Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 12 février 2012

Trescléoux (05700)

Lectures du Jour :

Lévitique 13, 1-2 et 45-46

Marc 1, 40-45

1 Corinthiens 10,31-11,1




La purification du lépreux


Le récit de la guérison d’un lépreux que nous venons de lire est significatif à plus d'un titre. Et c'est vraisemblablement pour cela que Marc l'a placé avec d’autres de même importance au début du ministère de Jésus. Pour bien le comprendre, il faut se souvenir de ce texte du Lévitique que nous avons lu : la lèpre est pour le peuple d'Israël, un des tabous les plus violents, les plus forts, avec celui du sang. Elle est LA maladie, celle qui exclut définitivement. Les lépreux, c'est à dire toutes les personnes qui ont des maladies de peau, c'est comme cela qu'il faut entendre les choses, les lépreux sont chassés de la communauté humaine. À Jérusalem, ils sont chassés dans la géhenne, cette vallée qui sert aussi de dépotoir. Ils sont les rebuts absolus. Personne ne peut les approcher, personne ne peut les toucher. Ils sont chassés de la communauté humaine, ils ne sont même pas considérés comme des animaux. La mort par lapidation punit celui qui transgresse ce tabou.


Que se passe-t-il dans cette histoire ? Un homme atteint de cette maladie transgresse toutes les règles de la Loi pour s'approcher de Jésus. Jésus est son ultime recours, le dernier espoir qui le rattache à la vie. Dans un sursaut il franchit la distance de "sécurité rituelle" qui le sépare de Jésus. Ce faisant il est passible de mort par lapidation. Au regard de la Loi c'est un véritable suicide. Pourtant par cette transgression, il va regagner la vie... et sa réinsertion dans la communauté des hommes.

Cet homme s’est donc approché de Jésus, et comment celui-ci réagit-il ?

On ne sait pas très bien. Les copistes qui ont transcrit l'évangile de Marc ont hésité. Certains ont corrigé le texte et ça a donné lieu à plusieurs versions de ce passage de l'Évangile. Il y a la version dure,: " en colère, Jésus tendit la main ", ou la version plus conforme à l'image que l'on se fait de Jésus : " pris de pitié, Jésus étendit la main ". Mais il est vraisemblable que la version dure soit la plus juste. D'abord, parce que c'est la "leçon" la plus difficile à entendre. Et puis parce que c’est celle des manuscrits les plus anciens.

Il faut donc entendre que Jésus est pris de colère.


Pourquoi ? On peut trouver trois raisons vraisemblables.

On peut penser avec quelque raison que Jésus est surpris et choqué par le sans gêne de cet homme qui, s'approchant de lui, va lui transmettre par simple contact une impureté rituelle majeure. Jésus est juif et il doit considérer cette action, contraire à la Loi, comme une faute inacceptable, punie de mort. Et lui devra, pour se débarrasser de cette impureté, accomplir tout un rituel de purification durant lequel il n'y a plus de relation sociale possible.

Est-ce pour cela que Jésus se met en colère ?

On peut penser aussi, et cette deuxième solution nous donne une image de Jésus plus conforme à celle que nous présentent les évangiles, qu'il ne peut pas supporter la situation de ces hommes et de ces femmes qui sont totalement rejetés de la société. Exclus à cause de la maladie et de règles religieuses. Ces règles dont nous avons eu un aperçu dans la lecture du Lévitique. Ces règles qui ne sont pas la Loi donnée à Moïse, qui se résumait aux dix commandements. Ces règles qui ont été imaginées et instituées par les prêtres pour asseoir leur autorité et qui limitent les possibilités de vivre. Elles vont ainsi à l’encontre de la volonté de Dieu qui a créé l’homme pour qu’il vive. On peut comprendre que Jésus se mette en colère au vu de ce résultat.

Il peut y avoir une troisième raison de la colère.


Cet homme vient s'approcher de Jésus et lui demande de faire acte de guérisseur, de magicien. Il lui demande d'effacer sa maladie par une simple parole, par un geste. Et Jésus sait qu'il ne doit pas agir ainsi. Il ne veut pas que l'on se trompe sur la nature de son ministère. Il sait qu'il ne peut pas effacer toutes les maladies du monde, d'une simple parole. On ne doit pas réduire Dieu au simple rôle de guérisseur magique de toutes les imperfections de la nature. Si Dieu était tel, la création n'aurait jamais cessé d'être le paradis des origines, et il n'y aurait pas de lépreux.

Jésus sait très bien qu’il peut guérir cet homme, mais aussi qu’il ne guérira pas tous les hommes en même temps. La lèpre ne va pas s'arrêter là. On a l'impression que Jésus ici est pris dans une sorte de piège. Un piège qu'il refuse. Et pourtant... Pourtant Jésus va exaucer cet homme, il dépasse même sa demande puisqu'il étend la main et le touche. Et il lui dit : " Je le veux, sois purifié ". Par ce geste il devient lui même impur.

