Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 28 octobre 2012

Trescléoux (05700)

Lectures du Jour :

Jérémie 31, 7-9

Marc 10, 46-52

Hébreux 5, 1-6


L’aveugle de Jéricho


Par ce récit miraculeux, nous avons un acte de guérison parmi tant d'autres dans l’Évangile. Certains lisent ces récits comme des preuves de la puissance divine du Christ, d'autres, pensent qu'il y a là l'acte d'un guérisseur comme il y en a toujours eu partout dans le monde.

En fait, cette histoire nous concerne et est extrêmement encourageante pour nous. Nous voyons en effet un homme qui va trouver la vraie lumière et la vraie vie à la suite du Christ... or au départ, qui était-il ?


L'épisode nous est dit se dérouler aux portes de Jéricho. Or, dans l'Exode, Jéricho est la première ville qui a fait obstacle aux Hébreux pour entrer dans la Terre Promise. De ce mauvais souvenir, Jéricho a gardé cette connotation d'éloignement de Dieu, comme Jérusalem, à l'inverse, représente le lieu de la présence de Dieu. Notre homme, qui s’appelle Bartimée, est à Jéricho, mendiant sur le bord du chemin qui va vers Jérusalem . Il est aveugle et n’a donc aucun autre moyen de vivre que de mendier. Il est isolé de la communauté religieuse. Ce n'est pas qu'il se prétende « athée» comme certains de nos jours, mais plutôt qu'il n'a aucune foi, pas de but, pas d'idéal dans sa vie, et c'est cela qui l'a mis par terre...


Nous pouvons ainsi savoir que pour nous aussi qui sommes imparfaits, le salut, l'aide, le secours, la guérison intérieure du Christ sont possibles. Le Christ est là près de nous, même quand nous ne savons pas le voir. Bartimée était imparfait, et aveugle sur bien des points, pourtant, sa vie va être transformée par le Christ. Sans doute a-t-il eu une bonne démarche. Or cette démarche nous la voyons assez bien expliquée dans le texte.

En premier lieu, il a entendu parler du Christ, il ne l'a jamais vu (bien sûr), il ne l'a pas rencontré, mais sur ce qu'il en entend dire l'envie lui prend de chercher de l'aide auprès de ce Jésus de Nazareth. C'est peut-être déjà cela, la foi. Avoir la foi ce n'est pas forcément être bouleversé par la présence de Dieu, mais au moins compter sur le Christ pour éclairer sa vie. Comme Bartimée, nous pouvons avoir entendu parler de Dieu par d'autres et ne l'avoir pas vu, comme lui, au début, nous n'avons peut-être jamais eu l'expérience de la présence de Dieu près de nous. Mais nous pouvons quand même appeler le Christ dans notre nuit.


Bartimée crie « “Fils de David, Jésus aie pitié de moi “! Derrière cette appellation il y a déjà une véritable et très forte confession de foi. Le fils de David, c’est l’héritier ; c’est celui qui doit être le Messie, le Sauveur. Beaucoup le rabrouent pour qu’il se taise, mais lui crie de plus belle : “Fils de David, aie pitié de moi!”».Jésus s'arrête et dit: “Appelez-le”. Ils appellent l'aveugle, en lui disant: “Prends courage, lève-toi, il t'appelle.”

Bartimée a du mal à appeler Jésus. Ça ne marche pas tout de suite. La foule qui accompagne Jésus vers Jérusalem accompagne un Messie qui n’est pas celui qu’elle croit. Elle a du mal a percevoir la réalité du Christ et forme un mur serré autour de ce Messie pour le protéger car il va chasser, croit-elle, les Romains de Jérusalem ; au point qu’elle empêche toute personne extérieure d’approcher.


Bartimée persévère et trouve la force de jeter son manteau. Ce détail est curieux, car il semble sans importance. Or rien dans l’Evangile n’est sans importance. C’est donc précisément pour cela qu’il faut se demander ce que l’évangéliste veut nous dire par là. Est-ce qu’il veut nous dire que, le manteau étant sa seule richesse matérielle, il doit se détacher de ses attachements terrestres pour aller vers Jésus ? Ou plutôt que le manteau représente sa protection extérieure et que, pour suivre le Christ, il faut abandonner ses protections terrestres pour faire confiance à Dieu seul ? Toujours est-il qu’il trouve la force de se lever d'un bond, et d’aller vers Jésus.

