Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 6 septembre 2015

Culte à Trescléoux-05700

Lectures du Jour :

Esaïe 35,4-7

MARC 7, 31-37

Jacques 2,1-5


Communication !


Si le sourd-muet n’arrive pas à parler c’est parce qu’il n’entend pas. Le double geste de Jésus à son égard l’exprime bien : il lui touche les oreilles d’abord, puis il touche la langue.

Ainsi, dans l’Évangile, le miracle n’est pas un tour de magie qui inventerait ce qui n’existe pas, mais c’est un signe pour révéler ce qui ne s’exprimait pas et dans l’Évangile les miracles sont-ils souvent appelés simplement des bienfaits, exactement ce que dit la conclusion de ce récit au verset 37.

On comprend alors pourquoi les premiers chrétiens ont fait de cet événement raconté par Marc, le symbole du baptême, au cours duquel était crié au baptisé Ephphatha ! : ouvre-toi ! Répété, comme l’avait prononcé Jésus, en araméen, pour en garder toute l’authenticité et le vécu.

Car naturellement, et quel que soit notre âge, nous pouvons vivre en sourd et donc en muet : nous n’entendons pas forcément ce qu’entendent les autres autour d’eux et du coup nos réponses sont à côté de la plaque. C’est d’ailleurs le mot de l’Évangile par rapport à cet homme : il parle de travers. Voilà donc le pourquoi de notre baptême : nous ouvrir à Dieu au-dedans de nous pour pouvoir ensuite nous ouvrir aux autres. Et cela nous rappelle qu’avant de parler il faut avoir entendu c’est-à-dire écouté.

Ce ouvre-toi, dit en araméen : la langue vulgaire, et non en hébreu la langue religieuse de la Torah, c’était une manière de désacraliser le geste du baptême, de marquer son sens pratique, comme s’il s’agissait d’un usage courant, comme est à usage courant la foi en Dieu. D’ailleurs Jésus ne dit pas écoute moi, à l’image de n’importe quel maître à penser, comme s’il avait voulu fonder une énième religion. Jésus pense d’abord à l’autre qu’il rencontre, l’autre comme il est, ici dans son handicap, avec confiance en son changement.

Ouvre-toi, c’est tout, sans lui apporter une doctrine toute prête, sans préciser à quoi, à qui il va s’ouvrir, avec le risque qu’il entende jusqu’à l’imprévu.

Imaginons-nous cette audace que représente aujourd’hui le baptême de la vie chrétienne, dans ce monde actuel à la communication démultipliée qui fait entendre tout, de tous, partout. Souvenons-nous combien nous nous sentons choqués par tant de mots, d’idées, qui déferlent, y compris peut-être même de telle ou telle improvisation dans nos cultes. Souvenons-nous que Jésus veut d’abord libérer chaque baptisé de son enfermement sur lui-même. On devrait commencer tous les cultes par cette ouvre-toi.

Luther était baptisé depuis longtemps et moine de surcroît, et en plus professeur de théologie.

Il entend un jour ce texte de l’Évangile de Marc : c’était au cours de la lecture d’usage au couvent pendant le repas. Tout à coup ce texte parle à Martin Luther qui se lève de table en s’étranglant pour s’écrier en latin : Ah non je n’en suis pas là ! et il ses rassied.

Eh oui, Martin, tu t’étais reconnu, toi le professeur si disert, dans ce sourd-muet palestinien. Quelle leçon d’humilité, mais aussi ta réaction nous montre le chemin, chemin que toi, tu as suivi : avant de parler de quoi que ce soit, il faut avoir entendu. Avant de parler de Dieu, il faut l’avoir entendu parler à notre cœur. Que va faire le sourd-muet de sa guérison ? L’Évangile ne le dit pas, mais avec Luther nous en avons une suite qui a ébranlé le christianisme et même le monde et qui le questionne encore : Ce miracle, c’est notre miracle à nous aussi ce matin, car Luther en avait tout à coup saisi l’actualité : ce qui l’a secoué, c’est le risque de vivre en sourd et muet. Alors se mit en route la Réforme : tout reprendre par le commencement : d’abord écouter la Bible avant de parler à qui que ce soit, homme ou Dieu.

Cela fait de notre foi une foi qui parle comme purent le faire les disciples, témoins de ce miracle. Jésus nous interpelle aujourd’hui : pour pouvoir parler et être compris il faut que nous écoutions d’abord et nous nous en apercevons quand une de ses paroles un de ses gestes nous atteint au vif et nous force à répondre : c’est là notre miracle.

Suis-je moi-même enfermé ? si oui, cela se repère car je suis sourd vis-à-vis de mon prochain que je n’arrive pas à comprendre quand il parle de ses idées, de ses refus, de ses attentes et quand je dis prochain je pense à tous ceux qui me touchent, de près ou de loin : par exemple tous ces réfugiés qui déferlent sur les côtes italiennes ou à Gap, ce couple de Kosovars avec deux garçons de sept et huit ans qui vont manger notre pain. Ceux-là et d’autres. Il y a tant de malentendus et il faut se méfier des mots eux-mêmes, il y a tant de mots qui enferment.

La preuve est qu’en écoutant cet Évangile de Marc d’une façon communautaire, comme ce matin, je commence à me reconnaître, me retrouver. J’entends une autre voix que celle de mes préjugés.

Maintenant, je comprends que Jésus m’a débouché les oreilles en me faisant entendre les arguments de mes plus ou moins proches, que je n’entendais pas jusque-là. Alors voilà des gens en qui je voyais des adversaires, ces gens me disent quelque chose. Je les comprends. Et comble du miracle je peux leur parler, à ces gens d’une autre culture, d’une autre religion, et ils m’entendent, ils me comprennent.

Alors, l’évidence saute aux yeux de ceux qui assistent à ce miracle. Marc le montre clairement. Ainsi, ce n’est pas l’homme qui les étonne. C’est Jésus, parce c’est Lui qui fait, c’est Lui qui agit. On est au-delà des paroles, on est dans l’action. On a coutume de dire que l’amour de Jésus n’est ni un sentiment, ni une émotion, mais une action, vers et envers quiconque, envers n’importe qui, qui passe par là, comme ce sourd-muet.

Cela s’appelle l’évangélisation : non pas parler, mais être et agir, pour annoncer l’évidence d’une bonne et belle nouvelle pour tous. Alors c’est clair, le Christ et là.


Amen !


Pr Pierre FICHET.