Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 21 Octobre 2012

Trescléoux (05)

Textes bibliques:

Esaïe 53, 10-11

Marc 10, 35-45
Hébreux 4, 14-16

La demande de Jacques et Jean


Frères et sœurs,

Les Douze sont en chemin avec Jésus. Le Seigneur, qui marche devant eux (Mc 10,32), leur a dit le but de ce voyage : sa condamnation, sa mort et sa résurrection. Dans les épisodes que Marc rapporte, Jésus leur a clairement annoncé sa Passion, à trois reprises, chaque fois plus précise que la précédente, car en même temps, on progresse vers Jérusalem et l’on s'approche donc du lieu de la catastrophe et de l’échec ultime:


Les difficultés de compréhension des disciples

La première fois, en 8, 31-33, Jésus déclare qu’il faudra que le fils de l’Homme souffre, alors Pierre, toujours prêt à en découdre, proteste disant que cela ne peut lui arriver à lui, Jésus,

La deuxième fois, en 9, 30-32, alors qu’il leur annonce qu’il sera livré, entre les mains des hommes, qui le feront mourir, les disciples se chamaillent pour savoir qui d’entre eux sera le plus grand, et dans la troisième, alors que Jésus annonce la coupe qu’il devra boire, c'est-à-dire sa mort sur la croix, Jacques et Jean s’inquiètent de la place qu’ils occuperont dans son règne.

Dans son Evangile, que certains nomment « l’Evangile des malentendus », Marc s'est complu à décrire l'incompréhension et les craintes des disciples, qui les conduiront à abandonner Jésus au moment où il aura le plus besoin d'aide (Mc 14,50).

Marc ne les montre pas vraiment à leur avantage ! Ils sont chaque fois pris en défaut par les questions de Jésus, leurs réponses sont presque toujours « à côté de la plaque ».

C'est que pour comprendre le sacrifice de la croix, il faut accomplir un parcours spirituel personnel, qui est plus souvent un sentier de montagne tortueux plutôt qu’une autoroute. Si Jésus avait été suivi par des champions de l'intelligence spirituelle, comprenant tout à l'avance et ne posant que de bonnes questions, qui, après eux, aurait osé mettre leurs pas dans les leurs ? Il n'en est rien, et c'est tant mieux. Les apôtres ne sont pas meilleurs que nous. Ce sont des hommes ordinaires, c'est donc une bonne chose de les voir et les entendre sans artifice ! De la sorte nous leur ressemblons vraiment,


L’Au delà

Car l’épisode des fils de Zébédée raconté ici est le reflet de préoccupations qui sont toujours d’actualité. Jésus leur parle de résurrection, mais aussi de souffrances, de place auprès du Père dans un royaume à venir, alors ils repensent aux visions de Daniel :

Dan.7 : Je regardai pendant mes visions nocturnes, et voici, sur les nuées des cieux arriva quelqu'un de semblable à un fils de l'homme; il s'avança vers l'ancien des jours, et on le fit approcher de lui. On lui donna la domination, la gloire et le règne; et tous les peuples, les nations, et les hommes de toutes langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle qui ne passera point, et son règne ne sera jamais détruit.

Dan 12 : En ce temps-là se lèvera Michaël, le grand chef, le défenseur des enfants de ton peuple; et ce sera une époque de détresse, telle qu'il n'y en a point eu de semblable depuis que les nations existent jusqu'à cette époque. En ce temps-là, ceux de ton peuple qui seront trouvés inscrits dans le livre seront sauvés. Plusieurs de ceux qui dorment dans la poussière de la terre se réveilleront, les uns pour la vie éternelle, et les autres pour l'opprobre, pour la honte éternelle.

Alors ils font un mélange de tout cela, leur imagination tourne à plein régime pour se construire une représentation de l’au-delà.

Puis, ce sont les pères de l’Eglise qui dès le 2° Siècle donnent forme au Symbole des Apôtres qui nous fournit des indications géographiques : il est descendu aux enfers, il est monté au ciel, il siège à la droite de Dieu.

Puis, encore plus tard, nos frères catholiques inventent le purgatoire pour ceux qui ne sont pas vraiment bons mais pas tout à fait mauvais, et aussi les limbes, pour les nouveaux-nés morts avant leur baptême.

Comment ne pas être influencés, encore aujourd’hui, malgré la Réforme, par toutes ces représentations ?

Alors, Ces nouveaux cieux et cette nouvelle terre, où la justice habite. (2 Pierre 3:13), où sont-ils ? Ici bas ? Dans les cieux ? Comme si Dieu habitait un petit coin de ciel, bleu de préférence ?

Et nous où serons-nous, sous quelle forme, avec qui ? Combien ?

Et pendant que l’au-delà occupe notre esprit, on oublie de se soucier de l’aujourd’hui.

La foi de Jacques et Jean repose sur un malentendu qui perdure : Notre participation au règne de Dieu serait liée à notre élévation ici, sur cette terre, à notre « montée en tige ».

Jacques et Jean tombent dans ce piège : Ils semblent associer leur participation à la Gloire du Maître à leur propre martyre, que d’ailleurs ils sont prêts à accepter. Dans leur esprit, ils sont sincèrement solidaires du maître. Mais là encore ils se trompent, concevant ce martyre dans une vision apocalyptique : Jésus se désigne lui-même comme "Fils de l'homme", leur annonce sa résurrection et l'instauration du règne de Dieu, universel, à la fin des temps, les justes ressuscitant alors à la gloire éternelle, il s’y voient, l’un à droite l’autre à gauche.

