Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 9 SEPTEMBRE 2012

Culte à GAP (05)

Lectures du Jour :

Esaïe 33 versets 4 à 7

Marc 7 versets 31 à 37

Jacques 2 versets 1 à 5



Guérison du Sourd Muet


En lisant ce texte de l'évangile de Marc, je pense aussitôt à cet autre texte que nous lisons cette fois-ci dans l'évangile de Luc, au chapitre 7 et à partir du verset 22 "les aveugles recouvrent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent" que répondra Jésus aux disciples de Jean-Baptiste venus l'interroger sur son rôle messianique.

Il y a là toute une similitude et une affirmation qui résument bien tout le ministère de Jésus, et toute sa compassion envers les plus souffrants de ses semblables.


Ainsi ce récit, trace un chemin nouveau que l'on pourrait intituler du Silence à la Parole. Voilà l'Espérance que Jésus suscite en son temps pour beaucoup et de combien d'autres au cours de son ministère terrestre. En cela, c'est un récit de créativité, car l'acte de Jésus est un acte de création qui est comme une Promesse et une réponse aussi à l'intercession de la personne ou celle de ses proches. Et pour quelle Promesse : un Etre humain muré dans un silence absolu et qui accède enfin au Miracle de la Parole. Un homme, oui, qui retrouve après tant d'années de silence et d'isolement, un contact avec l'extérieur et avec ses semblables.


Il faut alors comprendre sa réaction immédiate que souligne notre texte de pouvoir enfin s'exprimer en public, auquel Jésus répondra par prudence " leur recommanda de n'en parler à personne, mais plus il le leur recommanda, plus ils le publieront" ce qui provoquera à la longue la jalousie des scribes et des pharisiens et qui, par haine et mépris, amènera Jésus à son arrestation et à sa mort.

Cet homme, ce sourd-muet, est ainsi mis au centre de notre texte, comme une figure de notre Humanité en mal trop souvent d'ouverture et d'écoute. Parabole de vie refermée, parabole de vie enfermée, parabole qui souligne ici l'absence de l'homme face à lui-même, face à son désarroi. Mais Jésus est là. Il est Celui qui perce la carapace du silence et de la solitude dans laquelle trop souvent l'Etre humain est enfermé physiquement mais aussi moralement. Certes, cela ne se fait pas sans difficulté ni sans mal, mais par un retour ô combien nécessaire sur lui-même car il lui faut être alors accessible à cette dimension de l'Acte de Foi combien souvent difficile à croire et à exprimer.

Avec ce récit, comment en est-on arrivé là? Par quel miracle? Au centre de ce récit il y a d'abord ce geste inattendu de Jésus: il met ses doigts dans les oreilles du sourd-muet, puis il crache et lui touche la langue pour enfin prononcer cette Parole de Délivrance et de Guérison "Ephrata" ce qui signifie en hébreu "Ouvre-toi".

Remarquons bien au passage, que Jésus n'a pas fait que de guérir la parole de l'homme.

Il a d'abord guéri ses oreilles, car il n'y a pas de parole possible qui ne soit d'abord enracinée et accessible dans une écoute audible.

C'est pourquoi ce récit proclame d'abord une exigence de disponibilité, celle d'ouvrir ses oreilles à un autre qu'à soi-même. Or, il faut bien souvent constater en ce domaine, que nous sommes souvent sourds: Sourds à la Parole de Dieu, sourds à Sa Présence, sourds à toute dimension spirituelle de l'existence. Nous pensons ne pas avoir besoin de Lui et croyons qu'Il n'a pas besoin de nous. Peut-être aussi dans un autre domaine, nous sommes sourds aux cris de détresse de ceux et celles qui nous entourent et qui peut-être aussi, ont du mal à l'exprimer. La surdité, en effet, est notre maladie à tous et de la société en général, qui nous entoure au quotidien.


Ce récit est aussi une exigence rappelée aux disciples, car les textes bibliques nous disent par ailleurs que l'acte de guérison du sourd-muet a eu aussi pour effet de confondre leur surdité car leurs oreilles n'ont pas toujours été attentives à ce que leur proclamait leur Maître et leur Seigneur.

Cet évangile vise aussi les communautés et leur rappelle d'être des Eglises ouvertes. Cette expression est peut-être un peu trop galvaudée aujourd'hui et pourtant elle rappelle ce qu'est le vrai rôle de l'Eglise, qui doit se garder de toute logique d'enfermement. D'être ouverte aux questions que pose notre temps, de porter un témoignage authentique de l'Evangile au-delà de nos cercles de convaincus et de croyants.

Car il est fort probable que demain, peut-être, de nouvelles personnes viendront frapper à nos portes. Personnes en quête de Dieu, en quête de Sens pour leur existence souvent perturbées et inquiètes face au lendemain et de l'avenir source d’angoisse de notre monde.

Ces hommes et ces femmes qui n'ont qu'un souvenir très lointain de leur éducation religieuse, ou, plus probablement, qui n’en ont pas reçue du tout, comment allons-nous les recevoir? Ces hommes et ces femmes au parcours souvent difficile et tourmenté, différents en tout cas de ce que nous pensons et croyons, comment allons-nous leur ouvrir la porte de nos Communautés?

En effet, l'Eglise de Jésus-Christ doit être ouverte à tous et à toutes ou elle n'est pas « de Jésus Christ ». Elle n'est pas un club privé, elle n'est pas le lieu uniquement de ceux et celles qui se rassemblent ou s'assemblent mais doit être aussi un espace d'accueil qui rassemble en son sein des hommes et des femmes, qui ont besoin d'être écoutés et compris face à leurs vastes problèmes au quotidien. C'est un défi lancé à toutes nos Communautés et à nos Eglises au-delà de leurs différences théologiques et spirituelles.


Pour y arriver, une seule parole est nécessaire et pourquoi pas salutaire à chacun et à chacune en signe d'un accueil fraternel "Ephrata, Ouvre -Toi"

Cette parole est aussi une exhortation en forme de prière intérieure pour la personne.

Pour ceux et celles qui écoutent, même devant leur poste de radio oui de télévision, le message religieux du Dimanche matin. Car, comme l'a dit le Père Chrysologue[1] "que la voix divine résonne à nos oreilles et que notre vacarme familier n'embrouille pas l'audition".

C'est un appel ou un rappel qui s'adresse à chacun et à chacune d'entre nous. Pour cela nous aurons besoin de conjuguer tous nos efforts, toutes nos prières, toutes nos énergies pour cette Mission d'Entraide et d'Ecoute fraternelle.

Certes, cela n'est pas facile tous les jours et je le reconnais moi-même le premier.


Car si Dieu est venu nous chercher là où nous en étions, pour nous entraîner dans le sillage de Sa Parole qui sauve, qui libère, qui édifie, sachons en retour nous tourner et repartir vers les Autres pour leur témoigner à eux aussi l'Amour de Dieu, manifesté une fois pour toutes et pour toujours en la personne de Son Fils, Jésus, le Christ, le Sauveur et le Seigneur de toute éternité.


Amen !


Jean-Pierre MOREL


[1] Pierre Chrysologue, « aux paroles d’or » : Théologien italien 380-455