement l’autre naissance, quelques semaines plus tard, de Jésus lui-même.


Jean Baptiste, le dernier des prophètes, celui que les juifs prenaient pour Elie lorsqu’il est sorti du désert, J. B., celui qui fait le lien entre les promesses de l’A.T. et leur accomplissement dans le N.T.

J.B., qui annonce le premier la véritable nature de Jésus : le Fils de Dieu, et sa mission : accomplir les prophéties qui annoncent le Messie, proclamation confirmée par cette voix céleste après que J.B. eut baptisé Jésus : « Celui-ci est mon fils bien aimé en qui j’ai mis toute mon affection »

On comprend donc que Jésus ait besoin de faire le point, de s’isoler, pour encaisser cette terrible nouvelle.

Curieusement, Matthieu ne consacre qu’une seule petite phrase au deuil de Jésus, car aussitôt après : « la foule sortit des villes et le suivit à pied. Quand il sortit de la barque, il vit une grande foule, et fut ému de compassion pour elle, et il guérit les malades jusqu’au soir ».

Jésus ne resta pas enfermé dans son deuil très longtemps. Et cette remarque est venue se télescoper avec le drame survenu en Norvège la semaine dernière[1].


La Norvège, qui adopta la Réforme il y a 5 siècles, la Norvège où l’Etat et l’Eglise sont en totale fusion, la Norvège dont 86% des habitants se déclarent spontanément de confession luthérienne.

C’est dire si ce peuple, est imprégné par l’esprit de la Réforme et par l’enseignement des Ecritures.

Et je suis tombé un peu par hasard sur l’intervention du 1° ministre norvégien Jens Stoltenberg :

« Les Norvégiens sont en deuil, dit-il. Ils sont encore sous le choc. Mais nous voyons une Norvège unie, où les gens se réconfortent et prennent soin les uns des autres La Norvège est un pays où tout le monde se sent proche. Je pense également que la Norvège sera facile à reconnaître. Nous serons toujours une société attachée aux valeurs de la démocratie et de l'ouverture, et une société qui encourage les gens à être actifs, à participer à la vie politique de telle manière qu'ils se sentent en sécurité ».


Spontanément, dimanche dernier, les habitants d’Oslo se retrouvent 100.000 dans et devant la cathédrale pour prier ensemble.

Sans y penser, ils adoptaient la même démarche de deuil que Jésus, non pas par le repli sur soi, comme dans une forteresse, non pas en tirant un rideau invisible qui couperait toute communication avec l’extérieur, mais en se retrouvant ensemble, rassemblés autour de notre Seigneur, en communion avec Lui. Avec Lui nous sommes en sécurité.

J’ai été saisi par la similitude des expressions : « La Norvège sera facile à reconnaître » avec ce verset d’Esaïe que nous avons lu ici même il y a 15 jours « Je ferai du nouveau dit le Seigneur, vous saurez le reconnaître, dans le désert je tracerai un chemin » et avec ce que nous venons de chanter : « Et le monde connaîtra que nous sommes chrétiens à l’amour que nous portons à nos prochains »


J’ai été saisi par le lien entre ce que vivaient les norvégiens, nos frères en Christ, en ce moment et notre lecture d’aujourd’hui.

Ce moment de deuil vécu par Jésus, et surmonté de la même façon : par l’ouverture, se tourner vers les autres. Sans pour autant nier la douleur et la souffrance ressenties, noyer son deuil dans l’empathie, la compassion pour notre prochain. Etre ensemble, entre frères, pour se consoler, rebondir : la vie plus forte que la mort : Le miracle de Pâques chaque fois renouvelé.

Et que faisaient ces juifs du petit peuple au bord du lac de Tibériade ? Ils restaient ensemble, en cette fin de journée, ne pouvant partir, comme si, en quittant ce rivage ils allaient rompre quelque chose d’unique, qu’ils étaient en train de vivre.

La seule chose dont ces milliers d’hommes, et de femmes avaient peur, c’était d’interrompre ce moment magique de communion, de fusion qu’ils vivaient avec celui que eux, avaient déjà inconsciemment reconnu comme le Messie, celui que les prophètes et Jean Baptiste avaient annoncé.


