Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 08 mars 2009
Culte à Gap-05

Lectures du Jour :

Genèse 22, 1-18

Marc 9, 2-10

Romains 8, 31-34 (voir également sous cette référence  méditation du 25 Février 2018)





La Transfiguration


Voilà le texte biblique du Nouveau testament pour lequel beaucoup s’accordent à dire qu’il est le plus difficile à comprendre…Même Pierre, Jacques et jean présents lors de cette transfiguration n’y comprennent rien, c’est dire !!

Tout pour nous semble étrange, étonnant, surréaliste : les vêtements resplendissants  (rappelons-nous qu’Omo n’existait pas à l’époque !!!) ; et surtout Elie et Moïse qui apparaissent… Les fantômes, à part dans les dessins animés ou les films d’horreur, ce n’est pas de l’ordre de nos habitudes !!

Pourtant, trois pistes me semblent être utiles et nourrissantes pour nous aujourd’hui, que je vais développer :

* La première est le statut particulier de Jésus dans ce récit.

* La deuxième est cet avant-goût de royaume qu’il nous est donné d’entrevoir.

* La troisième est la mention du 6e jour.


Qui est-Il ?

Certes, Il a déjà opéré des guérisons, en nombre ; Il a déjà enseigné, de nombreuses fois et dans différents lieux ; certes, Il attire la foule de plus en plus nombreuse..Mais qui est-Il ? Un prophète ? Le dernier livre de l’Ancien testament, celui de Malachie se termine par ce verset : « Voici, je vous enverrai Elie, avant que le jour de l’Eternel arrive… ».

Ou bien est-il Moïse, revenu sur terre pour terminer de guider son peuple, pour voir cette terre promise qu’il n’a vu que de loin ; peut-être est-il l’accomplissement de la loi qu’il a transmise au peuple de la part de Dieu…

Cette transfiguration a au moins le mérite de nous annoncer que Jésus n’est ni Elie, ni Moïse. Jésus a un statut unique ; il n’est ni un «  copier-coller », ni un «  Elie le retour » ou «  Moïse épisode 2 ».

D’ailleurs, la voix de Dieu est sans équivoque, montrant bien qu’il y a un tournant dans l’histoire entre Dieu et les hommes. Les trois pauvres disciples tétanisés – on le serait à moins- entendent cette voix sortir de la nuée : «  Celui-ci est mon fils bien aimé, écoutez-le ».

On passe là véritablement à une nouvelle ère : souvenez-vous, à son baptême, seul Jésus semble entendre la voix de Dieu lui disant : « TU es mon fils-bien aimé en qui j’ai mis toute mon affection » ; cette parole semble être la confirmation personnelle de la vocation de Jésus : «  tu es » .

Or, dans notre passage, chacun entend de la nuée la voix disant : «  IL est mon fils bien-aimé ».

Dieu annonce-là bien à l’humanité le statut unique, particulier de Jésus : Il est bien LE MESSIE attendu. Il n’est pas une réincarnation d’un prophète ; même le plus important des prophètes : Il est le messie ; il est Dieu lui-même ; IL EST LA NOUVELLE ALLIANCE !!! Mais dans le même temps, il y a bien avec cette transfiguration et ces trois personnages la signification d’une continuité : Dieu n’est pas soudain un Dieu différent, un Dieu autre ; l’alliance avec l’humanité est de plus en plus poussée et audacieuse de la part de Dieu ; mais elle est continue : de la loi en passant par les prophètes, Jésus est Celui qui va accomplir les deux !

Cette transfiguration est donc clairement une affirmation : ce fils bien-aimé qu’il faut écouter est le messie attendu ; une nouvelle ère est là.

Le deuxième point est alors totalement lié :

Ces images de la transfiguration nous semblent étrangères (et elles le semblent aussi pour les pauvres disciples) parce qu’elles font appel à des éléments qui nous sont inconnus : cette sensation de lumière ; cette notion des vêtements blancs ; cette rencontre entre Elie, Moïse et Jésus ne sont-elles pas un merveilleux avant-goût du Royaume ?


Voilà que cette transfiguration nous est donnée comme un signe ; elle nous dit : «  ne désespérez pas ; Dieu a un plan et guide l’humanité ; le Royaume vient et vous connaîtrez vous aussi non seulement cette lumière de Dieu mais aussi cette communion des saints ».

C’est bien ce que l’on annonce d’ailleurs dans le symbole des apôtres : la communion des saints ! Cette notion, elle est très profonde. Elle nous fait comprendre qu’il y a un line, un fil rouge entre les croyants de tous les temps. Il y a une union indicible entre les membres du peuple de Dieu, ses enfants !


