Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

Cliquez ici pour modifier le sous-titre


Dimanche 16 Juillet 2017

Trescléoux (05700)

 

Lectures du jour :

Esaïe 55, 10-11,

Romains 8, 18-23,

Matthieu 13, 1-23


 


Les clés du royaume[1]


 

Frères et sœurs, cette question posée par les disciples à Jésus (v.10), nous sommes conduits à la poser nous-mêmes ce matin.


Ce à quoi Jésus répond : les foules auxquelles je m’adresse, ou plutôt les scribes et les pharisiens[2] auxquels je m’adresse sont des gens au cœur fermé, aveugles et sourds sans le savoir, qui ne peuvent donc discerner le chemin pour accéder au Royaume de Dieu.


Jésus utilise l’expression les mystères du royaume des cieux (v.11), car en effet il y a au moins un mystère : Pourquoi certains y accéderaient, à ce Royaume, et d’autres pas, puisque les disciples, eux, ont le privilège de les connaître ? (v.11)


Tout d’abord, il faut régler une question subsidiaire : Royaume de Dieu, Royaume des Cieux, cela ne désigne pas un lieu, mais une communauté, celle des chercheurs de Dieu, et c’est Esaïe, dans notre lecture de ce matin, qui nous donne une clé : Cette communauté est celle de ceux qui auront abandonné les chemins iniques, les pensées obscures, pour se tourner vers l’Eternel, celui qui ne se lasse pas de pardonner (v.7).


Et l’on notera qu’avec cette proclamation d’un Dieu qui ne se lasse pas de pardonner, il annonce déjà qu’au-delà de la Loi donnée à Moïse 7 siècles plus tôt[3], c’est le pardon qui est proclamé, alors que scribes et pharisiens, voyant en la Loi un juge de leurs comportements individuels, poursuivaient par leurs actes une pureté illusoire, dont ils étaient persuadés pouvoir se prévaloir lors des fins dernières et mettre en avant leurs propres mérites.


On est effectivement loin de la prophétie d’Esaïe, et du message de Jésus.


Et s’il y a mystères au moment où Jésus parle, c’est que l’on ne peut entrer dans le Royaume, devenir membre de cette communauté des chercheurs/enfants de Dieu, qu’en passant par Jésus, Fils de Dieu, Parole faite chair[4] : Je suis le chemin, la vérité, la vie, nul ne peut accéder au Père sinon en passant par moi ou encore je suis la porte, si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé.[5]


 Les paraboles du Royaume


Revenons maintenant à notre lecture de ce matin, celle de la parabole du Semeur, la première du chapitre 13, qui regroupe 7 paraboles, que l’on identifie comme étant les paraboles du Royaume.


Après cette parabole du semeur, qu’il faut lire avec la clé de lecture donnée par Esaïe: Mes pensées ne sont pas vos pensées, mes voies ne sont pas vos voies, pour faire entrer le lecteur dans une autre dimension que celle d’une lecture avec nos critères du quotidien, Jésus développe au cours de ce chapitre 13, une série de petites paraboles qui commencent toutes par Le Royaume des Cieux est comparable à[6]. Bonne nouvelle, nous allons enfin savoir !


Et il enchaîne :


* Il en va du Royaume des Cieux comme d’un homme qui sème du bon grain dans son champ, mais en pleine nuit, son ennemi vient y semer de l’ivraie[7].


* Le Royaume des Cieux est comparable à un grain de moutarde qu’un homme sème dans son champ,


* Le Royaume des Cieux est comparable à du levain qu’une femme mélange à 3 mesures de farine,


* Le Royaume des Cieux est comparable à un trésor caché dans un champ et qu’un homme a découvert


* Le Royaume des Cieux est comparable à un marchand qui cherchait des perles fines,


* Le Royaume des Cieux est comparable à un filet qu’on jette en mer et qui ramène toutes sortes de poissons.


 Toutes ces paraboles sont en cohérence les unes avec les autres :


Le Royaume des Cieux n’est ni dans un petit coin de ciel bleu, ni dans un mystérieux au-delà dont on ne revient pas. Le Royaume des cieux, il est là où est la Parole de Dieu. Et il était en premier lieu et d’une façon exemplaire pour nous, là où était Jésus, la Parole faite chair, ce qui donne un sens particulier à l’oracle d’Esaïe au v.11 : Ainsi en est-il de ma Parole qui sort de ma bouche, elle ne retourne point à moi sans effet, sans avoir exécuté ma volonté.


Ainsi :


* Le bon grain et l’ivraie ne seront séparés qu’à la moisson finale, celle de la fin des temps. D’ici là le bon grain doit cohabiter avec l’ivraie, ce n’est donc pas à nous de faire le tri. De la même façon, toutes les espèces de poissons sont péchées ensemble dans le filet.


La Parole de Dieu, immergée au milieu du monde[8], est à l’œuvre comme le levain dans la pâte,


* La parabole du levain nous démontre justement qu’avec de toutes petites quantités actives (les sujets du Royaume), on peut transformer de grandes quantités de grains de blé, (la farine), c’est à dire l’Humanité toute entière, à condition d’y être immergés, enfouis. Obsolètes donc les distinctions entre pur/impur, eux/nous. Cette parabole est un message d’encouragement, d’espérance, de patience : au bout du compte la pâte finira par lever. C’est aussi une indication sur la mission du levain : même si l’on ne voit encore rien, le levain, le ferment, est à l’œuvre, le Royaume est en devenir.


* Le grain de moutarde, la plus petite graine connue, donnera le plus grand arbre, cette parabole est à rapprocher d’autres sentences de Jésus : Les derniers seront les premiers, ou bien celui qui s’abaisse sera élevé.