D’autres imaginent qu’ils participeront à la gloire de leur maître, lorsque celui-ci aura repris en main ce monde terrestre.

Car on espérait que Jésus allait prendre le pouvoir et instaurer un règne nouveau. N’oublions pas que ce passage se situe juste avant l’entrée de Jésus, en roi, dans Jérusalem ! (Mc 11/1).

On passerait alors directement de la vie actuelle au Royaume terrestre que Jésus allait établir, inaugurant ainsi les temps à venir sans qu’il soit nécessaire de passer par le traumatisme de la mort. Il était normal que dans cette perspective, les apôtres cherchent à prendre les devants pour être en bonne place quand les événements annoncés se produiraient.

Jésus ne leur dit pas clairement qu’ils se trompent, ils leur dit « cela ne dépend pas de moi » puis il leur parle d’autre chose, en apparence. Il déplace ainsi ses disciples, dans sa pédagogie habituelle. Mais là, il les change de place, au sens propre : deux d'entre eux recherchaient les places de gloire, tous devront devenir serviteurs, prendre rang avec lui, qui donne sa vie et s'est fait le serviteur de tous. Les deux étaient venus à lui pour l'interpeller, sans les dix autres. Les dix sont appelés et viennent rejoindre les deux, pour qu'il ne manque personne de la communauté qu'ils forment ensemble.

Et pour les amener à se rendre compte que l’important ce n’est pas l’au delà, la place qu’on y tiendra, mais l’aujourd’hui, et le rôle que l’on y jouera, c’est à une toute autre approche de la vie et de la mort qu’il va essayer de les conduire.


Le baptême

Mais auparavant, il leur parle de son baptême et de la coupe qu’il doit boire.

Ce baptême sur la croix et cette coupe amère qu’il devra boire, c’est le seul martyre voulu par Dieu pour nous prouver son amour, par la mort du seul qui ne la méritait pas, pour le salut de tous les autres.

Pour être en communion avec Jésus, il n’est point nécessaire de rechercher nous-mêmes le martyre comme un ticket d’entrée pour l’au-delà à la meilleure place, il suffit de s’agenouiller au pied de sa croix, de reconnaître sa Seigneurie et de relire ce texte du "serviteur souffrant", qui nous est donné ce matin (És. 53 3), annonçant que "sa vie est donnée en rançon pour la multitude". La mort de l'innocent expie le péché des coupables.

Nos frères, qui de siècle en siècle ont subi le martyre, y compris dans le monde d’aujourd’hui, ne l’ont pas subi par la volonté de Dieu, mais simplement par les forces du mal toujours à l’œuvre et souvent victorieuses dans ce combat sans fin entre le bien et le mal.

A une théologie de la souffrance qui précéderait une théologie de la gloire, Jésus leur parle d’une autre théologie, la théologie du service.


Théologie du service

Jésus va aller à l’encontre de leur pensée. Il va leur dire que ça ne marche pas comme cela, et que l’au-delà n’a rien à voir avec ce qu’ils imaginent, il est tout autre !. Il réclame de nous une autre manière d’appréhender la vie et par conséquent la mort. Pour concevoir l’au delà en conformité avec l’enseignement de Jésus, il nous faut une autre manière de vivre le dépassement de la mort. Il n’y a pas la vie ici bas, puis la mort, puis l’au delà, mais une continuité. La mort n’est pas une porte fermée dont il faudrait avoir la clé, mais un couloir.

Et dans le renversement des valeurs dont il est coutumier, Jésus nous dit que la norme pour être au premier rang sera la qualité du service auprès des autres. Il y ajoute même la critique politique et oppose le fonctionnement des communautés chrétiennes aux mécanismes de la domination, avec ce verset 42 tragiquement actuel : « Vous savez que ceux qu'on regarde comme les chefs des nations les tyrannisent, et que les grands les dominent ».

Jésus s'était identifié à un enfant. Maintenant, il s'identifie à un serviteur, indiquant à L'Église qu’elle doit toujours se confronter au problème de la cohabitation des "forts" et des "faibles", comme celle des « riches » et des « pauvres », dans la foi, l’harmonie et dans l'engagement.

Et pour boucler ce renversement des valeurs, on se rappellera que les deux premières personnes qui furent l’une à sa droite et l’autre à sa gauche, ce sont les 2 brigands au Golgotha.


Et le Ciel s’approchera de nous

Notre avenir ne dépend pas de la hauteur jusqu’à laquelle nous nous serons hissés, mais de Dieu que l’on aura laissé s’approcher de nous, que l’on aura laissé descendre jusqu’à nous par Jésus Christ son fils. Et alors ce n’est plus nous qui iront un jour dans un au delà mystérieux, mais c’est l’au delà qui vient occuper notre présent, illuminant déjà aujourd’hui.

Et cette rencontre par anticipation, de notre présent avec les temps futurs, c’est la résurrection promise par la Grâce, qui nous la fait vivre dès aujourd’hui.

La résurrection : le cœur de notre foi, et il n’y a plus dès lors distinction entre morts ou vivants. Jésus ne précise rien, il nous dit seulement que le monde futur est en train de se réaliser dans le présent et que le présent se construit en se remplissant du futur.

Par la résurrection promise par Jésus, la vie nouvelle dans laquelle nous entrerons par notre mort ne sera que l’accomplissement de notre vie commencée ici avec Jésus et qui trouvera alors son accomplissement.


Alors nous pouvons dire : je n’ai pas peur, car je sais où je vais, et je le sais d’autant mieux que j’y suis déjà.


Amen !


François PUJOL