En fait, au-delà même de la maladie c'est le rétablissement de cet homme dans sa nature humaine, qui est important. Ce que Jésus souhaite, c'est qu'il soit réintégré dans la communauté des hommes. On pourrait comprendre la parole de Jésus ainsi : " Je le veux, sois regardé comme pur ", regardé comme pur par tous les hommes.


Cela donne je crois, le bon éclairage pour la lecture de ce texte. La colère de Jésus, il faut la comprendre d'abord comme une colère contre l'exclusion, une colère contre cette faculté des hommes à mettre à l’écart tous ceux qui déplaisent, tous ceux qui ne sont pas pareils, tous ceux qui dérangent.

Dans cette perspective La lèpre alors peut avoir de multiples formes.

Elle a pris la forme du racisme. Elle a pris la forme du sexisme.

Elle a pris la forme de toutes ces théories qui veulent classifier le monde afin d'exclure les uns au profit des autres.

Il n'y a pas de malédiction divine derrière la maladie. Nous le savons maintenant, la lèpre est l'une des maladies qui se guérit le mieux, si on la soigne suffisamment tôt. Elle a été même pratiquement éradiquée, en tout cas dans nos pays occidentaux. Ça n'est plus une maladie aussi terrible. Et pourtant, dans l'imaginaire, la lèpre est toujours une maladie qui exclut absolument, comme beaucoup d'autres choses dans notre monde.

Jésus guérit cet homme, il enlève de cet homme tous les signes extérieurs de son exclusion. Et, en juif respectueux de la Loi, il demande à cet homme d'aller voir les prêtres pour qu'il accomplisse ce que la Loi a prescrit. Et soit ainsi réintégré, officiellement, dans la communauté humaine.

Jusque là tout est normal, cet homme a transgressé la Loi puisqu'il s'est approché de Jésus. Mais Jésus, lui aussi, a transgressé la Loi puisqu'il a touché cet homme. Normalement, s'il voulait accomplir et faire accomplir la Loi dans toute sa rigueur, Jésus devrait aussi aller chez les prêtres pour faire constater son absence de maladie et sa pureté. Il ne le fait pas. Il envoie cet homme vers les prêtres en disant : ils auront là un témoignage, ils auront là une preuve, ils auront là une pièce à conviction.


Et ce faisant, Jésus se met hors la Loi, ou au dessus de la Loi. Il montre qu’il n’est pas un simple guérisseur, agissant dans le cadre religieux officiel. Son geste et cette guérison sont le signe que quelque chose a complètement changé et il veut que l’homme en témoigne. Jésus annonce une Bonne Nouvelle : Il n’y a plus d’exclusion, pas de nouvelle loi, pas d’application stricte de la loi de Moïse. Il annonce l'amour de Dieu pour tous les hommes. Et surtout son refus de toute exclusion.


Cette Bonne Nouvelle nous est adressée à nous aussi, aujourd'hui. Sommes-nous capables de l’entendre. Nous occupons parfois la place du lépreux qui s'approche de Dieu avec ce sentiment d'exclusion, avec ce sentiment de ne pas faire partie du monde, d'être rejetés par la communauté des hommes qui supportent de plus en plus mal la présence des croyants en leurs milieux. Nous pouvons aussi nous trouver du côté des prêtres, ceux qui veulent alourdir la Loi, ceux qui prônent la pureté pour tous et qui de ce fait, excluent. Dans les deux cas nous renforçons alors les séparations, les tabous qui excluent, au mépris de la volonté de Dieu.

Nous sommes invités à ouvrir les yeux pour découvrir que l'exclusion, quelle qu'elle soit, est une malédiction que Dieu refuse, une malédiction créée par les hommes.


L'homme ne va pas chez les prêtres. Mais libéré de sa maladie, libéré de son exclusion, il ne pense qu'à une chose. C'est retrouver la communauté des hommes, retrouver celles et ceux dont il a été séparé si longtemps, pour proclamer la Bonne Nouvelle qui s'est appliquée à lui (peut-être même malgré lui). Et il le fait sans doute avec insistance puisque d'après le texte Jésus ne pouvait plus entrer dans une ville sans être assailli de toutes parts.

Oui. L'Évangile est une Bonne Nouvelle qui pousse celles et ceux qui sont exclus, à rejoindre le monde en dépassant les causes même de leur exclusion. Les différences, la maladie, les convictions... ne sont plus des frontières infranchissables et exclusives, mais des lieux de rencontre et de partage de l'amour de Dieu


Amen !


Jean Jacques Veillet