Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 12 novembre 2006 
  Temple de Trescléoux (05700)

Textes bibliques:



Preuves de la résurrection


On dit des paraboles que ce sont des récits exagérés et imagés pour faire comprendre les choses à un interlocuteur…

Honnêtement, ce récit sous forme de parabole que racontent les sadducéens à propos de cette femme qui a eu sept maris qui étaient frères est invraisemblable!! Sept maris qui se débrouillent en plus pour ne laisser aucune descendance, c’est pour le moins exagéré!!

Et pourtant, sans aller jusqu'à ce cas-limite de la crédibilité, nous nous posons peut-être, sûrement même des questions concernant l'au-delà, concernant les modalités de la résurrection. La mort d'un proche, la maladie nous entraînent vers des questions au fonds assez proches de celle des sadducéens…Nous nous demandons comment nous ressusciterons; quel aspect aurons-nous? Retrouverons-nous les personnes que nous avons aimées? Et si nous avons eu plusieurs conjoints, devrons-nous faire les présentations là-haut, et tirer au sort le préféré?…!

Il arrive également que dans les enterrements, nous entendions ces petites phrases: "Nous nous retrouverons là-haut"; " Dieu réunira ceux qui se sont aimés"…


Ces questions, il est assez légitime que nous nous les posions: la religion chrétienne fonde son espérance sur la résurrection. Mais peut-être que ces questions masquent le sens-même de la résurrection, et ne sont que secondes si l'on prend réellement conscience de l'importance de la résurrection pour notre vie d'aujourd'hui.
Un peu comme si on vous annonçait que vous venez de gagner un château, et que votre première préoccupation est de poser des questions sur la couleur de la baignoire…!

Je vous propose alors dans un premier temps de partager les questions des sadducéens, pour ensuite nous arrêter sur le sens que peut prendre notre vie à la lumière de la résurrection.

Tout d'abord, qui sont ces sadducéens?

On trouve l'origine de leur nom dans celui du Grand prêtre Sadoc. Il fut un fidèle de David et, sous son règne, partagea le sacerdoce avec Abiathar. Puis Sadoc devint le prêtre principal de Jérusalem.

Au temps de Jésus, les sadducéens formaient un parti puissant; c'était le parti des prêtres, chez qui on recrutait les grands prêtres. Leur domaine était essentiellement le Temple.

Du point de vue religieux, les sadducéens étaient des conservateurs, s'en tenant aux Ecritures, mais quasiment uniquement au Pentateuque où ils trouvaient les lois sur le culte et le sacerdoce. Contrairement aux pharisiens, les sadducéens répudiaient absolument la tradition des Anciens.

Chose intéressante pour la compréhension de notre texte, ils rejetaient sans réserve ce qu'ils considéraient comme des croyances nouvelles ou importées, telles que les anges, les esprits ou la résurrection ainsi que la venue prochaine du messie.

On peut alors comprendre qu'ils étaient les ennemis déclarés des pharisiens.

Après la destruction du Temple en 70, on n'entendra plus parler d'eux.

Cette mention unique de leur nom s'explique alors bien en fonction du sujet qui va être abordé par eux : la résurrection. Et Marc spécifie bien que les sadducéens, contrairement aux pharisiens et aux scribes, nient la résurrection.

Ainsi, les sadducéens trouvent bon non pas de piéger Jésus mais plutôt de tenter de ridiculiser une croyance que Jésus partage avec leurs ennemis, les pharisiens.

Et ils partent donc d'une loi contenue dans le Pentateuque, qui est pour eux l'Ecriture par excellence. Cette loi est appelée loi du lévirat (du latin levir: beau-frère).


Cette disposition légale faisait un devoir au frère d'un homme mort sans enfant ( entendons bien sans garçon…) d'épouser la veuve de ce dernier, le premier fils de cette union étant considéré comme le fils du mort. Cette loi du lévirat montrait une totale absence d'espérance concernant la résurrection. En effet, en Israël, l'idée était véhiculée que l'homme n'a qu'une vie, et qu'ainsi aussi longtemps que des êtres sortis de moi ou mes fils portent mon nom, ou le prononcent, je suis vivant en eux, et "mon nom n'est pas effacé d'Israël". Les juifs étaient également soucieux d'assurer leur descendance et la continuité du peuple élu.


Arrive alors la réponse de Jésus, qui n'utilise aucun texte de l'Ancien Testament qui pourrait être une affirmation de la résurrection; parce qu'il devait bien savoir que ces textes ne trouvaient pas d'écho en matière d'autorité pour les sadducéens.

La réponse de Jésus est alors surprenante, mais pleine de sens. Demander s'il y a une vie après la mort revient exactement à se demander s'il y a un Dieu!!

La méthode de Jésus est curieuse : Les sadducéens récusent les quelques textes de la Bible qui parlent de la résurrection? Et bien Jésus, lui, en fournira la preuve par le moyen d'un texte qui n'en parle pas!!

Et Jésus les attaque sur un fait : en niant la résurrection des morts, ils nient la puissance de Dieu. Et principalement, ils nient que Dieu ait le pouvoir de transformer dans son royaume les conditions de la vie d'ici-bas!!


Ils n'ont pas les moyens d'imaginer le Royaume autrement que comme en continuité exacte avec les cadres de vie qui sont ceux de la terre.

On ne leur jette pas la pierre; nous aussi, on a du mal à ne pas calquer dans le royaume nos conditions de vie sur terre. On entend bien parfois cette question: "Où est-ce que Dieu pourra loger tous les ressuscités?"!!

L'attitude des sadducéens a son parallèle dans celle des croyants de quelque religion qui se font une idée du fameux paradis!

