Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 11 janvier 2009
 à GAP-05000

Textes bibliques:

Esaïe 55/1-11

Marc 1/7-11

1 corinthiens 1/18-31



Faire reculer le désert


Le moins que l’on puisse dire, c’est que ces deux textes rapportés l’un par Marc et l’autre par Paul nous plongent en plein paradoxe !!

Les termes usités et les réalités qui s’y rapportent sont totalement antinomiques :

Ainsi dans la lettre aux corinthiens, on retrouve ces binômes contradictoires de «  folie - sagesse », « crucifié-ressuscité », « force-faiblesse », « Dieu-le monde », « juifs-non juifs », «  scandale-puissance », « choses faibles-choses fortes »…

Dans l’Evangile rapporté par Marc, les termes sont peut-être un peu moins équivoques mais les situations sont elles aussi paradoxales : «  baptême d’eau-baptême d’esprit » ; «  eau-ciel ouvert » ; « baptême de Jésus-tentation au désert » et enfin «  les bêtes sauvages- les anges ».

Habituellement, nous n’aimons pas ce type de rapprochement et ces antinomies qui cohabitent : c’est l’un ou l’autre, ou bien un compromis entre les deux… Mais là, ces termes et ces situations sont dérangeants pour nos esprits et nos logiques.

Je vous propose de voir en quoi ces deux textes avec leurs termes, et le contenu de Marc avec cette tentation du Christ peuvent être une précieuse clé de lecture pour notre quotidien et notre façon de nous voir acteurs de ce monde.

Arrêtons-nous tout d’abord à Jésus. Marc, l’Evangile le plus concis et le premier à avoir été rédigé, va être plutôt chiche en détails, notamment concernant la tentation de Jésus au désert. Raison de plus pour s’arrêter aux quelques détails qui nous sont donnés !

Tout d’abord, Jésus reçoit le baptême ; je dirais que ça, c’est un premier comble !

Jésus, dont la Bible dit qu’il était le seul sans péché, vient pour recevoir le baptême de Jean, qui est un baptême de repentance pour le pardon des péchés !!!

Curieux, n’est-ce pas ?

Pourtant, la réconciliation de l’Homme avec Dieu, de Dieu avec l’Homme passe bien par l’arrêt de la rupture, le pardon des péchés. Jésus, vrai homme et vrai Dieu, va vraiment symboliser, par ce baptême, ces retrouvailles entre Dieu et l’homme, comme le fils prodigue et son père !

Mais encore Jésus, par ce baptême, va s’identifier totalement à l’humanité ; pas de passe-droit, pas de tricherie ou de faux-semblants sous prétexte qu’il est fils de Dieu ! Jésus va se plonger tout entier, par ce baptême, dans notre humanité, dans notre monde.

Bienvenue au club, fils de Dieu ! Mais si tu veux partager vraiment notre humanité, tu vas vite te rendre compte que ce n’est pas tous les jours l’éclate !!

Au moment de son baptême, Jésus reçoit de manière personnelle un message : «  Tu es mon fils bien-aimé en qui j’ai mis toute mon affection ».

On pourrait penser qu’il est chanceux ! Il entend la voix du Père, Il reçoit l’Esprit, la belle vie pour ainsi dire !

Oui…mais immédiatement, Jésus est poussé dans le désert par l’Esprit…

Là on peut dire «  bienvenue au club » ! Parce que le désert, c’est tout de même un endroit bien particulier.

Le désert, dans la Bible, est lui aussi un lieu paradoxal : Lieu de prière, de rencontre avec Dieu ; mais aussi lieu de dangers multiples ; lieu où le peuple hébreu a marché (ou plutôt tourné en rond !!) pendant quarante ans, se rebellant contre Dieu, mourant, pleurant, n’arrivant pas à faire confiance en Dieu…

Voilà donc une première situation de paradoxe pour Jésus : à peine après avoir reçu l’Esprit et une parole du Père, le voilà plongé non plus dans les eaux bien agréables du Jourdain, mais dans le désert, où l’attend le Satan…

Le Satan, en hébreu, c’est un nom commun, qui veut dire l’adversaire.

