Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 13 juillet 2014

Culte à Orpierre (05700)

Lectures du Jour :

Matthieu 13, 01-23

Esaïe 55,10-11

Romains 8,14-23


« C’est à nous de semer »


C'est par la Parole que nous devenons fils de Dieu, c'est-à-dire héritiers de Dieu. La Parole de Dieu, c'est elle qui nous fait exister, elle qui nous fait grandir, elle qui nous nourrit. Elle ne nous atteint pas sans porter du fruit, sans produire un effet, l’effet pour lequel Dieu nous l’a envoyée, comme nous l’explique Esaïe dans le passage que nous avons lu. L'apôtre Paul, dans l'épître aux Romains développe cette idée en la complétant : Ceux-là sont fils de Dieu ceux qui sont conduits par l'Esprit de Dieu. Cette Parole a besoin de l'Esprit de Dieu qui nous donne la force de la vivre dans un monde qui n'est pas toujours simple, un monde fait de persécutions dit l'apôtre, un monde où tout n'est pas rose.

Dans cette parabole que nous avons lue aujourd’hui, c’est bien, en fait, de la Parole de Dieu que Jésus nous parle. De cette Parole de Dieu qui nourrit l'homme et qui porte du fruit ou qui n'en porte pas selon les circonstances, dans notre monde difficile.


La parabole et son explication nous présentent trois circonstances, en fait trois terrains, où la Parole de Dieu, représentée par la graine qui est semée, restera improductive :

Le premier terrain correspond à l'homme qui entend la Parole et ne la fait pas sienne ; il est comme le chemin sur lequel tombe le grain. Il reçoit un enseignement, il étudie la Parole comme une philosophie ou un enseignement de sagesse mais sans se laisser pénétrer par elle. Sans le travail de l'Esprit Saint l'enseignement de la Parole ne permet pas à l'Évangile de prendre racine, et de porter du fruit.


Le second terrain correspond à un homme qui entend la Parole, la reçoit et s'en réjouit, mais ne l'approfondit pas par l'étude. Il est comme un terrain pierreux, par l'Esprit il se réjouit de l'Évangile mais celui-ci ne s'enracine pas et les distractions de la vie détournent cet homme de la Parole.


Le troisième terrain improductif nous présente l'homme qui par l'Esprit entend la Parole et qui la comprend intellectuellement par l'étude mais n'en tire pas les conséquences pratiques. Il ne met pas en application cette Parole dans sa vie quotidienne. Il se laisse emporter par les distractions du monde, il se laisse aller à la dérive et il finit par se perdre.

Ainsi, pour que la Parole puisse nous nourrir et faire de nous des enfants de Dieu qui portent du fruit, il nous faut tenir compte de ces trois aspects.

Il nous faut la recevoir dans notre cœur. Il faut que cette Parole nous enflamme, il faut que cette Parole nous pousse à la conversion. Mais pour qu'elle porte du fruit, il faut aussi qu'avec notre intelligence, nous soyons capables de la comprendre. Et surtout il faut aussi que cette parole trouve un enracinement dans notre monde, dans notre vie de tous les jours afin qu'elle nous donne la force de lutter contre tout ce qui peut nous détourner de l'Évangile : les séductions du monde et les soucis de la vie.

C'est seulement si nous pouvons trouver un équilibre entre ces différents aspects que nous porterons le fruit semé par cette Parole.


Et cela n'est pas si simple car chacun de ces aspects rencontre des résistances au sein même de l'Église. Certains affirment qu'il faut se méfier de tout ce qui est affectif et qu'il vaut mieux se préoccuper seulement de la connaissance et de la vie. D'autres rétorquent que la connaissance nous éloigne de la vraie foi, et qu'on ne peut recevoir la Parole de Dieu que de manière affective (spirituelle). Et d'autres encore vous diront la nécessité d'isoler la vie religieuse de la vie sociale et du monde. Ceux-ci préconisent la vie religieuse dans les églises et le reste, en dehors.

Ce texte nous invite donc à aborder et recevoir la Parole dans toutes ses dimensions. Dans sa dimension affective et spirituelle, dans sa dimension intellectuelle, dans sa dimension diaconale aussi, celle qui nous relie au monde. C’est ainsi seulement que nous pourrons être fils de Dieu.


Ecoutons bien ce que nous dit aussi cette histoire :

Elle nous dit, cette histoire,  ce que Dieu attend de nous. Il veut que chacun de nous soit un semeur de sa Parole. Il veut que la Bonne Nouvelle du pardon, la bonne nouvelle de l’amour soit semée, partout, n’importe où, dispersée sans relâche aux quatre vents. Etranges semailles, en vérité ! On ne fait pas comme ça dans la vie courante. Quel agriculteur actuel disperserait ainsi de la semence précieuse dans les cailloux, dans les ronces, ou au bord des chemins ? Ces semailles-là ne doivent rien à la logique du monde. Bien sûr ! La Parole qui a créé le monde ne doit rien au monde.


