Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 29 JANVIER 2012

Culte à Trescléoux (05)

Lectures du Jour :

Deut 18, 15-20

1 Cor 7, 32-35 (voir également sous cette référence, méditation du 28 Janvier 2018)

MARC 1, 21-28





Me libérer de mes démons


Introduction

Après le récit du baptême de Jésus et de cette annonce divine « Celui-ci est mon fils bien-aimé… », Marc raconte ici le premier miracle de Jésus. Ce premier miracle est un premier signe, montrant que le Règne de Dieu s'est vraiment approché.

Mais que signifie pour nous aujourd'hui un tel récit ? Nous ne vivons plus depuis longtemps dans cette hantise des démons comme au temps de Jésus et nous pourrions considérer, à tort, que ce texte n’a plus rien à nous dire ?


La synagogue

Ce premier miracle a lieu dans la synagogue, un jour de sabbat, lieu ô combien symbolique, jour ô combien symbolique !

La synagogue, c’est le lieu où règne la pureté, le respect des lois et traditions juives, lieu où règnent en maîtres les scribes vénérés par le peuple, ils sont les détenteurs du savoir théologique, et les seuls interprètes autorisés de la Loi. Théologiens et juristes, ils règlent la vie de leurs concitoyens, puisque la Loi régit tous les aspects de l'existence du juif pieux (religieux, conjugaux, économiques).

Marc annonce d'entrée la couleur : les scribes, ces ministres autorisés, ces hommes du religieux, ces spécialistes du pur et de l'impur, de ce qui rapproche ou éloigne du Dieu vivant, sont, de fait, incapables de libérer un homme de ce qui l'aliène. Il y a plus : les esprits impurs ont même (justement !) investi les murs de la synagogue, lieu par excellence de la pureté.

C’est alors que Jésus, enseignant déjà dans la synagogue avec autorité « et non pas comme les scribes », intervient, un jour de sabbat, scellant ainsi son destin, car dès le chap. 3, v.6, « les pharisiens étant sortis, tinrent aussitôt conseil avec les Hérodiens contre lui, pour le faire périr ».


Le démon, l’Esprit impur

Mais dans ce récit de Marc, ce ne sont pas les scribes, que Jésus affronte, mais bien un esprit impur, afin d'en libérer un homme. C’est le thème théologique dominant de notre texte : la libération, auquel s’adapte très bien ce récit d'exorcisme.

Et après avoir mis en évidence l'impuissance des scribes à libérer l'Homme, et non plus seulement un homme, Marc développe l'affirmation de la force désaliénante, ou libératrice, de la Parole.

Marc montre aussi cette alternance, cette tension, dans la même personne entre la reconnaissance et le refus de Dieu, présents dans le même homme. Et ce thème là nous concerne tous.

C’est ainsi que nous entendons la même bouche dire presque en même temps : « Qu’as-tu à faire avec nous, de quoi t’occupes-tu, Es-tu venu pour nous perdre, Jésus de Nazareth ? » et puis aussitôt « Je sais qui tu es, le Saint de Dieu ».

Preuve de la cœxistence permanente en chacun, de ce bien et ce mal cet esprit impur qui cohabite avec le Saint Esprit, c’est cet emploi du « nous ». C’est ce que nous devons humblement reconnaître pour nous engager dans la thérapie que Jésus nous propose.


La force libératrice de la Parole

Oui, Jésus peut nous guérir, non pas par des sermons, par des rappels à la tradition ou à la Loi, mais par la seule force de sa Parole, et cette Parole est en même temps Action, elle est à l’œuvre, elle est agissante.

Jésus parle avec l’autorité de celui qui dit, quelques versets plus hauts « Le temps est accompli… ». Dans la synagogue où les mots n'ont plus de vie, voici que surgit une Parole qui désenclave, désaliène et purifie; qui dit la proximité du Royaume et qui redonne la vie. Une Parole neuve. Une Parole qui va disputer aux scribes leur puissance, ou plutôt leur pouvoir : Au pouvoir sans effet des hommes du religieux se substitue l'autorité libératrice et contestatrice du Fils, selon la volonté de Dieu, dit Marc (1, 11). L’espérance renaît : Il est possible de se remettre à vivre, de quitter ses aliénations, de faire de la synagogue un lieu neuf.

Aucun geste particulier, pas de mise en scène, la Parole seule.

Accepter cette puissance de la Parole, recevoir pour nous cette injonction de Jésus : «  Tais-toi et sors », c’est nous permettre d’évacuer cette part d’ombre qui habite en nous, nous permettre d’abandonner ce « nous » pour retrouver notre « je ».

Jésus nous dis, « Deviens qui tu es », « redeviens qui tu es vraiment », sois chaque matin un homme nouveau, une femme nouvelle, abandonne, renonce à ce qui fait de toi un autre.


Un message, un enseignement nouveau

Et si les témoins de cette scène s’exclament, étonnés, « C’est un enseignement tout nouveau !! », ils ne se trompent pas car Jésus inaugure une toute nouvelle théologie, manifestant la primauté de la puissance de la Parole. C’est la Parole qui est la manifestation de la puissance divine, qui s’est approchée de nous par Jésus Christ, qui s’est rendue accessible à notre condition humaine imparfaite par le sacrifice de la Croix. La Parole et la Croix, les 2 points de passage obligés pour accéder à la dimension divine, à la Vie Eternelle. Et, il faut s’en souvenir, le premier miracle de Jésus est une libération.

L’enseignement de Jésus n'est pas tant «une parole sur Dieu» que «La Parole de Dieu», l’irruption du Royaume, du divin, au milieu des humains. Il s’agit bien d’une Parole neuve et renouvelante, qui accorde à l'homme une délivrance, et un nouveau regard sur lui-même, qui lui permet d'être dépossédé de ce qui l'aliène. Tout le contraire de la tradition Juive.

