Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 17 JUILLET 2011

Orpierre (05700)

Lectures du Jour :

Esaïe 44, 06-08

Romains 08, 26-27

MATTHIEU 13, 24-43

Dangereuse pureté


Frères et sœurs, ce matin nous est proposé de poursuivre notre lecture de Matthieu 13, chapitre appelé « les paraboles du royaume ».


Le royaume des cieux

Mais où est-il, ce Royaume ? Instinctivement nous levons les yeux au ciel : Ce Royaume serait-il le domaine réservé d’un Dieu transcendant, qui nous serait totalement étranger et inaccessible ? Est-ce cela que nous devons comprendre ?

A la question angoissée de Jean-Baptiste en prison (Matt.11) : «Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ?», Jésus répond indirectement par ce long discours qui occupe tout le chapitre 13  : Sept paraboles sur la germination du Royaume : La semence n’a pas encore produit de grains, le grain de sénevé n’est pas encore devenu tout à fait un arbre, le levain n’a pas fait encore fait lever toute la pâte.

Avec Jésus, le Royaume est en devenir, c’est une nouvelle ère qui s’ouvre, pleine de promesses, comme est plein de promesse, de confiance en l’avenir, le geste « auguste » du semeur.

Jésus inaugure un temps nouveau, il accomplit les prophéties, D’Esaïe en particulier : au Chap. 43 : « Je vais faire du nouveau dit le Seigneur, vous saurez bien le reconnaître, dans le désert j’ouvrirai un chemin », qui fait écho à notre lecture d’aujourd’hui « Je suis le roi d’Israël et son rédempteur »

Jean-Baptiste pourra dire voyant Jésus (Matt. 3)  : « Le Royaume des cieux s’est approché ».

A nous aujourd’hui, Jésus annonce cet évangile, cette bonne nouvelle du Royaume de Cieux. Il ne s’agit pas, vous l’avez compris, d’un au-delà mythique auquel quelques uns accèderaient après la mort. Non, le Royaume des cieux est une réalité d’ici-bas, une réalité cachée, certes, ou plutôt un trésor enfoui : le grain dans le sol, le levain dans la pâte, ou le poisson sous l’eau.

A chacun de nous de le découvrir, de voir ce qui est invisible aux autres : « Heureux sont vos yeux, parce qu’ils voient. » dit Jésus dans ce même chapitre. (v.16)


L’ivraie et le bon grain

Vous connaissez tous cette parabole du bon grain et de l'ivraie, qui ne se trouve que dans l'évangile de Matthieu. Elle est en fait un développement de la parabole de la semence qui pousse toute seule que l'on trouve en Mc 4,26-29. Dans les deux cas, un homme sème du grain dans un champ; le grain pousse et porte des épis, quoi qu'il advienne et la moisson arrive comme clôture du cycle. L'une, celle de Marc, envisage uniquement cette conclusion positive alors que chez Matthieu les choses se compliquent, au moment de moissonner, de mauvaises graines se sont mélangées aux épis de blé. Et Matthieu nous oblige alors à nous interroger : D’où vient cette mauvaise graine et par ricochet, quelle est l'origine du mal, car vous l’avez compris, l’ivraie est la représentation du mal :

D’ailleurs, dans la Bible, le terme grec que nous traduisons par ivraie est très précisément le mot « zizania », la zizanie. Peut-être que cette traduction nous aide à mieux comprendre le sens de cette image de l'ivraie, la mauvaise herbe.

Eh oui, nous connaissons tous l'expression « semer la zizanie », et vous remarquerez que l’on ne dit pas propager la zizanie, ou diffuser la zizanie, mais « semer la zizanie », en référence justement à cette parabole, qui continue d’imprégner notre langage courant après 2000 ans !!

Voilà ce que nous dit cette parabole : Lorsque le blé pousse et mûrit, alors apparaît aussi la zizanie : La présence du mal au milieu du bien. L'un ne va pas sans l'autre. Mais d’où vient ta zizania ? Demandent les serviteurs du Seigneur (v. 27). Pourquoi l'harmonie n'existe-t-elle pas ? Mais d’où vient le mal ? Voilà une question qui peut nous mener plus loin :

Jésus  nous dit «Le Royaume est semblable à l'homme qui a semé du bon grain dans son champ »,:

Après les semailles, le champ est net, la terre fine, il n’y a plus qu’à attendre que la vie s’éveille et fasse son œuvre. Nous sommes devant ce champ, tout y est encore possible, un champ qui vient d’être semé est le symbole même de l’espérance, d’autant que la semence était une bonne semence nous dit Jésus, c’est à dire une semence propre.

Cependant, un ennemi vient semer la «mauvaise herbe », l’ivraie, et Jésus ne va pas plus loin dans son explication. A nous de découvrir que l’ennemi, il est de l’intérieur, il est déjà dans le champ, il est en nous, découvrir que nous sommes à la fois le bien et le mal, qu’il n’est pas besoin d’aller chercher ailleurs un ennemi bouc-émissaire, et que nous avons besoin de la rédemption offerte par Jésus pour être justifiés et produire de beaux épis.

Cette parabole nous rappelle que chacun d’entre nous doit accepter l’idée de cohabiter avec sa part d’ombre, avec son ivraie et que l’on ne peut s’en libérer que si au préalable nous reconnaissons qu’il est hors de notre portée de l’éliminer et que nous devons nous en remettre à Jésus le seul par lequel, par le sacrifice duquel nous puissions en être libérés.


