Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 20 JUILLET 2008
Culte à gap (05000)

Lectures du Jour : 

Genèse 32,2-22

Esaïe 44, 6-8
Matthieu 13,24-43


Le bon grain et l’ivraie.


N- Tu sais Christian, le mois dernier, j’ai fait du jardinage. J’ai voulu enlever les mauvaises herbes des radis que j’avais semés…la catastrophe ! En fait, je crois que je n’ai pas la main verte : je n’ai laissé que les mauvaises herbes ! je suis bonne pour aller chercher mes radis au marché !!

C- Tiens, ton histoire, elle me fait penser à la parabole du bon grain et de l’ivraie ! Je me souviens, un jour, à l’Ecole biblique, cette histoire, elle a été très mal vécue par un enfant :

elle a été pour lui souffrance et scandale au point que, rentrant à la maison, il a dit à ses parents qu’il ne voulait plus aller au catéchisme…


N- Ah bon ! Pourquoi cette révolte ?


C- il avait cru comprendre, qu'il y avait, dans le monde, de bons grains, de bons enfants, et de la mauvaise graine, de mauvais enfants donc...

Et ça, ça l’a blessé.

Et puis, ce tri final : les uns à la poubelle, les autres sur l'estrade comme à la distribution des prix ?


N- C’est vrai que parfois, on pourrait croire que L'Evangile n’est qu'une illustration de la logique scolaire, avec ses bons et ses mauvais élèves …

  • Et pourtant, ce texte, comme tout l’Evangile, n’a rien d’excluant, au contraire ! On est loin du tri sélectif dans l’Evangile !

N- Regarde à nouveau cette parabole : ce qui en est la pointe, c’est cette parole du Maître : << Laissez-les grandir ensemble >>.


C- Oui, laissez les grandir ensemble…C’est vraiment la parabole du refus de nos logiques humaines du pur et de l'impur, refus de vouloir toujours classer par genre : 

- Les bons élèves,

- Les bons paroissiens...

- Les bons migrants,

Et les autres, hein ? On est tout le temps en train de mettre les personnes dans des cases…


N- LAISSEZ-LES GRANDIR ENSEMBLE !

Le bon grain de l'Evangile doit être semé de multiples façons. Toujours et partout, et même maladroitement, ce n’est pas grave ; même là où il n'a presqu'aucune chance de prendre racine.


En même temps, l'ivraie qui a été semée par un ennemi anonyme sera toujours là, et ce n'est pas lui qui doit nous préoccuper. Nous ne sommes pas appelés à être des "nettoyeurs" ou des purificateurs. Voilà surement ce que nous dit cette page d'Evangile.


C- LAISSEZ-LES GRANDIR ENSEMBLE !

Voilà que quelqu'un a semé de la bonne semence, et il y a des mauvaises herbes qui poussent avec elle.

Mais qui donc a mêlé l'ivraie dans la bonne semence ?

N-Tu sais, Il existe toujours des gens qui cherchent des raisons, qui cherchent et trouvent des coupables :

Pourtant dans l'Evangile, ce quelqu'un n'est pas qualifié ; alors, il ne faut pas oublier qu’il représente aussi cette mauvaise graine qui parfois pourrit , divise nos existences.


C- Tu as raison de parler de division ! La "zizanie", c'est le mot grec employé dans notre parabole et que nous traduisons par ivraie ! la zizanie, malheureusement, elle pousse partout dans notre monde, elle infeste tout !


N- Et on a parfois envie de faire les redresseurs de tort ailleurs qu’en nous-mêmes ! On a alors un peu envie de céder à la tentation du bon sens et d’arracher l'ivraie ! Ca ne te démange pas toi, parfois ?


C-Ben oui ! Mais le Maître de la parabole dit : << Laissez-les grandir ensemble >>. Cette semence tombe un peu partout, dans tous les endroits possibles et imaginables ; le champ, c'est tour à tour le monde, l'Eglise, et nos vies personnelles !


La zizanie, elle se trouve, qu'on le veuille ou non, dans le champ de nos vies. On peut la rencontrer partout. Les semences du Royaume elles-mêmes ont, malheureusement, leur ivraie correspondante.

N- Effectivement, au moment où ces mauvaises semences se mettent à germer, elles produisent alors de la zizanie là où devrait régner l'amour, de l'indifférence où on aimerait voir la foi, des espoirs à trop courte vue au lieu de l'ESPERANCE, et des paroles ambiguës là où la Parole de Vie devrait trouver sa place.


C- Et pourtant l'Evangile déclare : << Laissez-les grandir ensemble >>

Ca me fait penser à une tradition juive pendant la fête de SOUKKOT. Il y a un bouquet ; Il est composé :

de l'Etrog : un cédrat, fruit qui ressemble à un citron,

du Loulav : une branche de palmier,

du Hadass : trois branches de myrte,

de la Arava : deux branches de saule.

Lors de la prière du matin, après la bénédiction rituelle, on joint les deux mains et on agite les quatre composants ainsi rassemblés en direction des quatre points cardinaux, vers le haut et le bas.

