Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 25 MARS 2018

Trescléoux (05700)

Lectures du Jour :

Esaïe 50, 4-7 (voir aussi sous cette référence, la méditation du 29 Mars 2015)

MARC 11, 1-11

Philippiens 2, 6-11(voir aussi sous cette référence, la méditation du 25 Septembre 2011)



Qui est Jésus pour moi ?


Frères et Sœurs,

Nous nous retrouvons une nouvelle fois en ce jour des Rameaux, qui nous est présenté comme un jour de fête. Eh oui, c’est le Fils de Dieu qui entre dans Jérusalem, et comme pour le prouver, Marc précise qu’il vient juste de guérir un aveugle, Bartimée à la sortie de Jéricho. Aveugle qui fait dorénavant partie de la cohorte des disciples.


Jour de fête où celui qui entre dans la ville est salué comme Messie, avec ces références au Ps. 118 et au fils de David.

Mais, fête ambigüe où en 4 jours, la foule qui proclame « « Hosanna[1] ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. » Cette foule criera 4 jours plus tard « Crucifie» !

Et cette séquence est universelle, parce que ce qui est universel, c’est la versatilité des peuples. : Les parisiens crient Vive Pétain en 40, Vive de Gaulle 4 ans plus tard.

D’où cette question : Quand la foule crie Crucifie, Crucifie, que crierai-je ? Où serais-je ? Ce n’est pas une question inutile, et mon propos n’est pas de me culpabiliser, me flageller pour le plaisir, mais de m’essayer à un peu de lucidité.


Nos propres églises n’échappent pas à ce questionnement, et il n’est pas besoin, de remonter très loin dans le temps :

Et puisque j’ai cité Dietrich. Bonhoeffer dans notre liturgie, on peut se poser la question : de quelle Eglise aurais-je été ?

De l’Eglise nationale allemande, taraudée par une soumission aux autorités et un antisémitisme congénitaux, répondant aux injonctions du régime nazi[2], ou bien de l’Eglise Confessante issue du synode clandestin de Barmen[3], qui payera le prix fort[4], à l’exemple des Niemöller, Bonhoeffer, Bultmann ou du suisse Barth ?.

Et comme D. Bonhoeffer dans sa prière, lequel serais-je ? Celui qui s’adapte, qui répond aux injonctions de notre société, au gré de ses politiques, de ses caprices voire de ses dérives ?

Ou celui qui résiste, répondant à l’injonction de Paul : ne vous conformez pas au siècle présent ? Prêt à payer le prix de la grâce, selon l’expression de Georges Casalis ?


Point d’orgue à 3 années de confusion sur le sens de la mission et de la présence de Jésus au milieu de nous, les habitants de Jérusalem voulaient comprendre des prophéties qu’un sauveur, un libérateur à la Bolivar ou à la Garibaldi viendrait les délivrer, de l’occupant romain.


En vérité, que Jésus soit le Messie qui vient les délivrer d’eux-mêmes, car c’est bien de cela qu’il va s’agir, ce n’était pas sa préoccupation du moment, à la foule.

D’ailleurs Jésus n’est pas dupe. Le verset qui me frappe le plus, dans cette scène, est le dernier (v.11). Acclamé comme il vient de l’être, on en rêve tous, eh bien Lui, après avoir tout regardé autour de lui, et tout bien considéré, comme il était déjà tard, il s'en retourna à Béthanie avec les douze.

Un détachement qui en dit long et qui pourrait inspirer un certain nombre de nos contemporains.


On imagine dès lors que ce quiproquo sur le sens de la venue de Jésus à Jérusalem, ne pouvait déboucher que sur un fiasco.

Et les choses vont assez vite déraper. Dès son arrivée, Jésus va mettre de l’ordre dans le Temple et la foule, ne comprenant pas son geste se détournera de Lui. Ses disciples non plus ne comprendront pas ce qui se passe.

Et pourtant, par 3 fois, dans les jours qui ont précédé, il leur a annoncé sa passion et sa résurrection, commençant à chaque fois son annonce par « Il faut », Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup... qu’il soit rejeté par les scribes, qu’il soit mis à mort et qu’il se relève trois jours après. Mais eux pensent Il ne faut pas.


