Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 1er décembre 2013

1er Dimanche de l'Avent - Culte à Trescléoux (05700)

Lectures du Jour :

Esaïe 2,1-5

Marc 13 31-37

Romains 13,11-14



« Dieu nous a confié le monde»


Jésus vient de décrire à ses disciples tout ce qui se passera au moment de la fin du monde. Après des jours de « détresse comme il n’y en a pas eu de pareille depuis le commencement du monde » suivant la prophétie de Daniel, le fils de l’homme, c'est-à-dire lui-même, Jésus Christ, reviendra pour le jugement dernier. C’est ce retour que les premiers chrétiens ont attendu pendant des générations, cette espérance qui les a soutenus dans les difficultés du premier siècle. Mais ce jour et cette heure, « nul ne les connaît, ni les anges du ciel, ni le fils, personne sinon le Père. »Ce qui doit se passer à ce moment est semblable à l’épisode du déluge que Matthieu rappelle dans sa description du même événement : «  Tels furent les jours de Noé, tel sera l’avènement du fils de l’homme….Noé entra dans l’arche et les hommes ne se doutaient de rien jusqu’à ce que vint le déluge qui les emporta tous. »

Tout ceci est effrayant et surprenant alors que nous sommes au premier dimanche de l’Avent et que nous célébrerons dans 3 semaines l’anniversaire de la naissance de Jésus. Jésus, fils de Dieu, qui est venu sur terre « afin que quiconque croit en lui ne périsse point mais qu’il ait la vie éternelle ». Il y a quelque chose qui ne va pas et nous pouvons en trouver dans ce passage même des indices :


D’abord ce premier verset, « le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point ». Jésus est venu, a parlé, a enseigné, a donné l’exemple et son enseignement reste, qu’il soit avec nous en chair ou en esprit. Qu’il revienne sur terre ou non, demain ou dans des siècles n’a aucune importance, son esprit est avec nous et sa parole, la parole de Dieu ne disparaîtra pas.

Ensuite, il donne en exemple le déluge mais son récit s’arrête avant la fin, au moment où l’humanité est engloutie dans les flots. Les disciples savent tous la suite et il leur laisse le soin de s’en souvenir. Il ne raconte donc pas l’épisode de la colombe qui revient avec un rameau d’olivier. Il ne raconte surtout pas le repentir de Dieu, sa promesse de ne plus chercher à détruire l’humanité et l’arc en ciel qui est le témoignage de cette alliance.

Alors pourquoi Jésus annonce-t-il la fin du monde et donne-t-il tant de détails que nous ne vous avons pas lus sur les catastrophes et les souffrances qui l’accompagneront, alors qu’il sait que ce n’est pas le projet de Dieu ? Est-ce une provocation pour faire réfléchir les disciples, pour qu’ils trouvent ce qu’il y a d’incohérent dans ses propos avant de réagir. ? Peut –être ;


En tout cas, pour les aider, il leur donne en exemple une parabole ; une parabole où il compare Dieu à un homme qui part en voyage, une situation qui revient souvent dans ses paraboles: Souvenez-vous : Dans la parabole des vignerons, un homme loue sa vigne et part. Dans celle des talents, un homme part en voyage et confie ses biens à ses serviteurs.

Ici « un homme part en voyage laisse sa maison, remet l’autorité à ses serviteurs, indique à chacun sa tâche, et ordonne au portier de veiller ». Et à ses disciples qui jouent le rôle des serviteurs Jésus dit : « Veillez donc, car vous ne savez pas quand le maître de maison va venir, le soir ou au milieu de la nuit, au chant du coq ou le matin. Craignez qu’il n’arrive à l’improviste et ne vous trouve en train de dormir ».

Tout est dans cette parabole.


Dieu est comme un homme qui part en voyage et qui confie ses pouvoirs à ses serviteurs, non parce qu’il les estime, mais parce qu’il les aime, parce qu’il nous aime comme personne ne nous a jamais aimés. Le Dieu de Jésus, notre Dieu, est un Dieu qui quitte son ciel pour faire sa demeure dans le cœur de l’homme, un Dieu qui s’efface pour nous confier son autorité. Dieu est un Dieu qui s’en va.