  • Oui, j’en ai entendu parler :

* Le cédrat possède fruits et parfum : il représente les personnes qui mettent en pratique la Thora et qui l'étudient : elles donnent fruits et parfum.

* Le palmier est un arbre qui donne des fruits, mais n'a pas de parfum : il représente ceux qui pratiquent en toute simplicité sans s'adonner à la prière ni à l'étude de la parole...


* Le myrte possède un bon parfum : il représente ceux qui étudient et possèdent l'esprit de la Thora sans toujours savoir porter du fruit...


* Enfin, le saule ne produit ni fruit ni parfum, il représente ceux qui ne pratiquent pas et n'étudient pas... mais qui sont pourtant présents dans le bouquet.
Le bouquet agité rituellement avec ses quatre composants souligne que chacun a autant de valeur, qu'il pratique ou pas : il est le symbole de l'unité fondamentale de la communauté humaine...


C- << Laissez-les grandir ensemble >>, dit le Maître de l'Evangile...

Et si justement la vérité était là où on refuse de trier, là où on laisse la parole agir sans essayer de tout faire soi-même ?

Une Eglise ne doit pas être parfaite, elle ne doit même pas y aspirer !

Elle ne peut qu'humblement se savoir portée et porteuse de l'Evangile de Jésus-Christ, celui qui sut mettre les mains dans le cambouis du monde.

N'essayons pas d'être ce que nous ne serons jamais, des saints, des purs dans le sens moralisateur du terme. Tant que le monde existera, nous ne vaincrons pas le mal...

Mais le Christ, lui il l'a déjà vaincu.

Notre seule tâche désormais est d'aider, de participer aux semailles et à la croissance de la bonne semence.


N- Voilà le cœur de l'Evangile, voilà la parole que Dieu dit au  monde ce matin : sortez de vos logiques mortifères, sortez de toutes les logiques d'épurations, qu'elles soient ethniques, religieuses, politiques, économiques ou sexuelles : nous avons reçu une terre en partage, personne ne devrait en être exclu.

Les Eglises ne sont pas là pour faire le tri, ni pour dénoncer la mauvaise herbe : elles sont là pour proclamer le pari fou d'un Dieu qui choisit le <<grandir ensemble>>. Elles sont là pour proclamer la dignité fondamentale de tout homme, de toute femme, contre tous les faux dieux, contre toutes les idoles de toujours.


C- C’est vrai, c’est le pari fou d'un Dieu qui choisit de croire en toi, en moi, en chacun d'entre nous, même si toi tu crois que tu n'en vaux plus la peine.

N- D'un Dieu qui veut nous donner la foi, c'est-à-dire ce courage d'être, de naître à chaque pas, car vivre, c'est naître à chaque pas, et cela sans nous lasser jamais... fut-ce dans les champs d'épines et de ronces...
Le pari fou d'un Dieu qui choisit de faire confiance dans la bonne graine, celle de sa parole et de tous ceux qui tentent d'en vivre... fut-ce au coeur de la zizanie la plus sordide... Mais, est-ce à dire que nous n'avons rien à dire au monde ?


C- Bien sur que non !

Nous avons une chose à proclamer, à temps et à contretemps : laissons-les grandir ensemble

Il y a ce 'oui' inconditionnel que Dieu dit au monde.

Alors assez de toutes les logiques d'exclusion, assez de tous les discours rationnels et bien pensants qui enferment des familles et des enfants dans des camps dits de rétention.

Assez de ces discours qui voudraient distinguer les enfants dès la maternelle entre les gentils et les violents ; assez de tous ces religieux qui prêchent la haine de la mauvaise herbe alors qu'il nous incombe, justement, de prêcher le << croître ensemble >>...


N-De quoi avons-nous tellement peur ?

Jésus-Christ nous donne sa parole : c'est lui le semeur... Faisons-lui confiance et mettons-nous à sa suite.

Et espérons ! Et tu sais pourquoi ? Parce qu’avec Dieu, il est encore temps, il est toujours temps pour l’ivraie de changer , de se changer en semence utile ; c’est ça, la conversion !

C- Tiens, pour donner une image de cette possibilité, je suis sûr que nos amis italiens vont comprendre :

Vous aimez le football ?!!

Et bien en football, le bon grain, c’est l’ivraie ! Les pelouses des stades sont en effet composées d’un mélange d’ivraie et de pâturin des prés : 80 % du premier et 20 % du second en général.

Et bien l’ivraie, elle est solide, résistante c’est vrai ; on pourrait toujours dire qu’elle prouve bien là qu’elle est bien ancrée…Mais là, elle amortit parfaitement les chutes !!

N- Alors, notre souci commun, c’est de mettre du bon là où il y a de la souffrance, de la zizanie. Mais nous ne sommes pas des moissonneurs ; le temps n’est pas encore venu.

Arrosons ; prenons soin du champ entier. Le Dieu de Jésus-Christ nous appelle à cette mission.


AMEN !


Nathalie Paquereau.