Certes, ils avaient foi en lui, puisqu’ils lui ont consacré 3 années de leur vie, mais ils avaient foi en l’homme Jésus, il leur manquait ce fameux 3° jour.

Et de fait, il n’y en aura qu’un seul au pied de la croix. C’est Jean, dont la conviction, la foi sera assez forte pour qu’il puisse dire, au pied de la croix : il est vivant, déclenchant en cascade la conversion du centurion : Cet homme était vraiment le fils de Dieu


L’hymne aux Philippiens

L’un des premiers à avoir compris quel était l’enjeu de cette ultime semaine, c’est Paul. La lecture, ce matin, de ce que l’on appelle l’hymne aux Philippiens n’est pas fortuite, car elle est propre à dissiper le malaise qui pourrait subsister de cette fête des rameaux.

En effet cet hymne est la première confession de foi à destination de ces néo-chrétiens, qui n’ont aucun texte écrit à leur disposition.

Vingt ans seulement, après la résurrection de Jésus, Paul élabore une confession de foi centrée sur Jésus-Christ qui doit être la plus claire possible pour être reprise par les communautés naissantes et proclamée comme la bonne nouvelle au cours de leurs offices.

Alors Paul rédige cette confession de foi, qui structure encore aujourd’hui notre propre Crédo :

  1. Jésus fils de Dieu, est de nature pleinement divine, il est l’égal du Père,
  2. Mais il ne s’est pas prévalu de ce rang divin
  3. IL s’est vidé de sa nature divine pour se faire totalement homme[5] au milieu des hommes,
  4. IL a été reconnu comme tel par tous les hommes qui l’ont rencontré,
  5. IL est allé au bout de sa condition humaine, en acceptant les pires conséquences : la mort, donnée par ces hommes mêmes au milieu desquels il est venu, la pire des morts, celle réservée aux esclaves[6], aux bandits, aux « terroristes » : la mort sur la croix.
  6. Mais Dieu l’a relevé (d’entre les morts), par la résurrection, et lui a redonné sa puissance divine en l’établissant « maître des nations »
  7. Ainsi, tout genou qui se fléchira, toute langue qui proclamera Jésus-Christ comme son Seigneur pourront accéder eux aussi à la dimension divine, devenant « citoyens des cieux » (3, v.17).


L’hymne aux Philippiens nous donne la bonne clé de lecture :

Jésus s’est vidé de sa nature divine pour endosser forme et surtout condition humaine, s’abaisser jusqu’au plus bas de cette condition, pour ensuite, par la volonté de Dieu, être relevé par la résurrection, et retrouver sa nature divine. Et ce retour vers le Père ne pouvait s’effectuer que par le passage par la croix.

De sorte que je peux dire aujourd’hui « J’ai foi en Christ », parce qu’il y a eu cette foi du Christ, cette confiance totale de Jésus dans la promesse du Père, qu’après la mort infâme, il y aura le retour en gloire par la résurrection. Et fort de cette confiance il n’a pas esquivé cette échéance finale comme le lui suggérait Satan au désert ou Pierre sur le chemin de Jérusalem.

Et c’est ce qui nous permet de dire à la suite de Paul Mort où est ta victoire ? Si Christ est ressuscité, nous aussi nous ressusciterons ( 1 Corinthiens 15)


C’est alors seulement, par cette confiance totale envers le Père, à qui nous aussi, nous pouvons (pourrons) dire Je remets mon esprit entre tes mains, que nous sommes « justifiés », déclarés justes non par nos propres mérites, mais par le don de Dieu : Le sacrifice de Jésus Christ par lequel nous sommes réconciliés avec notre Créateur. Ainsi Christ scelle une nouvelle alliance, nous ouvrant l’accès à la dimension divine. C’est comme cela que nous devons comprendre les paroles de Jésus : « Je suis le chemin » chemin de réconciliation avec le père, « je suis la porte » porte d’entrée, selon sa promesse : « Celui qui croît en moi, il a la vie éternelle », ainsi nous pouvons être « sûrs de notre salut », pour reprendre une expression du Réveil.