Jésus est attendu au tournant par l’adversaire de Dieu.

Il ne sera pas question chez Marc de savoir ce qui s’est passé pendant ces quarante jours ; pas de détail (très amusant d’ailleurs) comme celui que l’on peut retrouver chez Matthieu : «  au bout de 40 jours, il eut faim » !!! Nous, au bout de 4 heures, notre estomac nous fait déjà signe, alors…

Mais j’en reviens à Marc qui ne dit rien de tout cela ; il indique juste la durée du séjour : 40 jours. On ne peut rester sans faire de parallèle avec ces 40 ans au désert, 40 ans qui n’ont été faits que d’infidélité de la part du peuple qui s’est même fabriqué un veau d’or…Jésus va en quelque sorte alors revivre cet épisode, revivre cette épreuve. Le peuple hébreu avait ce désert à traverser pour être libéré de l’esclavage en Egypte ; Jésus traversera cette épreuve pour nous libérer de l’esclavage du péché !

Marc indique aussi l’environnement de Jésus : il était avec les bêtes sauvages et les anges le servaient !

Quelle curieuse alchimie ! Les bêtes sauvages, c’est le symbole de la mort ; alors que les anges sont bien non seulement signe de la présence de Dieu, mais encore présence active puisque les anges sont à son service…

Situation très intéressante pour nous.

Que peut-on en déduire pour notre quotidien ?

Tout d’abord, je crois que la grande, la bonne nouvelle est que le Christ est notre réconciliateur ! Entre Dieu et nous il ne saurait plus y avoir de rupture ; Dieu est à jamais le Dieu qui veut être notre Dieu, présent, actif, aimant.

Ce baptême d’Esprit dont parle Jean, et que Jésus va aussi recevoir en même temps que son baptême d’eau, c’est vraiment l’Esprit de Dieu qui, lorsqu’on l’accepte comme Dieu personnel, vient faire sa demeure en nous ! C’est l’essence-même de Dieu qui colle à notre vie, qui s’imbibe alors, qui s’imprègne de cette présence.

Certains attendent alors de Dieu une vie sur un petit nuage, épargné de tous soucis, de tous problèmes, de toutes tentations, de tout mal…

Certains chrétiens confessants n’osent parfois pas dire aux autres qu’ils sont malades, ou qu’ils ont des problèmes parce qu’on leur reprochera d’avoir laissé entrer le diable dans leur vie…

Regardez Jésus ! A peine plongé du Saint-Esprit, et allez, au désert, et tenté avec ça !! Confronté à la réalité, la vraie.

Il en est de même pour nous ; nous vivons dans un combat permanent, et c’est ce combat-là que va vivre Jésus, et nous à sa suite !

Alors, ça veut dire quoi ?

Jésus dit bien que son royaume n’est pas de ce monde ; qui aujourd’hui dirait le contraire ? Notre monde est exactement ce désert où rôdent les bêtes sauvages : guerres, escroqueries, malversations, violences multiples, injustices…

Nous ne pouvons ni nier l’état de notre monde, tout comme l’état de notre monde ne doit pas nous faire nier Dieu !

Voilà alors exactement la situation dans laquelle nous sommes : nous qui avons été baptisés, nous qui, si nous avons accepté le Christ comme Seigneur et sauveur de nos vies et du monde, avons reçu ce grand plongeon dans l’Esprit, ce don de l’Esprit de Dieu en nous, sommes dans le désert.

Nous sommes au plein milieu de ces paradoxes de nos récits, ou bien et mal cohabitent.

