Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 1° Février 2009

Culte à l’Eglise Réformée de Gap-05

Lectures du Jour :

Deutéronome 18, 15-20 
1 Corinthiens 7,32-35 (voir également sous cette référence, méditation du 28 Janvier 2018)
Marc 1,21-28



Le Saint de Dieu


Dans l’Evangile de Saint Marc, le premier qui reconnaît ouvertement que Jésus est bien le Messie, c’est un homme qui est possédé par un démon. Et plus précisément, c’est le démon lui-même, habitant cet homme, qui reconnaît le Fils de Dieu.

« Silence ! Lui répond d’ailleurs Jésus, sors de cet homme ! ». Et les récits de ce genre ne manquent pas dans les Evangiles.

Jésus livre fréquemment un combat frontal avec les démons. Il les interpelle directement. Il leur demande parfois leur nom : « comment t’appelles-tu, demande-t-il par exemple au démon du possédé de la Décapole ? » -je m’appelle « Légion » lui répond le démon.

Voilà donc bien une clé de lecture intéressante pour nous : le mal, quel que soit son nom, est confronté au Saint, comme lui-même appelle Jésus.

Sous l’Ancienne alliance, lorsqu’on parlait de la sainteté de Dieu, on exprimait trois choses à la fois, trois composantes inséparables :

la sainteté – majesté, c’est-à-dire la distance du créé au Créateur, la sainteté du Tout Autre, chantée en Esaïe, chap.6, par les Séraphins :« Saint, saint, saint le Seigneur Dieu de l’univers ; le ciel et la terre sont remplis de sa gloire. »

la sainteté comme emprise sacrée de Dieu sur les choses, les lieux et les hommes, c’est-à-dire la sainteté qui consacre, qui met à part, qui réserve à Dieu ; et ainsi l’on parlait du Temple saint, parce que le Dieu saint y habitait, de la Loi sainte, parce que s’y exprimait la volonté de Dieu ;

mais la sainteté de Dieu offrait une troisième composante : elle était ressentie comme une plénitude de vie offerte aux hommes, tournée vers l’homme, et s’ouvrant à la communion avec l’homme, bref : la sainteté du Dieu Tout Proche.

Cette richesse de l’idée de sainteté, quand il s’agit de la sainteté de Dieu, donne tout son poids à la scène que les Évangélistes situent à Capharnaüm, au début de la prédication de Jésus.


Dans la synagogue, tout le monde est suspendu aux paroles de Jésus, quand, dans la foule, un énergumène met à vociférer : « Jésus de Nazareth, es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : le Saint de Dieu ! »

Derrière ce cri, il faut voir beaucoup plus que la lucidité d’un malade mental, impressionné par la personne de Jésus. Car l’homme dit « nous » :« Que »nous« veux-tu ? Qu’avons- »nous à faire avec toi ? », et ce « nous » renvoie, non pas aux braves gens qui écoutent Jésus, mais à toutes les forces du refus que l’Ennemi voudrait mobiliser.


La présence et la parole de Jésus sont tellement impressionnantes que les forces du mal elles -mêmes sont contraintes de crier la vérité : « Tu es le Saint de Dieu », et tu es saint d’une sainteté qui vient de Dieu et qui révèle Dieu.

Ce qui transparaît ainsi à travers Jésus, c’est bien, en effet :

Une sainteté – majesté, cette autorité de Jésus qui frappe les auditeurs, et qui vient de l’intérieur de lui-même,

Une emprise sacrée sur le cœur des hommes, tellement forte et immédiate qu’elle chasse l’esprit mauvais,

Une plénitude de vie qui émane de Jésus et qui s’offre aux hommes, comme une amitié toute gratuite, et une réconciliation avec Dieu, de cette réconciliation qui fait si peur aux possédés et qu’ils refusent frénétiquement :« Es-tu venu pour nous perdre ? » . Normal, quand on sait que le mot « diable » signifie « séparer les chemins »….


Nous ne sommes pas des possédés, et aucun d’entre vous ce matin ne s’est mis à crier. Et pourtant, ne sommes-nous pas visités, à certaines heures, par l’esprit du refus ? Refus de dieu dans notre vie ; refus de lui faire confiance ou de lui laisser dire un peu son mot ?

N’avons-nous pas envie de tout envoyer balader, Dieu, Jésus, l’église, par un rattrapage intempestif de notre quotidien fatigant ? Ou parfois par une certaine peur de la lumière ? Nous sentons bien, parfois, que l’Évangile de Jésus voudrait bousculer nos réflexes de fermeture, d’autosuffisance, que la parole vivante et puissante de Jésus voudrait pénétrer, comme le glaive de l’Esprit, à la jointure de notre cœur, là où se décident l’accueil ou l’imperméabilité, le dialogue ou le mutisme, la docilité ou le raidissement, la transparence ou la dissimulation, le découragement ou l’espérance. Nous percevons clairement que l’amour de Dieu voudrait chasser de nous toute crainte, mais nous nous défendons, pour sauver quoi ? – une misère, une misère d’autonomie devant Dieu et devant nos frères ou nos sœurs.

Le Christ s’offre à notre amitié et nous apporte la réconciliation; le Saint de Dieu est tout près de nous, à vouloir pour chacun de nous le meilleur ; parfois, nous avons envie de lui dire : « Es-tu venu pour me perdre ? ».


Que ce texte soit pour nous signe de la rencontre du Fils de Dieu qui rend libre, et accueil de sa nouveauté, toujours imprévisible.

Que l’Esprit nous donne force et lumière pour redire au Christ vainqueur :« Je sais qui tu es, le Saint de Dieu, et que tu viens pour me sauver, pour nous sauver. Que me veux-tu, Jésus de Nazareth ?

Seigneur, que veux-tu de moi ? »


Amen !


Nathalie PAQUEREAU