Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 08 Novembre 2009
Culte  à Gap (05000)

Lectures du Jour :

I Rois 17, v.10 à 16
Marc 12, v.38 à 44
Hébreux 9, v.24 à 28


Etre ou paraître…


…Telle est la question !!!


Et on les aime bien, ces enseignements de Jésus qui peuvent paraître presque caricaturaux : d’un côté les grands méchants de maîtres de la Loi – oh les vilains ! Qui profitent de tout ce qui est bon, qui travaillent à leur image, qui s’octroient les bonnes choses, qui ont belle apparence, …et de l’autre, cette pauvre veuve – oh ! Quel exemple extraordinaire ! Qui met dans le tronc de ce qu’elle a pour vivre… quel bel exemple….on s’y retrouve presque tous… enfin, en tous cas, on ne se retrouve pas dans ceux qui travaillent à leur paraître ; et cette petite veuve, ben, c’est nous quoi… enfin…ça nous arrange bien de croire ça ! En gros, il y a les plumeurs et les plumés…


Dans un premier temps, je voudrais souligner notre lecture un peu figée de ce texte, et nos tendances à séparer les personnages comme étant tout noir ou tout blanc ( et de préférence, très vite on s’identifie aux tout blancs, et aussi vite on pense à certains qui sont tout noir !!!)

Une petite plongée dans le texte nous permettra de nous resituer plus exactement nous-mêmes, puis je vous proposerai

Le contexte, comme le plus souvent, a son importance : chez Marc, ce chapitre 12 marque le cheminement vers la fin, fin du ministère de jésus, dans une ambiance certainement assez pesante :

Au chapitre précédent, il faut se rappeler que Jésus a déjà chassé les marchands du temple ; il est déjà à Jérusalem pour la pâque ; nous sommes à la fin du chapitre 12 : au chapitre 14, Jésus sera arrêté…


Le texte d’aujourd’hui se situe donc dans ce contexte particulier où l’étau se resserre autour du Christ, et où l’urgence est là.

La critique concernant les maîtres de la loi est évidente : ceux qui doivent prendre soin du peuple, les enseigner, protéger la veuve et l’orphelin ; ceux qui ont une mission, mission d’annonce de la Parole de Dieu, mission d’entraide et de protection des plus faibles, se promènent en robes longues et se pavanent en public ; se donnent un statut d’importance et de supériorité dans les synagogues, et dans les repas… Avantages en nature cumulés ; belle apparence ; travail de visibilité…et bé ! La hiérarchie du judaïsme a légèrement perdu de vue sa mission !!! ouh ! bouh ! Honte à eux !!!

Cette première partie pourtant est une vraie claque pour nous, parce que nous renvoie à cette question : quel fonctionnement d’église voulons-nous et mettons-nous en œuvre ?…

Est-il plus important pour nous de paraître, ou d’être ?


Très curieusement ces derniers temps, j’ai plusieurs fois entendu parler de photos !!! Untel disant : «  oui, elle, elle est souvent en photo dans le journal ; elle se la pète… » et encore «  oh bin mince, je suis même pas en photo », ou encore » bien évidemment, on n’a pas attendu untel pour prendre cette photo de groupe »… je vous assure, l’automne a été propice à ce genre de tergiversations picturales dans notre communauté !!!

C’est vrai qu’on est content quand on paraît en photo ; on est reconnu dans ce qu’on fait ; tout à coup, on sent qu’on a de l’importance…oui, mais là, on fonctionne comme les maîtres de la loi qui aiment que ça se voient, qui aiment être vus. Et quand on critique ceux qui sont en photo, c’est peut-être qu’on est jaloux, parce qu’en recherche d’un paraître…


L’Eglise se compromet souvent dans le « paraître » ; pourtant, je crois en une église souterraine, qui prend soin des racines ; qui prend soin de son enseignement ; une église dont les membres viennent aux études de la Parole de Dieu plus encore qu’aux événements médiatisés. Je crois en un pauvrette église ( c’est Calvin qui le disait) où chacun fait jusqu’au bout ce à quoi il s’est engagé, sans jouer les stars ( ou les maîtres de la loi capricieux) et sans se faire …prier ( tiens, tiens !!); je crois en une église qui se préoccupe plus de la veuve et de l’orphelin que de créer des commissions. Je crois en une église où chacun s’engage, à sa manière, avec ses « moyens du bord », sans rechigner.

Alors, je crois que ce texte est une exhortation à remettre tous nos fonctionnements d’institutions en cause ; parce que l’église visible est un instrument qui n’a pas à sa pavaner mais doit sans cesse se faire servante.

Certainement que ça implique pour chaque membre une réflexion sur son attachement à l’église, ou plutôt son attachement au Christ, et sur sa façon de voir le rôle de chacun, dont son propre rôle.

Et j’en viens à la veuve ; la pauvre veuve, dit Jésus.


Faut-il tous se transformer en pauvre veuve pour être dans la volonté de Dieu ? Vais-je vous dire : «  allez, remplissez tout à l’heure le panier d’offrande sans que j’entende le moindre bruit de pièce ?!!! quoi que…. C’est peut-être une bonne idée !!!