Alors, Jésus dit que les ressuscités seront "comme des anges".C'est bien gentil , comme réponse, mais si on se réfère aux paroles de Jésus sur les anges , elles ne nous apprennent strictement rien sur leur vie céleste!! Alors, on peut dire que tout comme nous n'avons pas d'idée de la vie d'un ange, nous n'en avons pas non plus de la situation des ressuscités.

La réponse de Jésus n'apporte aucun détail sur le mode de la vie éternelle. Il n'avance rien qui soit une critique du fait du mariage dans la vie terrestre, mais il ne dit pas non plus que ce qui a été vécu dans le mariage et qui était signe de l'amour divin sera aboli. Apparemment, on ne vivra plus dans le même état de mariage. Mais parce que l'amour conjugal a été constitutif de l'identité de notre être, et que la résurrection certainement ne détruira pas cette identité, mais l'élèvera à une dimension autre, pourquoi craindrions-nous que Dieu nous l'ôte?

La résurrection n'est pas un moins par rapport à notre vie terrestre!!

Parlons maintenant du passage que cite Jésus: Exode 3. Dieu est le Dieu des patriarches, c'est-à-dire non seulement le Dieu en lequel ils ont cru, mais celui qui les a pris sous sa protection et qui les a reçus dans son amitié. Jésus, en faisant allusion à cela, ne fait appel à aucune doctrine philosophique ou religieuse, ni même à aucun texte de l'Ecriture sur la résurrection. Il fait appel à un fait de l'histoire d'Israël, l'événement fondateur de cette histoire : DIEU A AIME CES HOMMES. Il le leur a témoigné par des promesses extraordinaires et des actes d'amour puissants.

Comment alors imaginer que ce Dieu là trouve dans la mort une limite à son amour? Ce serait à la fois la négation de sa parole et l'abolition du sens de l'histoire d'Israël.

Alors vient cette parole de Jésus: "Dieu n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants!!"

Ce que Jésus annonce avec ce texte de l'Exode, c'est que Dieu ne peut pas se présenter à Moïse pour lui annoncer la délivrance de son peuple, en se réclamant des trois hommes qu'il a aimés, et n'a pu délivrer de la mort, de trois hommes à qui il n'aura donné la vie en se révélant à eux que pour les abandonner à la mort.

Cet argument qu'avance Jésus est d'une simplicité extrême et d'une puissance fulgurante.

Concrètement aujourd'hui, pour nous, cela veut dire que nous n'avons pas à nous soucier de la manière dont nous ou les nôtres ressusciteront. Là encore, c'est une question de confiance envers un Père qui connaît notre identité, notre cœur et nos pensées mieux que nous-mêmes.

Nous avons à lui faire confiance parce que la résurrection est un acte d'amour de sa part, et que cela ne peut être que bon, bien fait, au-delà même de la pensée de l'homme!!

La question qui me semble importante ne concerne pas les modalités de la résurrection pour lesquelles la Bible est silencieuse : l’assurance de la résurrection doit avoir un impact sur nos propres vies, sur notre manière de voir la vie et de gérer notre quotidien. Sinon, Dieu aurait gardé ça pour lui.

Il me semble que le point le plus important que peut nous apporter l'assurance de la résurrection, qui peut changer notre optique de la vie, c'est la peur de la mort qui est anéantie.

Savoir que la tombe n'est pas ma dernière demeure, ni celle de ceux que j'aime; savoir que Dieu m'aime tellement, moi, tel que je suis, avec mes défauts et mes qualités, avec mes réussites et mes échecs, qu'Il ne veut pas que je sois séparé de lui à cause de la mort, voilà qui peut nous donner une paix précieuse!!

Alors, le fait que ni la souffrance, ni la mort ne soient en aucun cas voulues par Dieu me pousse à me sentir responsable pour lutter, lutter pour que toute souffrance et toute mort qui pourrait être évitée ne soit plus sur terre.

Cette résurrection montre, comme le dit Jésus, la puissance de Dieu. C'est vrai que Dieu aujourd'hui ne se manifeste pas exactement comme nous l'attendons. Mais clairement, Dieu est le tout-Autre. Mais Dieu est aussi le puissant, qui peut aider l'humanité, parce qu'il aime l'humanité.

La peur est alors chassée; la peur de la maladie; la peur de la mort; la peur de ne pas y arriver; la peur de ne servir à rien; la peur de mal faire; rien, RIEN ne peut plus me séparer de l'amour de Dieu!!

Ma vie ne peut alors qu'avoir envie d'être un reflet de cet amour; vous vous rendez compte, quel témoignage de dire au monde: "Je n'ai pas peur de la mort; je ne crois qu'au pouvoir de l'amour"!!

Le monde aujourd'hui meurt de peur. Devant la mort, notre société soi-disant judéo-chrétienne tremble, et n'ose plus même prononcer le mot de "mort" tant la peur est grande. Ne serions-nous pas retournés au 16e siècle?


Nous avons peut-être à redécouvrir et faire découvrir le salut par la grâce!!

La résurrection, peu importe comment cela se passera. Je sais que ça, c'est la partie de Dieu et je lui fais plutôt confiance pour bien gérer l'affaire.

Mais c'est à moi, fort de cette foi, de prendre ma place dans la société, auprès des autres, débarrassé de cette peur de la mort, pour semer autour de moi cet amour et cette confiance. Pour semer la quiétude et l'amour de la vie. Voilà ce que la résurrection peut changer dans ma vie de tous les jours: m'apporter la paix pour moi et les miens; et ainsi m'aider à mieux vivre le quotidien en y cherchant un sens, aidé de la présence aimante de Dieu, sachant la mort ne sera pas le point d'orgue de ma vie.


Amen !!


Nathalie PAQUEREAU