Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 30 Juillet 2017

Culte à Trescléoux (05700)

Lectures du Jour :

1 Rois 3, 5-12 (voir également sous cette référence, méditation du 27 Juillet 2014)

Mathieu 13: 44-52

Romains 8: 28-30




« Que ton Règne vienne »


Replaçons d’abord le passage d’aujourd’hui dans son contexte :

Il s’agit de trois paraboles très courtes, racontées par Jésus après le récit des paraboles du semeur, de l’ivraie, du levain et du grain de moutarde, dont parlent aussi Marc et Luc ; mais Matthieu est le seul évangéliste à nous rapporter celles d’aujourd’hui qui parlent d’un trésor, d’une perle et d’un filet. Ces 7 paraboles traitent toutes du Royaume des Cieux – pour ne pas dire Royaume de Dieu, ce qui à l’époque de Matthieu, lettré juif respectueux des commandements, ne se faisait pas, puisqu’il n’était pas permis de nommer Dieu ; et elles commencent toutes, sauf d’ailleurs celles du semeur, par les mêmes mots « le royaume des cieux est semblable à…. . »


Ces paraboles, Jésus les destine seulement aux disciples  Jésus a raconté les paraboles du semeur, de l’ivraie, du grain de moutarde et du levain, dehors, à la foule, et il lui a expliqué la parabole du semeur. Puis, il est rentré dans la maison. Les disciples lui demandent alors d’expliquer la parabole de l’ivraie, ce qu’il fait, et il poursuit avec le récit de nos trois textes. Il termine cet enseignement par une question, celle que tout bon pédagogue devrait d’ailleurs poser : « Avez-vous compris tout ceci ? », « Oui » lui disent-ils : réponse nette, et claire ; « Tant mieux pour eux » a-t-on envie de dire, ils ont compris ! Mais au fait, qu’est-ce qu’ils ont compris ? Ont-ils compris ce que Jésus voulait qu’ils comprennent ?. Et nous qu’est-ce que nous comprenons ?


Ces 3 courtes histoires sont en fait significativement différentes bien qu’elles traitent le même sujet. L’une dit : le royaume des cieux est semblable à un marchand (donc à un homme), l’autre dit le royaume des cieux est semblable à un trésor (donc une chose) et la 3ème que ce royaume est semblable à un filet plein de poissons (donc un lieu, mais aussi une chose – et aussi une situation).

En réalité les situations évoquent toutes le Royaume des Cieux. Et l’on peut trouver beaucoup de ressemblances, sinon de similitudes dans les deux premiers très courts récits :


Il est d’abord question de personnages et d’activités de tous les jours, même si ce n’est pas toujours très précis :

  • un marchand fait commerce de perles et cherche évidemment à se procurer les plus belles possibles pour bien les revendre ;
  • un homme est dans un champ, et il y découvre un trésor – situation quand même assez inhabituelle. Nous ne savons pas si l’homme cultive le champ, ni pourquoi il y a un trésor caché dans ce champ ! Nous savons seulement que l’homme n’est pas propriétaire de ce champ, puisqu’il se dépêche d’aller l’acheter afin de posséder le trésor. Cela parait peut-être un peu injuste pour le premier propriétaire du champ, mais assez conforme à certaines règles juridiques qui attribuent au découvreur du trésor sa propriété.


L’un et l’autre découvrent soudain le trésor et la perle :

  • ils ne cherchent pas systématiquement : pour l’homme du champ, le trésor est une surprise totale, qui d’ailleurs lui cause une joie immense ; il ne savait même pas qu’il pouvait faire une telle trouvaille, que ce trésor existait, ou même qu’il pouvait exister.
  • Le marchand, lui, dans son activité commerciale, sait qu’il existe sans doute des perles plus magnifiques que celles qu’il achète et vend d’habitude ; mais il ne sait pas s’il va la découvrir, ni quand ; peut-être jamais ! Pour lui aussi la surprise est grande.