Je voudrais d’abord souligner un point : notre lecture de ce texte est peut-être souvent erronée ; en effet, Jésus donne-t-il en exemple le don, l’acte de cette pauvre veuve ? non ! Il ne promet pour elle aucune bénédiction ; il ne dit absolument pas à ses disciples que c’est l’exemple à suivre…

Relisez bien le texte : rien n’est dit sur l’attitude de cette femme. Si ce n’est que juste auparavant, lorsque Jésus a dénoncé l’attitude des maîtres de la Loi, il a dit de ceux-ci qu’ils dévorent même les maisons des veuves…

En gros tout de même, Jésus dénonce un inversement des rôles : ceux qui sont sensés prendre soin de la veuve et de l’orphelin, comme l’annoncent plusieurs passages de l’Ancien testament, sont ceux-là mêmes qui se gavent avec le pauvre peu que possèdent ces veuves…

Je crois qu’on est là encore dans la réflexion qui nous incombe : l’église est appelée à être servante et non servie : servante pour tous, et présence active pour ceux qui ont besoin de repos, de soutien, d’écoute au sein de leur fragilité.

Mais l’église n’est rien sans ceux qui la constituent ; l’église, c’est nous. L’église, c’est nous tous ensemble.

Et cette veuve, elle nous en apprend sur chacun d’entre nous :

D’abord sous forme d’exhortation :


A ceux d’entre nous qui se trouvent des tas d’excuses pour n’être que consommateurs au sein de l’église, en invoquant le manque de temps, le manque d’argent, l’âge, le décalage des générations, l’église plus comme dans le bon temps ; à tous ceux qui voient l’église comme lieu de consommation comme un autre et prennent sans penser à donner ; à ceux qui estiment qu’ils ont déjà donné ; comme à ceux qui ont du mal à œuvrer en compagnie d’autres, d’autres différents ; à ceux qui n’ont comme apport que la critique, pas toujours constructive ; à ceux qui oublient que les petites gouttes font les grandes rivières ; cette veuve devient interpellation vivante : nous sommes appelés, en église comme dans notre vie quotidienne, à donner ; à être et non pas paraître ; à donner en étant soi-même.

Et aussi sous forme d’encouragement :

A ceux d’entre nous qui croient qu’ils n’ont rien à apporter ; à ceux qui sont étouffés par leur modestie ou l’image fausse d’eux-mêmes ; à ceux qui n’ont pas confiance en eux, il y a ces deux petites pièces de la pauvre veuve qui nous rappellent que chacun d’entre nous, qui qu’il soit, a quelque chose à apporter ; a sa part, sa contribution.


Quelle image exécrable de Dieu aurions-nous si nous pensions que Sa créature, cette créature que nous sommes, n’a rien à apporter ?

Chacun d’entre nous non seulement a, mais est appelé à donner. Oh ! pas forcément en argent ; mais donner, du temps, de la sollicitude ; de l’écoute ; de

Ses mains ; de sa musique ; de son sourire ; de ses qualités ; de sa réflexion ; bref, de son être…pas de son paraître.

J’écoutais un jour quelqu’un me dire : «  moi je suis bête ». Ce qui est affligeant, c’est d’entendre àa en église. Ne sont bêtes ( au sens étymologique du terme), que ceux qui ne font pas appel à leur cœur. Ne parle-t-on pas d’intelligence du cœur ? On peut avoir un QI de Einstein, et être le plus handicapé des relations qui soi…on peut avoir un prote-feuille et un compte en banque plein, et être le plus malheureux et le plus seul des humains…

Au fonds, on rejoint avec cette veuve la parabole des talents, ces pièces enterrées… la veuve n’enterre pas ce qu’elle est, ce qu’elle a ; elle offre.

La veuve donne de son essentiel ; nous sommes appelés, pour que notre église rayonne, pour que notre monde avance vers le Royaume, à donner de notre être, à mouiller notre chemise. Et là, je crois que nous pourrons nous ouvrir à de grandes bénédictions, celles de voir que notre église tout d’abord, n’est pas le lieu des superficialités, comme le monde ; pas le lieu des paraître, mais un lieu de vérité, un lieu pour être, et partager cet être avec les autres.

Alors, c’est à chacun d’entre nous ce matin à réfléchir sur ce que nous pouvons apporter en offrande à Dieu, et que d’ailleurs nous avons déjà reçu de Lui : quel don, quelle qualité, quel temps, quelles capacités, quelles idées à mettre en œuvre, quel argent vais-je désormais apporter ?


Que chacun, se réjouissant de ce que Dieu a semé dans nos vies, se réjouisse maintenant : que ce soit une petite pièce, une pite minime, que ce soit de l’ordre de l’abondance, tout contribue à l’avancée du Royaume. Et comme le pauvre petit ânon des rameaux, «  le Seigneur en a besoin ».



Amen !!


Nathalie PAQUEREAU