Alors nous non plus, nous ne seront pas économes de sa Parole, avares de notre joie et de notre liberté. Témoignons l’Evangile partout, à tout le monde, sans préjugé ni retenue d’aucune sorte. Ne nous disons pas : « Ah non, quand même pas ici, pas maintenant, pas à lui, pas à elle… » Si ! Nous qui avons reçu, partageons, semons, sans compter. N’ayons pas peur de parler de Jésus-Christ, en tous temps et en tous lieux; de dire qu’il fait notre joie de vivre et de croire en ce monde, et d’y agir ; de dire que nous aimons à venir nous reposer, en famille, dans la fête et le partage de sa Parole, ces dimanches matin où il est convenu de se soumettre plutôt aux multiples contraintes du loisir. Ce n’est pas inconvenant ! Pour le monde peut-être, mais pas pour nous.

Mais cette exigence de semailles universelles, c’est plutôt contraignant…et cela peut être difficile…et le résultat est loin d’être assuré…saurons nous satisfaire correctement l’exigence de Dieu ?


Nous avons mal compris ; Il y a une Bonne Nouvelle : C’est que nous n’avons pas à nous soucier du produit de nos semailles – là encore, cela n’a rien à voir avec l’économie agricole de ce monde ! Semer, c’est notre mission ; mais ce que produisent ces semailles, ce n’est pas notre problème. Elles tombent dans les ronces, les cailloux, elles sont brûlées par le soleil, mangées par les oiseaux ? Ou bien elles tombent en bonne terre, et fructifient ? Peu nous importe ! Telle personne nous écoute, puis oublie ? Ou se moque ? Telle autre se réjouit, puis trouve mieux à faire, accaparée par ses problèmes ou ses intérêts ? Ou bien elle se convertit au témoignage de la justice de Dieu, avec nous ? Peu nous importe ! Ce n’est pas notre problème. C’est la volonté et l’œuvre de Dieu. Ce n’est pas au nombre de conversions obtenues que nous justifierons et conserverons notre place à la table du Seigneur. C’est le Seigneur lui-même qui fait de l’un ou l’autre une terre fertile ou une terre aride pour sa Parole, une pierre inerte ou un fils vivant d’Abraham.


C’est pourquoi dans l’Eglise, nous n’aurons que la paix, et aucune inquiétude. Parce que nous ne risquons rien à témoigner notre foi, car le rendement du témoignage n’est nullement notre problème. Nous vivons, en Eglise, une mission libérée du moindre compte à rendre à Dieu. De même que ce n’est pas notre rendement, dans quelque domaine que ce soit, qui nous fait vivre ; mais c’est l’amour qui nous a donné naissance, et qui s’est révélé à nous, par Jésus-Christ, comme notre salut. Notre responsabilité, c’est le témoignage, c’est l’Eglise, oui ; mais le fruit de ce témoignage, c’est la responsabilité de Dieu. Nous témoignerons donc en paix, l’esprit tranquille, l’esprit libre avec l’Esprit Saint, parce que le salut, le nôtre et celui du monde, c’est la responsabilité, l’œuvre et le problème de Dieu, et en rien les nôtres : voilà quel est le don de Dieu, créateur en nous d’une bonne volonté véritable, parce que libérée du souci de notre impuissance.


Entendons comment Jésus explique cela à ses disciples – c’est-à-dire à nous, c’est-à-dire à qui il veut : « A toi, dit-il, il a été donné de comprendre. » De comprendre que tu es sauvé par le pardon de Dieu. Que c’est Dieu lui-même qui a fait de toi une terre fertile, qui t’a libéré pour témoigner de Jésus-Christ, alors que tu étais pécheur, et que tu ne l’est toujours pas moins que ne le sont tous ceux auxquels il n’a pas été donné d’entendre ; Tous ceux auxquels la foi inspire l’indifférence, ou la moquerie, ou même la violence. Ta foi, ton salut et ta vocation, c’est l’œuvre et la responsabilité de Dieu. Tu n’as à justifier ni ta compétence ni ta légitimité. Cela t’a été donné.


Alors, sans état d’âme, semons simplement cette Bonne Nouvelle autour de nous – et je parlais plus haut de contrainte, mais est-ce une contrainte de publier une Bonne Nouvelle ? Non, ce témoignage, c’est notre liberté. Témoigner Jésus-Christ atteste notre libération. Pour quelle raison, en effet, sommes-nous ici, ce dimanche matin, en Eglise, sinon parce que nous sommes libres d’y être ? Semer l’Evangile, c’est-à-dire vivre l’Eglise, ce n’est pas une contrainte, mais un partage absolument libre ; Parce que cela ne  sert à rien, et parce que nous n’en attendons rien, rien du monde évidemment, mais rien non plus du Seigneur, parce que de lui nous avons déjà tout reçu. Nous ne sèmerons pas l’Evangile pour être sauvés, mais parce que nous sommes sauvés, parce que nous vivons notre salut.


« Semez donc », nous demande Dieu, et j’agirai, moi, selon ma volonté, dans l’esprit de qui je voudrai ; A qui je voudrai, je ferai comprendre son salut. Déchargez-vous de ce souci! Que ce soit envers votre enfant, votre ami, votre ennemi, envers quiconque, témoignez en paix. De qui je voudrai, je ferai une bonne terre pour la justice.

La Parole de Dieu est semée à tous vents, à nous de la recevoir et de la comprendre dans toutes ses dimensions, avec l’aide de l’Esprit saint. Mais à nous aussi de la semer à notre tour, dans toutes les directions, sans souci d’une réussite qui n’est que dans la main de Dieu.


Amen !


Jean Jacques Veillet