Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 7 Décembre 2014

Culte à Trescléoux-05700

Textes bibliques:

Marc 1, 1-8

Esaïe 40,1-5 & 9-11

2 Pierre 3,8-14



« Et tout a commencé, de nouveau »


« Commencement de l’Evangile », c’est le début de notre texte.

C’est le commencement d’une histoire, d’une histoire qui nous apporte une bonne nouvelle. Une bonne nouvelle qui est l’existence et la venue de Jésus-Christ Fils de Dieu.

Mais immédiatement, nous nous rendons compte que ce commencement n’en est pas un : nous réalisons qu’il existe quelque chose « avant ». Ce commencement de l’Evangile de Marc est en effet précédé par une parole prophétique que cite d’ailleurs tout de suite Marc, celle d’Esaïe qui annonçait jadis un autre commencement, la libération de l’exil et la fin de la captivité à Babylone : « Préparez les chemins du Seigneur, et rendez droits ses sentiers ! » criait-il, afin que le peuple entende l’annonce et se mette en marche sur une belle route pour retourner vers la terre d’Israël. Et c’est alors qu’il quittera les lieux de la détresse et de la désolation pour atteindre la Judée, et habiter enfin à nouveau Jérusalem retrouvé.

Mais avant ce cri d’Esaïe il y a eu un autre commencement, une autre libération, une autre marche antérieure à la fin de l’exil à Babylone ; c’est la marche de l’exode, la première grande mise en route de tout un peuple en vue de sa liberté, avec Moïse à sa tête.

Et il y a eu encore avant d’autres départs, d’autres commencements dans la longue histoire du peuple de Dieu : la marche d’Abraham vers l’Egypte, l’alliance conclue avec Noé, sans remonter à la création du monde.

La bonne nouvelle est donc que Dieu, inlassablement, de génération en génération, vient commencer avec nous une nouvelle histoire toujours singulière. De commencement en commencement, il nous fait signe, de sorte que personne ne soit oublié. Et tous les évangélistes, chacun à leur manière, nous invitent à entrer dans une histoire qui n’a pas commencé avec eux, qui ne commence pas avec nous, mais qui est celle de tous nos prédécesseurs.

L’Evangile est en premier lieu la bonne nouvelle d’une histoire déjà ancienne, la nouvelle d’un commencement qui en a concerné tant d’autres, avant nous: Abraham, Moïse, David, Salomon, et tous les témoins d’Israël.

C’est un commencement pour nous qui sommes invités à entrer dans cette longue histoire, mais aussi appelés à en garder, précisément, la mémoire. Un appel à garder la mémoire de tous ces commencements successifs. Souvenons-nous qu’avant Christ, Esaïe a parlé et avant lui Moïse et encore Abraham. Et souvenons-nous que Dieu commence avec nous ce qu’il a commencé avec eux, il y a si longtemps, et qu’il n’a pas encore achevé.

Aujourd’hui donc, tout commence pour nous, mais placés devant une telle invitation divine, certains s’effraient et se sentent très peu dignes d’être appelés…D’autres se replient, et, pour mieux se préparer, vont faire retraite dans la prière et le jeûne. Jean Baptiste est de ceux-là : retiré au désert, par humilité, il recommande à ceux qui l’écoutent l’attente, l’espérance, et la repentance. Le désert devient, alors, le lieu privilégié de la rencontre avec Dieu, en dehors de toute agitation vaine et loin de tout faux-semblant.

Et il est suivi par les foules : tous les habitants de Judée et de Jérusalem vont vers lui, car avant un commencement spirituel de cette importance, avant une rencontre tellement attendue, il faut se préparer, se repentir de ses péchés.

Le bain dans les eaux du Jourdain que propose le Baptiste n’est pas un rituel de purification comme le pratiquaient les esséniens. C’est véritablement une démarche d’ordre spirituel qui prépare une nouvelle vie, car ce bain signifie simplement la véritable et sincère attente du pardon de Dieu.

« Changez de comportement » proclame le Baptiste, « et Dieu pardonnera vos péchés ». « Convertissez-vous, et vous pourrez alors marcher dans la paix de Dieu, dans le commencement d’une vie nouvelle à laquelle Dieu vous convie… » Jean Baptiste se prépare en effet, et prépare les foules. Il est le « précurseur ». Il vient après Esaïe mais juste avant le Christ. Il est prophète, il parle devant les foules juste avant que se produise l’événement : La venue du Christ qu’il annonce et qui va venir rencontrer ses frères et l’humanité toute entière.