Il a trouvé la force de « se lever ». Cette expression est très forte dans l'Évangile. C'est ce même verbe que l'on traduit ailleurs par « ressusciter ». Notre homme donc, à partir de ce moment, commence à renaître, il a rencontré le Christ, et il pourra bientôt l’entendre et le voir. Il pourra même voir les autres gens sur sa route, et il verra où il va.

Alors seulement il peut entendre lui-même la parole que Dieu lui adresse. Jésus, prenant la parole, lui dit: Que veux-tu que je fasse pour toi? Rabbouni, lui répond l'aveugle, que je recouvre la vue.

La relation au Christ a progressé : au début du récit, l'homme attendait juste quelque chose du Christ, mais en lui étant un peu étranger, maintenant on pourrait dire qu'il l'a vraiment rencontré. C'est alors que sa vie va être transformée. Jésus lui dit : Va, ta foi t'a sauvé. Aussitôt il recouvre la vue, et suit Jésus dans le chemin.

Certes, Bartimée recouvre la vue, mais bien plus, il est debout, et en marche, sur le chemin, C'est en fait la vie et la vie heureuse qu'il aura trouvée grâce au Christ


Il faut maintenant bien comprendre en quoi nous, aujourd’hui, pouvons être concernés par ce récit.

Comme pour tous les miracles du Christ, nous devons imaginer que ce texte parle de nous, aujourd’hui. Aucun de nous, ici, n’est atteint d’une cécité médicale et ne va essayer d'y trouver comment le Christ pourrait le guérir, mais ce texte peut nous faire comprendre que nous sommes tous aveugles d'une certaine manière, et que le Christ peut nous permettre d'y voir plus clair. Il est vrai que nous ne voyons pas toujours très bien qui nous sommes, qui est Dieu, où nous allons...

Oui, le Christ est celui qui peut nous ouvrir les yeux sur ce qui est essentiel, de façon à ce que nous puissions, dans notre vie, choisir nous-mêmes notre route avec liberté et intelligence.


Nous n’avons là en fait rien d'autre qu'une illustration de ce que Jésus dit autrement dans l’Évangile de Jean (8:12) : « Je suis la lumière du monde, celui qui me suit ne marchera plus dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie ».

Il est vrai que nous tous, nous essayons d'avancer sur notre propre route en évitant les obstacles, les écueils, et en espérant arriver quelque part. Nous voudrions que notre route ne soit pas une errance sans but. L'aveugle, ici, représente celui qui justement n'a pas de visée dans sa vie, il avance sans savoir où il va, sans but, sans foi, en ne regardant pas plus loin que le bout de ses bras... Le problème d'une telle démarche sans foi, c'est que comme lui, on se cogne à tous les pièges de l'existence, on tombe dans les trous, et finalement on se perd en ne sachant plus où l'on est, alors on cède au découragement en cessant d'avancer, on s'assied sur le bord du chemin, et comme un mendiant on n'attend plus rien de soi-même mais tout des autres.

Comme il l’a fait pour l’aveugle, le Christ va nous rendre notre autonomie, nous remettre debout, nous remettre en route. Ce qui est extraordinaire, c'est que justement il nous donne cette liberté sans aucune condition. Il pourrait d'abord, s'il était un chef de secte nous dire : « ne crains rien, donne-moi la main, suis-moi aveuglément et je te mènerai où il faut ». Mais non, le Christ n'est pas là pour ça. Il pourrait nous demander avant de nous guérir : « Que vas-tu faire, quand tu seras guéri, feras-tu bon usage de cette liberté, qui vas-tu suivre alors ?» Non encore, le Christ nous dira simplement : « Va, ta foi t’a sauvé », et il nous libérera sans condition ; c'est l'une des plus belles images de la grâce libératrice qui soit.

Et alors, libre à nous de le suivre comme l’a fait l’aveugle.


Amen !


Jean Jacques VEILLET