Mais si nous sommes justifiés, une fois pour toutes, cela ne nous exonère pas d’un combat quotidien contre notre nature humaine : je fais le mal que je ne voudrais pas et je ne fais pas le bien que je voudrais[7]. Ce combat nous mène invariablement vers la repentance, nous sachant déjà pardonnés par Dieu. Et à mesure que nous prenons conscience de ce pardon, s’approfondit la relation qui nous unit à lui, s’établit en nous une sérénité qui est le fruit de la résurrection qui s’installe en nous.


C’est ainsi que nous pouvons vivre ici et maintenant, la réalité de la résurrection. C’est ce qui fait dire à Paul « si je vis, ce n’est pas moi qui vit, mais Christ qui vit en moi,


Durant cette semaine sainte qui le mènera à la résurrection, Jésus devra d’abord livrer un combat contre une partie de l’Humanité, celle des puissants, des détenteurs de pouvoir, des manipulateurs d’opinion, combat qu’il prolonge en nous, pour que les frontières du Royaume de Dieu dont chacun de nous est une parcelle, s’élargissent peu à peu sur cette terre car ce n’est plus de notre propre salut qu’il s’agit, mais de celui de l’Humanité toute entière, et le temps est compté.


Amen !


François PUJOL


[1] Hosanna ! Signifie : « Sauve !, accorde le Salut »,

[2] Qui l’obligea à inscrire dans sa constitution un « article aryen », ce quelle accepta

[3] Qui se conclut par la publication des « thèses de Barmen », revendiquant l’indépendance de l’Église par rapport au Politique, et sa mission de veille et d’interpellation

[4] Il s’ensuivit une terrible déchirure au sein de l’Eglise luthérienne allemande, qui n’est pas encore totalement cicatrisée.

[5] C’est le sens du baptême qu’il demande à Jean-Baptiste

[6] Les citoyens romains ne pouvaient être crucifiés. Paul en (ab)usera régulièrement face à ses juges qui ne savaient trop que faire de lui.

[7] Lettre de Paul aux Romains 7/19



Prière de repentance : Poème du pasteur allemand Dietrich. Bonhoeffer (pendu par les nazis en Avril 1945 à l’âge de 39 ans)


Prions le Seigneur :


Qui suis-je ?

Souvent ils me disent que dans ma cellule je sors Détendu, ferme et serein, Tel un gentilhomme en son château.

Qui suis-je ? 

Souvent ils me disent qu’avec mes gardiens je parle aussi librement, amicalement et franchement que si j’avais à leur donner des ordres.

Qui suis-je ? 

De même ils me disent que je supporte les jours d’épreuves impassible, souriant et fier, ainsi qu’un homme accoutumé à vaincre.


Suis-je vraiment celui qu’ils disent ?

Ou seulement cet homme que moi seul connais,

Inquiet, malade de nostalgie, pareil à un oiseau en cage,

Cherchant mon souffle comme si on m’étranglait,

Avide de couleurs, de fleurs, de chants d’oiseaux,

Assoiffé d’une bonne parole et d’une espérance humaine,

Tremblant de colère au spectacle de l’arbitraire et de l’offense la plus mesquine,

Agité par l’attente de grandes choses, mais craignant et ne pouvant rien faire pour des amis infiniment lointains

Si las, si vide que je ne puis ni prier, ni penser, ni créer,

N’en pouvant plus, prêt à l’abandon.


Qui suis-je ? Suis-je celui-là ou celui-ci ?


Aujourd’hui cet homme et demain cet autre ?

Suis-je les deux à la fois ?

Un hypocrite devant les hommes,

Et devant moi un faible, méprisable et piteux ?

Ou bien, ce qui est encore en moi ressemble-t-il à l’armée vaincue qui se retire en désordre tout en proclamant avoir remporté la victoire ?


Qui suis-je ? Dérision que ce monologue.

Qui que je sois, tu me connais :

Tu sais que je suis à toi, toi Mon Dieu.


Amen !