Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

Cliquez ici pour modifier le sous-titre

DIMANCHE 8 Février 2015

Culte à Trescléoux (05700)

Textes bibliques:

Marc 1 29-39

Job 7,1-7,

1 Corinthiens 9,16-23





« Le quotidien de Jésus »


Le texte d'aujourd’hui est la suite et la fin de la première journée de Jésus à Capharnaüm, le premier jour de sabbat du ministère de Jésus. Il complète le texte de dimanche dernier qui nous parlait de l’enseignement de Jésus dans la synagogue, de l’autorité qu’il avait montrée, dans son enseignement et dans sa lutte contre les démons impurs, ces démons qui s'opposent à la Parole de Dieu. Certains des événements de cette journée se déroulent entre les deux soirs, c'est-à-dire pendant la durée du sabbat, d’autres non, et cela a son importance pour la compréhension de ce récit.


Notre texte commence, au moment où le service à la synagogue est terminé :« Juste en sortant de la synagogue, Jésus alla dans la maison de Simon… »

Cette maison est importante dans l'histoire du christianisme, on peut l'identifier comme la première "chapelle" de la communauté chrétienne. Lorsque, au début du siècle dernier, l'on a fait des recherches archéologiques à Capharnaüm, et qu'on a redécouvert cette ville qui avait disparu, on a mis à jour une église du premier siècle de notre ère. Elle était construite au-dessus d'une maison particulière dans laquelle des graffitis, gravés sur les murs de la pièce principale, témoignent qu'une communauté chrétienne se réunissait là pour le culte dès les origines du christianisme.

Donc, en ce jour de sabbat, à la sortie de la synagogue, la première communauté chrétienne, la première Eglise se réunit dans la maison de Simon. Jésus et ses disciples, Simon, Jacques, Jean et André, sont là. Et voilà qu'un membre éminent de cette première communauté, « la belle-mère de Simon, est couchée, elle a de la fièvre. »


Nous sommes dans la continuité du texte précédent avec l'épisode de l'homme possédé. La maladie à l'époque de Jésus, est toujours ce qui bouscule, ce qui rompt l'ordre voulu par Dieu. Et donc la maladie ne peut être due qu'à un esprit malin, un démon.

« Aussitôt l’on parle d’elle à Jésus Il s'approche et la fait lever en lui prenant la main : la fièvre (le démon) la quitte et elle se met à les servir ». On peut sourire puisqu'il s'agit d'une femme et que l'on pourrait penser que cette femme est cantonnée dans le service de la table. Vraisemblablement dans cette histoire, elle représente toute la communauté chrétienne, la communauté qui a besoin de la présence de son Seigneur, besoin de la sympathie et de l'accompagnement, besoin d'être guérie afin que le service puisse être accompli. Et Jésus a agi, pendant le sabbat, bien que la loi l’interdise.

Et « le soir venu, après le coucher du soleil », c’est à dire dès la fin du sabbat, « on se mit à lui amener les malades et les démoniaques. La ville entière était rassemblée à sa porte » . Et c'est bien devant la porte de la maison, en quelque sorte la porte de l'Église, en public et non à l’intérieur, que Jésus soigne et guérit. Marc nous dit : « Jésus guérit de nombreux malades souffrant de maux de toutes sortes et il chassa de nombreux démons » On peut être choqué par la manière dont Marc présente Jésus comme une sorte de guérisseur miraculeux. Telle était la manière habituelle de saluer l’intervention de Dieu qu’utilisaient de nombreux prophètes et Marc reprend ici leur langage. Il n’y a pourtant rien de magique chez Jésus. Il rend à la vie et à leurs activités ceux qui étaient laissés pour compte, résignés, les SDF de l’époque. Il leur fait revoir la lumière de Dieu qui leur rend vie et liberté.

« Au matin, à la nuit noire, Jésus se leva, sortit et s’en alla… ».Il se retire en secret, il se retire pour lui, il va dans un lieu désert, pour prier loin de tous les regards. Et lorsque les disciples viennent le retrouver, il ne leur dit même pas pourquoi il est parti, il ne leur demande pas de prier avec lui. Sa prière personnelle est quelque chose qui doit rester dans la confidentialité de sa relation à Dieu.