Car Jésus faisait effectivement du neuf, comme l’annonçait Esaïe, dans ce pays occupé par Rome, où les chefs religieux prônaient la collaboration avec l’occupant pour mieux asseoir leur propre pouvoir, où la hiérarchie religieuse méprisait le petit peuple. Mais Jésus lui, il prenait soin d’eux, leur parlait, leur parlait d’amour, de vie nouvelle. On comprend pourquoi ils ne voulaient pas partir


Le glissement nourriture terrestre/nourriture spirituelle

La fin de la journée est là. Les disciples voudraient bien, eux aussi pendre un peu de recul et de repos. Ils pensent avoir trouvé la bonne excuse : Ces gens n’ont rien à manger, qu’ils retournent dans les villages !

Mais Jésus n’a pas que des préoccupations spirituelles. S’il prend soin de ces gens qui l’ont suivi, c’est totalement, et il balaie les dernières objections des disciples : Il mangeront ici.

Matthieu nous raconte brièvement cette multiplication ou plutôt cette fraction des pains.

Et dès lors on entre dans un glissement entre nourritures matérielles et nourritures spirituelles.

Matthieu précise que Jésus rompit le pain et rendit grâce : exactement les mêmes mots que ceux employés pour décrire la Sainte Cène, que nous allons partager dans un moment.

Alors, ce pain donné à la foule, est-ce seulement du pain ou n’est-ce pas déjà l’annonce du sacrifice de Jésus, qui rassasiera l’humanité entière, par cette grâce surabondante (Rom.5/21). N’est-ce pas le sens de ces 12 paniers pleins, 1 pour chaque tribu d’Israël, c'est-à-dire tout le peuple.


Ce texte est important pour nous, particulièrement aujourd’hui, car il n’est pas inutile de rappeler que Jésus se préoccupait aussi des nourritures matérielles de ceux qui le suivaient. Même si Jésus déclare ailleurs « L’homme ne vivra pas de pain seulement », l’homme vivra aussi de pain, c’est ce que Jésus veut nous faire comprendre dans cette fraction du pain.

Car comment peut-on imaginer parler du salut, de la vie éternelle, à des hommes et des femmes dont la seule préoccupation est que leurs enfants ne meurent pas de faim ?

Et si l’on reprend notre lecture d’Esaïe, c’est le même glissement qui s’opère entre rassasiement matériel et spirituel :

« Vous tous qui avez soif, venez prenez cette eau, même celui qui n'a pas d'argent! Pourquoi payer pour ce qui ne nourrit pas? Pourquoi travailler pour ce qui ne rassasie pas? Écoutez-moi donc, votre âme se délectera de mets succulents, Écoutez, et votre âme vivra: Je traiterai avec vous une alliance éternelle ».


Esaïe aborde à la fois le thème de l’eau, symbole de la vie sur terre, mais aussi l’eau symbole de l’action de Jésus pour les âmes assoiffées :

« Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi, et qu'il boive. Celui qui croit en moi, des fleuves d'eau vive couleront de son sein »

Alors on peut se poser la question : est-ce que Jésus ne nous interpelle pas aujourd’hui pour nous demander ce que nous faisons pour le partage de ces nourritures terrestres, qui sont elles aussi un don de Dieu, qui devrait être partagé équitablement entre tous comme ce pain et ces poissons sur les rives du lac de Tibériade


Alors, à chaque repas que nous prenons, n’oublions pas d’en rendre grâce au Seigneur, chaque fois que nous arrosons notre pelouse ou lavons notre voiture, pensons à nos frères, ceux d’Afrique de l’Est en particulier.

Certes, le fait de fermer notre robinet d’eau ne fera pas verdir le désert, mais la persévérance dans la prière, la persévérance dans les actions les plus humbles, dans nos modestes contributions aux organisations humanitaires, nous rapprocheront un peu de ces peuples qui sont aussi nos frères, et nous rapprochant d’eux, c’est de Jésus lui-même que nous nous approcherons.


Conclusion

Voilà chers frères et sœurs ce que m’inspirait ce matin cette multiplication des pains, mais pour ne pas terminer sur des considérations trop graves et pour que vous repartiez renforcés dans votre foi, je voudrai vous relire ce texte de Paul aux Romains :

« Qui nous séparera de l'amour de Christ? En toutes choses nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés. J’ai l'assurance que ni la mort ni la vie ne pourront nous séparer de l'amour de Dieu manifesté en Jésus Christ notre Seigneur. »


Amen !


François PUJOL


[1] 72 jeunes gens assassinés par un néo-nazi lors d’un rassemblement estival