Dangereuse pureté

Mais les serviteurs ne sont pas dans cette démarche : ils proposent leur service pour ôter du champ la mauvaise herbe. Et là, surprise, ce souhait de « purifier » le champ ne reçoit pas l'aval du propriétaire, au motif qu'il est impossible de distinguer clairement entre le bon grain et l'ivraie, ou, vous l’avez compris, entre « bien » et « mal ». Il y a risque de confusion : en voulant ôter l'un, on arrache l'ensemble. La cohabitation est donc inévitable.

D’ailleurs cette cohabitation, elle va de soi, puisque le blé et l’ivraie (que vous connaissez mieux sous son nom actuel : le Ray Grass) ils sont de la même famille : les graminées, ce sont des cousins germains ils ont les mêmes racines, au propre comme au figuré.

Viendra un temps, celui de la moisson, où des gens compétents feront ce travail, mais ce n’est pas aux serviteurs de faire ce tri entre le bon grain et l'ivraie et bien et mal.

Pour l'instant, c'est le temps de la cohabitation entre bien et mal. Ils « croissent » ensemble.

Le mal est consubstantiel au bien. Il est en nous. La seule façon d’éradiquer l’ivraie est que le blé pousse dru, qu’il soit suffisamment dense qu’il s’épaississe au point d’étouffer l’ivraie, l’empêcher de former de nouvelles graines Voilà ce qui nous est demandé en tant que serviteurs, et non pas d’aller arracher le mal dans une illusoire course à la pureté.

C’est peut-être un des enjeux importants de cette parabole de Jésus. À trop vouloir « extirper le mal », purifier le monde, ou la société ou l'Église, ou notre propre famille, on en vient à faire plus de mal que de bien. Ce qui finit au mieux par dresser des personnes les unes contre les autres et au pire par des catastrophes universelles dont le 20° siècle nous a donné d’horribles exemples !


Qui est qui dans cette parabole ?

Lorsqu’on lit une parabole, on cherche toujours à savoir à quel personnage on peut s’identifier : nous sommes tous des bons samaritains en puissance, c’est évident.

Et dans cette parabole ? S’il y a une place qu’il vaut mieux laisser vide, c’est bien celle des serviteurs : La place de ceux qui pensent pouvoir « faire le tri ».

N’oublions pas que Jésus s’adressait à des juifs, qu’il était espionné en permanence par les pharisiens, ceux-là même qui passent leur temps à savoir qui est pur ou impur, qui se glorifient de leur pureté pensant ainsi s’élever vers Dieu, pour s’en approcher.

Ils n’ont pas compris ce qu’ont dit les prophètes : c’est Dieu, lui-même qui est descendu vers nous, qui s’est approché de nous en la personne de son fils Jésus, ce qu’il leur dit dans Luc 17 « Le Royaume de Dieu est au milieu de vous et vous ne le voyez pas ». Et que la seule façon de s’approcher de Dieu est d’accepter ce fils venu parmi nous dans la plus humble position, mort pour nous de la plus infâmante des morts, afin que s’accomplisse ce proverbe (17): « l’humilité précède la gloire » :

Alors, dans la parabole, les seules places qui restent sont celles de « fils du Royaume » ou « fils du mauvais ». Nous sommes donc interpellés par cette explication qui nous incite à nous poser la seule question importante : où suis-je ? De ce côté de la barrière ou de l'autre ?, pour qu’à la fin nous acceptions l’idée que nous sommes des deux côtés à la fois.


Alors finalement, où est-il le royaume de Dieu ?

La parabole souligne que le Royaume des cieux n'est pas pour demain, le temps de la moisson, mais pour l'aujourd'hui de notre vie, ici bas. Ce royaume n’est pas le royaume des morts, fussent-ils ressuscités, mais le royaume des vivants, ici et maintenant:

Mais dans ce monde des vivants les forces du mal existent. C'est dans l'ambiguïté, l'ambivalence, la confrontation avec le mal, que le Royaume vient faire son chemin. Il ne peut en aller autrement, c’est le propre de notre condition humaine et c’est aussi la volonté de Notre Seigneur « Je ne te demande pas de les retirer du monde ». Il y a bien perspective d'abolition de cette condition humaine, Jésus nous le confirme, mais elle n'est pas pour maintenant, c'est-à-dire qu'elle ne relève pas de l'ici et du maintenant du Royaume, mais de temps futurs, d’une moisson dont ni vous ni moi ne connaissons le quand et le comment ! Mais que nous importe ?


Conclusion

On pourrait résumer cette parabole ainsi : tout sauf rechercher la pureté, sinon ce n'est pas du Royaume de Dieu dont il est question, mais de ce que les hommes se proposent d'en faire : connaître le bien et le mal, prétendre distinguer de façon absolue entre les deux, nous substituer à Dieu, alors que Dieu lui-même laisse cohabiter les deux jusqu'à la fin.

Car ce Dieu créateur est aussi le Dieu Rédempteur, celui qui pardonne et qui sauve : Chacun peut être pardonné et justifié, jusqu’à son dernier jour, jusqu’à la moisson finale, pour peu qu’il se vide de son ego, pour peu qu’il accepte de mourir à lui-même pour se laisser habiter par Jésus Christ. Si vous laissez Dieu entrer en vous alors vous serez en lui.

Etre disciple du Christ, être ainsi fils de ce Royaume des cieux ne signifie pas que tous les problèmes disparaissent par enchantement. Nous connaîtrons encore la peur, l’angoisse, la tristesse, l’amertume, la maladie et la mort. Mais la germination a commencé. Jésus est au milieu de nous et il nous dit « Le Royaume des cieux vous est donné ».


Amen !


François PUJOL