Et il dit du Christ qu’il est plus puissant que lui.

De quelle puissance parle-t-il alors, quand on connaît l’histoire de Jésus et sa fin pitoyable ? De quelle puissance s’agit-il quand on connaît les puissants qui l’entouraient et menaçaient sa vie ?

Est-ce une puissance prophétique ? Mais Esaïe et tant d’autres prophètes avant lui ont réalisé eux-mêmes des choses extraordinaires, en prédictions, en actes et en gestes étonnants.

Est-ce une puissance politique ? Mais Rome n’est pas tombée, devant Jésus, ni les puissances de l’empire romain.

Est-ce une puissance magique ? Mais ses miracles sont faits presqu’à regret, partie par amour pour les intéressés, partie en dernier recours pour montrer aux spectateurs le pouvoir de Dieu et convaincre de son existence. Mais en aucun cas ce ne fut un moyen d’action systématique.

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Alors ? Alors il est plus puissant, parce que, nous dit Jean le baptiste, « je vous ai baptisés d’eau mais lui vous baptisera d’Esprit saint ».

Dans les deux cas, il s’agit d’une purification : l’eau lave ; l’eau nettoie, elle rend propre ; Elle a une action matérielle sur le corps et tout au plus une signification symbolique sur l’esprit. L’Esprit saint par contre agit sur l’esprit, c’est l’esprit qu’il nettoie, qu’il régénère qu’il transforme. C’est l’action de l’Esprit saint, sa présence en nous qui nous purifie, nous fait prendre conscience de la présence de Dieu, nous aide à nous comporter suivant sa volonté. Et c’est là seulement que nous comprenons que le commencement qu’annonce Marc est fondamentalement différent des précédents, de l’exode ou du retour d’exil car il annonce le don de l’Esprit Saint qui nous est fait dès maintenant, c’est-à-dire à quelque chose de nouveau, d’inouï, d’imprévisible. Comme si ce commencement nous faisait devenir contemporains du Christ au moment même où nous entendons et où nous recevons l’Evangile.

« Commencement de l’Evangile de Jésus-Christ », écrit l’auteur du texte, et nous commençons à vivre avec le Christ par le fait de l’Esprit Saint, cette force étonnante qui nous permet de croire et de témoigner que Christ est présent parmi nous pour une nouvelle vie.

Commencement d’une vie nouvelle où rien n’est écrit d’avance mais où tout est à inventer, où après le souvenir, nous sommes orientés vers l’avenir, vers demain, vers l’espérance.

Commencement d’une vie nouvelle qui tient à la fois de la longue histoire antérieure, et en même temps d’un avenir où le Christ nous précède. Un avenir où il marche devant nous, où il nous trouve et nous rencontre ailleurs que là où nous l’attendions.

« Commencement de l’évangile de Jésus-Christ, Fils de Dieu » : un « à venir » est en marche, il est rendu possible, et il s’ouvre devant nous, car le ciel va s’ouvrir, quelques versets plus loin, au baptême de Jésus, révélant l’Esprit Saint qui repose sur lui, et annonçant le pardon offert désormais à quiconque le reçoit dans sa vie, et reconnaît en lui celui qui devait venir pour le pardon des péchés.

Le Christ est plus puissant que Jean Baptiste, mais d’une puissance de pardon, d’une puissance d’amour, d’une puissance de compréhension de nos vies. Il est plus puissant, car il pardonne. « Père, pardonne-leur » dit Jésus sur la croix dans un dernier souffle. Nous voici donc avec cette nouvelle : grâce au Christ nous recevons l’Esprit Saint qui nous pardonne et nous ouvre les yeux sur lui. Grâce au Christ nous pouvons vivre de ce pardon, de la certitude d’être compris et aimés.

Cette nouvelle vie qui s’inaugure avec le Christ commence maintenant. Elle commence non pas comme si rien, avant, n’avait existé, ou comme s’il n’y avait aucune mémoire : C’est une invitation permanente qui nous est faite depuis tous les commencements du monde, par le Christ qui nous aime et qui nous veut près de lui, à sa table, comme chacun de ses disciples, comme l’humanité toute entière.

C’est une vie nouvelle où chacun a sa place déjà préparée. Une vie nouvelle où Dieu commence avec nous, chaque jour, par une parole de pardon et d’amour.


Amen !


Jean Jacques Veillet