Voilà un enseignement auquel les pères fondateurs de la Réforme ont voulu ramener l’Eglise. Voilà ce que nous rappelle l’apôtre Paul dans ses épîtres.

Je parlais à l’instant de la tradition juive, mais nos églises, que pourrions-nous en dire ? Il paraît qu’elles se vident; que nos catéchismes sont désuets, que nos psaumes ne sont plus dans le coup. Bref, semblables aux scribes de l'an trente, les porteurs de la Parole d'aujourd'hui ne font plus recette. Que faire donc, pour redevenir des transmetteurs de la «Bonne Nouvelle» au monde ? Eh bien, recevons mieux ce que nous dit Marc ce matin, à savoir que pour retrouver vie, pour être libérées de tout ce qui leur pèse et les aliène, nos organisations et institutions ecclésiales devront bien, elles aussi, et nous avec elles, consentir à la remise en question, à la dépossession, à l'abandon de certaines certitudes. Cela ne peut se faire sans souffrance, sans déchirements, mais nous savons aussi que le Salut et la Vie passent par ces renoncements.


L’exorcisme

Pour Marc, exorciser, c'est rendre un homme à lui-même. Lui permettre de dire à nouveau et authentiquement «je» (et non plus «nous»), c'est, d'abord, le réconcilier avec Jésus.

Mais entre ce texte de Marc et nous, il y a eu la résurrection, le retour en Gloire de Jésus, le Christ. Cette résurrection qui manifeste la puissance de Dieu.

Jésus nous a laissé l’Esprit Saint pour permettre aux hommes d'entrer en relation avec la Parole et son enseignement.

C'est cette Parole seule qui a la puissance et l’autorité pour libérer l'homme de ses démons, de ce qui le possède, de son aliénation.

Chacun d’entre nous, par ses actes et ses paroles, est en quelque sorte un chemin d’accès pour les autres vers cette Parole de liberté et de Vie. Nous devons être conscients de la puissance de cette Parole pour la laisser nous travailler, nous traverser, nous imprégner, pour que nous restions authentiquement et réellement une femme ou un homme libre, vivant, pour, comme disait Saint Augustin, que le jour de ma mort je sois encore vivant !


Qui est possédé aujourd’hui ?

Il est évident qu'il nous faut actualiser tout cela, sans évacuer le message, sans oublier l'évangile du règne de Dieu qui est venu nous délivrer des forces du Mal.

Mais quels noms donnerai-je aujourd'hui aux puissances du Mal dans ma vie, aux démons dont je voudrais être délivré, exorcisé ? Aujourd'hui comme au temps de Jésus, Satan existe, la culpabilité existe, le désespoir existe. Les démons causent encore bien des ravages dans nos vies. Chacun de nous le sait par son expérience personnelle. Il y a le démon de la tristesse. Il y a le démon de l'avarice, Et la haine. Et la jalousie, l'incapacité de pardonner, le manque d'espérance pour soi-même et pour les autres. Alors, mon démon à moi, comment vais-je le nommer ?

Non ce texte ne traite pas d’évènements anachroniques, aujourd’hui,, donc de peu d’intérêt. Les mots ont changé, il n’y a plus de possédés, mais des aliénés, et deux mille ans après Jésus, l'homme a toujours autant de peine à trouver la vraie liberté, à se dégager de tout ce qui le brime et l'enferme, à dire authentiquement «je». Quant aux convulsions et aux cris, qui peut dire que l’Humanité en est aujourd’hui affranchie ?

Dans la mesure même où il parle d'aliénation et de libération, ce témoignage de Marc est étonnamment actuel :

Qu'est-ce qui, aujourd'hui, «possède» et empêche de vivre la femme ou l'homme que je suis ? Il existe, rapporte Marc, une Parole libératrice...

Bien sûr, il est toujours possible de penser que les possédés, «c'est les autres». Mais on peut aussi se demander si ne se profile pas, derrière le possédé de Capernaüm, chacun de nous dans des moments de sa vie où il n'était pas vraiment lui-même.

Car nous sommes tous perpétuellement menacés d'être aliénés par des puissances qui nous échappent, mais que nous choisissons aussi, que nous acceptons. Le Pouvoir et l'Argent, bien sûr, mais aussi une certaine image de la réussite, certaines conceptions de Dieu, du rôle de l’Eglise, la nature des relations que nous entretenons avec les autres. Toutes choses qui peuvent nous peser et nous rendre esclaves, mais auxquelles nous hésitons à renoncer.

«Qu'y a-t-il entre nous et toi, Jésus de Nazareth ?». A la fois je suis mal, aliéné, et à la fois j'ai tellement peur de me déposséder de ce mal, d'y renoncer, j’ai tellement peur d'en être libéré... Parce qu'aucune libération n'est possible sans qu'éclate un cadre ou sans que se brise un équilibre : Devenir libre, quelles incertitudes cela comporte !


Conclusion

« Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? »

De quoi Jésus voulait-il libérer cet homme dans la synagogue, et peut-être chacun de nous dans nos temples et nos églises ? De la désespérance, sans doute. De notre faux savoir sur Dieu, aussi.

Jésus veut nous délivrer de ce Menteur en nous, alors Jésus me dit : toi, tu es toi, et ce que je vais détruire, ce n'est pas toi mais le mal qui est en toi, pour que tu n'acceptes plus de te laisser confondre avec ce compagnon de désespérance.

Aujourd'hui Jésus me parle pour m'exorciser, me guérir. J'entends sa voix dire à l'Adversaire qui s'est tapi en moi : « Tais-toi et sors de cet homme ! »


Amen !


François PUJOL