Et nous avons à prendre exemple sur le Christ : à votre avis, s’est-il assis sur le sable en baissant les bras et en disant : » allez les bêbêtes, faites votre sale travail, moi je ne me sens pas de taille à lutter contre vous ? » ; S’est-il planqué en haut du seul arbre existant dans le désert en se disant : «  oh ! Moi, j’attends que ça passe ; je ne vais tout de même pas me mêler de tout ça ; je vais attendre pépère ? » ; S’est-il désespéré en disant à Dieu : «  ben tu vois, si tu avais la moindre puissance, je ne serais pas dans cette galère ; Tu es vraiment un Dieu absent toi !! »

Non ; la seule chose que nous savons, c’est qu’il y a eu victoire, puisqu’au verset 14, Marc rapporte que Jésus est allé proclamer la Bonne Nouvelle en Galilée.

Comment a-t-il fait pour s’en sortir pendant 40 jours et 40 nuits ; le récit ne le dit pas ; et tant mieux.

La seule chose que nous savons, c’est que les anges le servaient. C’est quoi cette affaire ? Les anges, dans la Bible, c’est cette présence de Dieu, active, rassurante, encourageante, exhortante…

Voilà, vous savez tout ; nous sommes dans le désert ; dans la réalité et non pas dans un monde virtuel ou encore dans le Royaume ! à vous d’en tirer des conséquences sur votre manière de gérer votre vie et de voir votre place et votre rôle dans ce monde.

Peut-être êtes-vous de ces personnes qui sont désespérées ou désabusées, et qui acceptent la tentation en baissant les bras devant les difficultés ou l’état du monde ; ces personnes n’ont qu’un discours pessimiste et décourageant, tout en se gardant bien d’essayer de changer quoi que ce soit…et qui disent aux bêbêtes, au mal : «  vas-y, mange-moi, mange ce monde ».

Peut-être êtes-vous de ces personnes qui ont succombé à la tentation égoïste et se sont planqué en haut d’un arbre, qui, en tous cas, ne se sentent strictement pas concernés par les problèmes de notre société, la souffrance et le monde, et ne s’occupent que de leur petit bien-être en attendant, de manière fataliste, la fin du monde…

Peut-être êtes-vous de ces personnes tombées dans la tentation qui consiste à estimer que vraiment, Dieu ne fait rien dans ce monde, qu’Il est au chômage, retiré dans ses appartements, et que « tout fout le camp » à cause de son désintérêt pour le monde. Et alors ce n’est quand même pas nos petites « mimines » qui vont changer quoi que ce soit !

Si vous faites partie de l’une de ces catégories, il est temps de vous réveiller : oui, dans notre monde, il y a beaucoup de bêtes sauvages ; dans le désert où nous sommes placés, le mal et la souffrance semblent gagner du terrain… Oui, dans nos vies, il y a de ces bêtes qui rôdent… mais les anges nous servent !!! la présence de Dieu nous est assurée !!

Alors oui, nous sommes appelés, nous qui avons été plongés dans le bain vivifiant de l’Esprit, nous sommes appelés avec cette présence inestimable et précieuse de Dieu, de ses anges, appelés à faire reculer le désert, appelés à faire reculer ces sales bêtes sauvages que sont la pauvreté, le mensonge, le non-accès à l’éducation, la violence, l’injustice sociale, économique, culturelle.

Et à nous de choisir : soit nous devenons des planqués fatalistes au discours morose, et là l’Esprit n’aura qu’une envie : aller faire sa demeure ailleurs, parce que l’Evangile ne nous aura en rien bouleversé et que notre vie sera devenue un vrai désert ; soit nous devenons des acteurs, de notre vie et de ce monde, en luttant contre tout ce qui asservit l’homme, en luttant pour un monde, une planète plus en harmonie et plus en paix, et là, avec l’aide de Dieu, nous chasserons ces bestioles qui pourrissent notre monde ; et là, nous ferons la volonté de Dieu.

Qui veut relever le défi ?


Amen !!


Nathalie Paquereau.