Et le royaume nous rassemblera !! Vous vous rendez compte : on pourra discuter avec Moïse, Elie, Jésus, Calvin, Luther…et bien d’autres !!!!!!!!!

Cette transfiguration nous rappelle donc si besoin était, que notre humanité n’est pas cyclique mais linéaire, avançant vers le royaume de Dieu.

Mais… mais nous n’y sommes pas encore !! Et voilà que notre troisième point entre en ligne de compte : le texte débute par «  Six jours après ».

Six jours, ce n’est pas sept… Sept, c’est l’accomplissement ; c’est le Royaume.

Six, c’est le jour dans lequel nous nous trouvons actuellement. En quelques sortes, c’est le temps de l’Eglise. C’est en tous cas le temps de l’inachevé.

Nous sommes dans ce temps de l’inachevé. Il y a encore de la route à faire ; des choses à construire, à bâtir ; il y a encore du chemin.

Mais…pas seuls. Si cette transfiguration nous donne de renouveler notre espérance en un Dieu qui conduit l’humanité vers son royaume, elle nous donne aussi de nous rappeler que la route continue, avec Jésus-Christ qui nous promet d’être avec nous jusqu’au Royaume !!

Comment alors vivre ce sixième jour dans lequel nous sommes ? C’est bien là une question essentielle !

Dans un premier temps, Pierre, certainement sans trop le vouloir d’ailleurs, nous donne une belle et bonne piste avec sa proposition de tentes

En effet, la tente est aussi dans l'Ancien Testament le lieu de l'accueil, de rencontre, du repos. Il y avait même lors de l'Exode une tente dans laquelle étaient disposées les tables de la loi qui s'appelait la tente de la rencontre. Savoir s'arrêter  pour rencontrer l'autre celui ou celle que je ne connais pas  ou mal ou peu. Savoir s'arrêter pour rencontrer le Tout-Autre, Dieu qui vient à ma rencontre et qui me demande de prendre du temps, de marquer un temps d'arrêt pour le connaitre, le reconnaitre. Le culte est ce temps de repos, d'accueil de rencontre de Dieu, temps de repos, de rencontre et d'accueil avec les autres croyants en communion les uns avec les autres. Le culte est ce moment paradoxal durant lequel seul et pourtant accompagné, on est seul face à soi-même comme les disciples étaient seuls à l'écart sur une haute montagne ou Jésus à la fin de l'épisode de la transfiguration et en même temps en communion, accompagné, avec tous les croyants présents dans le lieu et dans le monde en communion, accompagné, avec Dieu, par Jésus-Christ.

Puis, dans un second temps, la transfiguration est ce temps de relation véritable qui permet de s'ouvrir à l'amour de Dieu pour le monde. La transfiguration est un appel adressé à tout homme, toute femme, d'ouvrir ses sens à la réalité de Dieu sans chercher à tout comprendre, tout admettre!

La transfiguration est un appel adressé à chacun de transfigurer sa vision du monde pour voir la beauté de la création, de transfigurer son écoute de ses congénères pour entendre la réalité de chaque personne, de convertir sa sensibilité pour apprécier les qualités de ses semblables. Cet appel nous est adressé. Pour vivre cet appel, il faut admettre le paradoxe évangélique:


Se taire en prenant place dans la tente de Dieu et comprendre qui Il est pour moi ; puis me lever, et comme le dit le livre des Juges, élargir l’espace de ma tente à l’autre, aux autres et communiquer l'espérance d’un monde où chacun a sa place, son rôle, sa possibilité de transformer, modifier, éclairer.

Nous sommes appelés, à l’aide de cette transfiguration qui rend plus blanc que blanc, à devenir les « mère Denis » de notre monde : en même temps illuminer, et en même temps lui conserver ses couleurs merveilleuses !!!!!

Chacun d’entre nous, dans l’attente du Royaume, se doit de faire avancer le jour, ce sixième jour qui n’est pas terminé, et dans lequel nous avons encore bien du travail, avec l’aide du Dieu de Jésus-Christ.


Et bonne nouvelle, avec ces nouvelles fameuses « tentes 2 secondes » qui s’ouvrent et se ferment en un clin d’œil, nous pouvons passer avec une superbe rapidité du temps de la méditation au temps de l’action, et du temps de l’action au temps de la méditation. D’ailleurs, notre monde n’est-il pas un grand marabout abritant non seulement l’humanité, mais aussi la présence de Dieu à chaque instant ?!


Amen !!


Pr Nathalie Paquereau.