" Tout le monde te cherche " lui disent les disciples .mais Jésus n’en tient pas compte, il a fait l’essentiel à Capharnaüm, il ne veut pas s’attarder et leur répond " Allons ailleurs, dans les bourgs voisins, pour que j’y proclame aussi l’Evangile ! " Et il reprend la route pour aller proclamer l'Évangile dans toute la contrée.


Proclamer l’Evangile, c’est la mission que Jésus vient de recevoir lors de son baptême. Il est venu en Galilée pour cela. C’est un commencement pour lui et Marc nous montre comment il s’y prend, quel est en quelque sorte son programme journalier. D’abord la synagogue, le lieu où le peuple d’Israël se réunit pour étudier la parole de Dieu et prier ; y enseigner, annoncer la venue du Royaume de Dieu, faire taire les contradicteurs. Puis retrouver la communauté des fidèles, les conforter dans leur foi, les aider à reprendre des forces, à guérir, à avoir confiance. Et comme la nouvelle de sa présence s’est répandue, que son autorité est reconnue et que tout le peuple attend de lui des guérisons de toute sorte, accueillir et écouter tous ceux qui accourent, quels qu’ils soient, et leur annoncer la bonne nouvelle.

Enfin, il lui faut retrouver Dieu, le prier, et ainsi reprendre des forces et du courage pour lutter contre les tentations et continuer sa mission le jour suivant, à la rencontre d’une autre cité, d’un autre peuple.

L’exemple de Jésus nous montre que la proclamation de l’Evangile doit se faire partout, qu’elle ne peut pas être enfermée entre des murs, qu’elle ne doit dépendre ni du lieu, ni du jour, ni de l’heure. Proclamer l'Évangile c'est annoncer l'amour de Dieu, annoncer l'approche du royaume à ceux qui l'attendent et qui n'en sont pas conscients, à tous ceux qui sont éparpillés dans le monde.


Nous sommes nous aussi confrontés à cette alternance entre la vie communautaire resserrée et la vie qui se passe sur le seuil de l’Eglise, tournée vers l'extérieur. Il nous faut proclamer l'Évangile partout, il nous faut le faire entendre aux gens qui n'ont pas l'habitude de l'entendre, qui ne l'attendent plus ; il nous faut avoir ce courage-là et proclamer au monde que le temps de Dieu est arrivé, qu'il lui faut se convertir, se tourner vers la vie et croire à la Bonne Nouvelle. Et comme du temps de Jésus, cette proclamation doit se nourrir de l'étude de la Parole. C'est ce que nous faisons ensemble lorsque nous lisons et interrogeons l'Évangile. Et il ne faut pas avoir peur d'être bousculés, il ne faut pas avoir peur que les esprits de contestation qui habitent chacun d'entre nous et qui nous poussent à contester la Parole, soient chassés par l'autorité de notre seul Seigneur.

Et puis il y a la vie de la communauté. Plus intime. Tous ceux qui sont là dans la maison de Simon Pierre étaient présents aussi à la synagogue. Ils forment seulement une communauté resserrée autour de leur Seigneur. Ils sont le petit noyau de cette communauté qui se rassemble. Et Jésus a une attention tout à fait particulière pour eux. Comme pour nous aussi. Jésus est présent au milieu de nous et il nous soutient. Est-ce que nous sommes capables, comme les disciples et comme ce petit noyau de personnes, de lui présenter nos fièvres, nos maladies ? Est-ce que nous sommes capables nous aussi de nous en remettre à son seul amour pour être guéris, relevés et participer au service de l'Église ?

Comme Jésus, il nous faut nous isoler, dans un lieu tranquille, pour nous tourner vers Dieu par la prière et la méditation personnelle. C’est grâce à ce moment essentiel de relation personnelle à Dieu que Jésus peut repartir vers le monde pour proclamer l’Evangile. Pour nous aussi, ce moment de réflexion solitaire est un moment indispensable pour nourrir notre action, pour résister à la tentation de tout abandonner, pour reprendre force et courage.


Cette journée de Jésus que nous décrit Marc pourrait correspondre à ce que devrait être la vie de la communauté chrétienne : proclamation de la Bonne Nouvelle à l'extérieur, étude de la Parole dans les lieux où cela doit se faire, vie communautaire resserrée dans l'intimité du Seigneur, vie de prière personnelle et de relation personnelle avec Dieu afin de reprendre des forces et de recommencer à sortir pour aller proclamer la Parole de Dieu au monde.


Amen !


Jean Jacques Veillet