C’est l’inverse des autres religions, où Dieu est toujours là, partout, omniprésent, incontournable, occupant tout le terrain. Nul ne lui échappe et aucun moment ne lui est caché. Il sait tout, voit tout, peut tout, si bien que ses créatures vivent comme des marionnettes télécommandées.

Non, dit Jésus, notre Dieu, mon père, est différent. C’est un père plein de confiance qui s’en va, pour vous permettre de vivre libres, responsables, autonomes, de vivre comme des grands. Il s’en va à la manière d’un père, qui s’efface pour que son fils devienne un homme ; à la manière d’une mère, qui prend distance, tout en gardant ses bras grand ouverts, face à son petit qui apprend à marcher.

Le Seigneur s’en va et nous dit : Veillez ! Veillez à l’entretien de ma maison, veillez sur le monde. Ne vous détachez pas du monde, mais plongez-vous dans le monde. Regardez ce qui s’y passe et agissez. Faites le ménage, réparez les dégâts éventuels, entretenez-le, rendez-le accueillant.

Le maître nous fait confiance, à nous, les locataires de la maison du monde, à nous, qui l’occupons à titre gratuit. Il nous en confie les clefs. À nous de nous montrer dignes de sa confiance. Il dépend de nous qu’elle s’ouvre et qu’elle vive. Il dépend de nous d’être vigilants, de veiller.sur le monde dans la mesure de nos moyens.


Restez vigilants, c’est le défi que nous lance notre Seigneur! Comment pourrions-nous être prêts, alors que nos vies sont difficiles et notre travail épuisant ? Alors que le monde semble dériver vers des horizons sans humanité et sans fraternité ? Alors que le regard des autres nous enferme comme en des prisons ? Comment rester vigilants quand viennent la maladie, l’angoisse et la désespérance ? Quand tout nous semble soudainement fade, triste et silencieux, sans plus aucun sens ? Quand Jésus nous demande de veiller, il ne nous demande pas autre chose que de rester éveillé, de résister à la tentation de nous endormir en nous repliant sur nous-mêmes, mais de garder le cœur ouvert et disponible à la présence et à l’action discrète de Dieu en nous.


« Veillez donc, vous ne savez pas quand il vient ». Mais il vient ! Il n’y a pas d’idée de « revenir » et il n’y a pas de futur, c’est un présent. Le maître vient. C’est un immense étonnement, même pour ceux qui se disent chrétiens et qui ont explicitement accueilli le Christ, c’est un immense étonnement de se rendre compte qu’il vient. Il vient, non pas tant comme un être extérieur qui s’approcherait enfin de nous après des années d’absence, mais comme cet hôte intérieur qui émerge en nous, qui prend sa place en nos cœurs et nous transforme. Le verbe « venir », quand le Christ en est le sujet, est une action qui nous concerne: c’est la manifestation visible et tangible de sa présence en nous. Comme l’ont dit tant de croyants avant nous : « Il était là et je ne le savais pas ».


Nous ne savons pas quand le maître vient. Mais il vient. Il vient dans les mille événements du quotidien. Dans toutes ces expériences grandes ou petites qui nous accablent ou nous mettent en porte-à-faux avec le fonctionnement de notre monde. En toute occasion il vient se manifester en nous, par nous, avec nous. Pourvu que nous restions vigilants, que nous restions à l’écoute et soucieux de notre prochain. Soucieux de l’entretien et du futur de la maison de notre père.


Christ est présent, dans notre esprit, dans notre cœur. Sa présence physique sur la terre, le retour du fils de l’Homme qui a été tant espéré par les premiers chrétiens n’a donc pas l’importance que ces derniers lui ont accordée. Dieu nous entend et nous écoute. Il nous a confié le monde. Ses paroles ne passeront pas et son alliance de paix avec les hommes restera pour l’éternité.

N’attendons donc aucune catastrophe spectaculaire autre que naturelle ni aucun retour glorieux que rien ne laisse prévoir.


Que la parole de Dieu soit le fondement de notre conduite pour veiller sur ce monde, sa maison qu’il nous a confiée.


Amen !


Jean Jacques VEILLET