Tous les deux sont en présence de cette magnifique surprise, l’un devant le trésor, l’autre devant la perle, ils en savent aussitôt le prix, la valeur, ils le reconnaissent immédiatement ; pas besoin d’expertise ou d’enquête : c’est bien quelque chose (c’est un bien) de très grande valeur.

  • Pour le trésor, même si le récit ne dit pas de quoi il s’agit, c’est évident !
  • Les mentions de perles dans la Bible sont celles qui accompagnent les descriptions des richesses et de magnificence ; nous connaissons l’injonction de Jésus « ne jetez pas vos perles aux pourceaux » .

Ces deux hommes ont la même réaction pour acquérir l’un ce trésor, l’autre cette perle : Ils vendent tout ce qu’ils possèdent ; réaction étrange, peu prudente, pas du tout économique, bien peu commerciale de la part du marchand. Ils ne gardent plus, l’un que son champ avec son trésor, l’autre sa perle. On ne sait d’ailleurs pas non plus si la valeur de ce qu’ils possèdent est équivalente au trésor ou à la perle ; peut-être que non, dans ce cas, il s’agit davantage d’un échange que d’une vente…. Ou même d’un abandon pur et simple de leurs propres possessions….


L’homme au trésor, nous dit le texte, est plein de joie, « ravi » selon certaines traductions. Pour le marchand nous ne le savons pas, mais c’est évident, il connait le prix des choses et il a fait la trouvaille de sa vie de marchand 

Il semble qu’ils ne parlent à personne de leur trouvaille, qu’il n’y ait aucun annonce, aucun partage avec leurs amis, leurs collègues, leur famille…. ! il y a même un certain secret dans la démarche de l’homme au trésor, puisqu’il trouve le trésor, qui était caché, et le recache. Est-ce qu’ils vont donc garder jalousement leurs trésors ?


Toutefois, l’homme du champ est rempli de joie ; il doit donc bien se faire remarquer, et raconter ce qui lui arrive. Tous les deux, en « allant » vendre leurs biens et en « revenant », doivent attirer la curiosité de leurs semblables. Ceux-ci doivent bien se demander ce qui leur arrive…. Le partage de la nouvelle de la découverte n’est pas certain…, mais leur attitude ne peut pas passer inaperçue, les autres remarquent nécessairement quelque chose…..


On peut supposer que ces deux personnages vont radicalement changer leur façon de vivre, car ils ont vendu tout ce qu’ils avaient, et n’ont donc quasiment plus rien pour vivre quotidiennement, sauf le trésor et la perle. On peut donc supposer qu’ils vont vivre de ce trésor et de cette perle ; et que le reste, les biens matériels ne sont plus du tout importants, que plus rien d’autre n’a d’importance ! Evidemment ce changement radical de vie ne passera pas inaperçu des autres …….

Ces paraboles ne nous offrent pas une description du Royaume des Cieux, mais proposent une piste pour le reconnaître : le trésor, la perle sont cette infime partie du Royaume des cieux, que nous avons en nous ; qui est autour de nous.

Le Royaume des cieux n’est pas un lieu ; ce n’est pas non plus un évènement dans le futur ; il est partout, aujourd’hui, demain, depuis l’époque de Jésus, à notre époque, après nous. Nous y sommes déjà ! Nous l’avons déjà … en nous ! Mais il n’est pas encore partout, autour de nous. La demande que nous faisons dans le Notre Père, la prière que Jésus nous a enseignée, « que ton règne vienne » ou plutôt « que ton règne s’accomplisse » l’exprime : Si le Royaume est un trésor ou une perle, la foi en Dieu en quelque sorte, alors nous pouvons le « posséder », l’avoir avec nous, en nous.