* On retiendra des paraboles du trésor et de la perle, tout d’abord la joie que déclenche non pas leur possession, mais leur découverte. Quel plus grand trésor pouvons-nous avoir que la parole de Dieu ?


Cette joie est à rapprocher de la joie[9] des mages lorsqu’ils arrivent devant la porte de l’étable. Les uns et les autres viennent de découvrir un trésor qui va transformer leur vie : l’un enfouit ce trésor pour ne pas le perdre, l’autre vend tout ce qu’il a pour l’acheter, les autres repartent dans leur pays avec cette bonne nouvelle à annoncer : Dieu s’est approché de nous, un fils nous est donné, car en arrière-plan de ces paraboles c’est bien de cela qu’il s’agit.


 Et lorsque Jésus demande aux disciples : Avez-vous compris tout cela ? Ils répondent en cœur Oui, et Jésus ajoute à la fin du chapitre : Le Royaume est un trésor que tout scribe instruit[10] de ces choses tirera du neuf et du vieux (v.52). Le neuf et le vieux : l’ancien et le nouveau testament, l’ancienne alliance entre Dieu et Abraham,  et la nouvelle alliance entre Dieu et l’Humanité toute entière, par et en Jésus Christ, ce qui explique une autre affirmation de Jésus : Je suis venu pour accomplir la Loi et non pour l’abolir.


 Alors, pour en revenir à la parabole du semeur, et pour discerner qui est qui dans cette histoire,  c’est à dire où nous sommes, quel rôle y jouerions-nous, voici quelques repères :


* Tout d’abord, le semeur, c’est Dieu lui-même, qui sème sa Parole avec prodigalité, en tout lieu, en tout terrain. Cette parabole s’appelle aussi dans certaines traductions, la parabole des 4 terrains : Ces 4 terrains c’est l’Humanité toute entière, dans sa diversité.


* La semence, c’est la Parole de Dieu, contenue dans notre Bible, mais qui ne devient véritablement Parole que si elle est proclamée, semée, ce qui est la condition pour qu’elle porte du fruit. Sinon, cette Bible n’est qu’un livre comme un  autre.


 

Esaïe 6, 9-10


Et si nous reprenons l’oracle d’Esaïe[11], cité par Jésus au verset 16, en inversant sa formulation dans un sens positif, nous pouvons affirmer ce matin que nous voulons ouvrir notre cœur à Jésus, sa personne, son message, son enseignement, que l’on ne peut comprendre qu’avec le cœur, dans une démarche de foi. Nous voulons que nos yeux voient ce qui est caché à nos contemporains, que nos oreilles entendent ce que les autres n’entendent pas, nous voulons nous convertir, c’est à dire cesser cette fuite en avant, nous arrêter, faire un retour sur nous-mêmes, et ainsi être guéris et devenir pleinement membres du Royaume, le terrain fertile qui donne du fruit.


Peu importe si nous sommes en même temps ce chemin stérile, ce terrain pierreux, ce champ d’épines, car nous savons que nous sommes toujours tout cela à la fois. Peu importe, car nous savons que nous sommes déjà pardonnés, par Grâce, par don gratuit, Jésus nous a rachetés une fois pour toutes, sur la croix, nous réconciliant ainsi avec le Père.


C’est aussi une source d’espérance pour nous qui sommes plus souvent confrontés aux échecs qu’aux réussites dans nos essais de témoigner de cette bonne nouvelle que nous avons reçue.


Jésus nous dit ne t‘inquiètes pas, ces échecs, j’en fais mon affaire, continue, persévère, je suis avec toi.


 Seigneur, donne nous la force d’être chaque jour, à chaque instant une parcelle de ton Royaume[12], là où tu nous auras placés, ici et maintenant, 


Amen ! 


François PUJOL



[1] Evocation (non fortuite) du livre d’A.J. CRONIN qui a marqué toute une génération.

[2]Au chapitre précédent, Jésus vient d’être encore une fois  l’objet de controverses avec eux, c’est d’ailleurs pourquoi ce chapitre commence par « ce même jour »

[3] Esaïe 55 a été écrit par un disciple (le 2° Esaïe) d’Esaïe (le 1er Esaïe) peu avant la libération des déportés à Babylone, entre 550 et 538 avant J.C. La sortie d’Egypte et le don du Décalogue sont datés autour de -1200.

[4] Voir le prologue de Jean (Jean 1,1-14). Sur le sens du mot « chair », voir méditation du 18 Juin 2017 (Jean 6, 51-59)

[5] Jean 14, 6 et 9

[6] Dans la TOB. Ou « est semblable à », selon les traductions.

[7] En grec, l’ivraie (variété de ray grass ancien), se dit « zizanion = division », d’où l’expression conservée dans notre langage, « semer la zizanie ».

 [8]-Voir la prière sacerdotale (Jean17, 1-26) : « Ils sont dans le monde mais ils ne sont pas du monde. Je ne te demande pas de les ôter du monde, mais de les préserver du mal. »

[9] Matthieu 2, 10-11

[10] Le « scribe instruit », c’est Matthieu lui-même, alias Lévi, juif connaissant parfaitement « la Loi et les prophètes ».

[11] Il s’agit d’Esaïe 6, 9-10, le premier Esaïe (-740, -700) peu avant le chute du royaume de Juda, par la cause de ses dirigeants, d’où cette mise en garde

[12] On pourra lire le livre éponyme d’Emmanuel Carrère, « Le Royaume » -2014, en tous cas la seconde partie.