Mais nous ne sommes pas seuls : La troisième parabole de notre texte, la parabole du filet le rappelle : nous sommes tous dans ce filet, qui est l’église, mais aussi le monde ; et le filet continue de se remplir – jusqu’à la fin des temps ; nous savons que lorsque le filet sera plein, nous serons triés ; mais dès aujourd’hui nous pouvons trouver le trésor, et la perle. Peut-être même les avons-nous déjà…..


Nous nous demandons souvent si ce Royaume nous l’avons déjà, ou bien si nous ferons partie des mauvais poissons, et serons rejetés…… Nous pouvons nous dépouiller de tout, cela peut être un chemin d’accès, mais ô combien difficile dit Jésus au jeune homme riche de la parabole. Mais est-ce bien ce chemin qu’il faut suivre ? Oui, pour ceux qui ont le sens du contemplatif, mais ne pas se l’imposer… ! C’est parce que l’homme du champ a trouvé le trésor qu’il s’est dépouillé du reste, ce n’est pas le contraire…. Nous avons la chance de savoir qu’il existe, nous pouvons tomber dessus complètement par hasard, comme l’homme du champ, ou comme le marchand nous pouvons le chercher ; mais il ne sert à rien de le chercher avec frénésie, de vouloir à tout prix le trouver…, ; c’est dans l’espérance et la confiance que nous le trouverons ; et que probablement nous l’avons déjà trouvé, même si nous n’en sommes pas toujours sûrs !


Comment au milieu de toutes les souffrances, deuils, trahisons, séparations, abandons, mal de vivre, et autres problèmes et atrocités, se dire que le Royaume est là ? En réalité, il n’est pas là, il n’est pas encore complètement arrivé, ni réalisé, ni accompli ; il est en devenir, il se réalise tout doucement, lentement, progressivement ;

Dans ce monde si dur, parfois si déshumanisé, si difficile à comprendre, c’est presque impossible de croire que ce Royaume est déjà en réalisation ; oui, c’est presque une folie de croire le Royaume déjà en marche ; et c’est presque encore plus une folie de le dire et de le dévoiler aux yeux des autres.


C’est peut-être cela que Jésus veut garder secret, ce mystère du Royaume ; les disciples d’abord l’ont su, ceux que Jésus comparait aux scribes et dont il disait « heureux êtes-vous car vous avez vu et entendu ». Puis l’Eglise à son tour, le sait. C’est à elle d’annoncer et de partager cette nouvelle, même si l’annonce de la réalité actuelle du Royaume est assez inaudible pour l’immense majorité de nos contemporains et de l’humanité en général. Et sans doute aussi de nous-mêmes. C’est cela la fameuse folie de la prédication de Dieu, d’oser dévoiler que le Messie est déjà là, parmi nous, que son Royaume est déjà présent.

Mais son règne n’est pas établi…. C’est pourquoi nous disons toujours, depuis que Jésus nous l’a appris, « que ton règne vienne », c’est à dire qu’il continue de venir, de s’affirmer….


C’est peut-être cela les fameux mystères du Royaume : que nous ne pouvons pas vraiment comprendre, que nous supposons et pressentons seulement. Tant que le Royaume n’est pas advenu, sa réalité, sa présence reste un mystère qu’il est difficile de partager ; comme l’indique la 4ème comparaison, les scribes versés dans ce sujet du Royaume le savent eux, mais ne peuvent pas le partager ou peuvent seulement essayer de le partager ; Le royaume « en » nous est le prélude à l’établissement du règne de Dieu, l’avènement de son Royaume. Rappelons-nous d’ailleurs que la perle préfigure, comme il est dit dans l’Apocalypse, l’une des portes qui conduisent à la Cité éternelle, au Royaume. 


Que Dieu nous fasse la grâce de reconnaître les signes de son Royaume ici-bas, de nous les faire sentir et reconnaître au fond de nos cœurs et de nos esprits, de nous en donner la certitude, de nous donner la joie qu’apporte cette certitude, et de nous permettre de la partager, de nous la faire partager avec d’autres.


Amen !


Jean Jacques Veillet