Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 13 novembre 2016

Culte à Trescléoux (05700)

Lectures du Jour :

Malachie 4, 1-5[i] (ou 3, 19-20)

2 Thessaloniciens 1,11-2,2

Luc 21, 5-20



Soleil de Justice…


Frères et sœurs, chers amis,

Avec ces trois lectures nous  plongeons dans ce que l’on appelle le « genre apocalyptique ». On hésite assez souvent à aborder ces textes, comme si l’on avançait sur un terrain miné, sujet aux interprétations hasardeuses et aux nombreuses fausses pistes.


L’origine du genre

Ce genre Apocalyptique, apparaît lorsque une communauté se sent en grand danger : victime de répression, voire de persécution, et qu’elle ne voit pas d’issue à son malheur. Ces communautés sont le plus souvent minoritaires dans leur pays, alors elles recourent à l’expression de leur désespérance par des écrits ou plus souvent par des oracles et proclament leur espoir dans l’intervention d’un ultime recours, qui n’est pas de ce monde et qui les délivrera. Afin de ne pas être découverts par l’oppresseur, les auteurs utilisent pour ce faire le symbole, le fantastique, les visions, l’ésotérique, les nombres mystérieux, en un mot le genre apocalyptique.


Ce genre littéraire est une littérature de refuge, mais aussi de résistance, qui peut nous parler aujourd’hui.


Malachie est le dernier livre de l’AT, il appartient à ces petits prophètes, dont l’importance n’a rien à voir avec le petit nombre de pages qu’ils comprennent, car ils annoncent chacun à leur manière (Aggée, Sophonie, Zacharie, Malachie), la venue du Messie, 4 siècles avant la naissance de Jésus, relançant ainsi, chez le peuple juif l’espérance messianique, et faisant le lien avec le N.T.

Au temps de Malachie, le retour d’exil est déjà loin, le temple fut restauré dans la ferveur de ce retour, les juifs ont retrouvé leur terre, mais politiquement, la Judée reste un vassal dépendant des grandes nations qui l’entourent et qui exercent également une domination culturelle, sociale et religieuse.


A l’intérieur, les juifs venus d’exil sont minoritaires, au milieu de ceux qui sont restés. Ces derniers se sont dilués avec les peuples voisins, dont les samaritains, les descendants d’Esaü, pratiquant les mariages mixtes, autant d’objets de scandale pour les « fidèles ».

Le culte à YHWH est menacé de disparaitre La ville sainte est gravement atteinte : l'injustice et surtout l'idolâtrie s'y sont profondément installées.

Le petit noyau de fidèles, s’impatiente : Qu’attend YHWH pour réagir ? Ne nous a-t-il pas abandonnés ?


Alors intervient l’oracle de la part du Seigneur, qui suit toujours le même plan :

* dénonciation des méchants, qualifiés aussi d’hautains, aussi bien les étrangers que les juifs qui se sont compromis avec eux,

* puis annonce du « Jour du Seigneur », ce jour-là sera « jour de colère » (le Dies Irae des requiem) Un châtiment est donc sur le point d'arriver, dont l’instrument sera le soleil, qui brûlera jusqu’au dernier gramme tous ces méchants qui ont osé défier Dieu. C’est le Psaume 68.

*Mais l'espérance n'est pas morte. Un reste subsistera, formé par les petits, les faibles, les humbles, les fidèles, pour qui le soleil sera le signe de la Justice de Dieu à l’œuvre. (Soleil de justice, Jésus bon sauveur… etc.)

* Alors, c’est seulement après ce jour de colère, que le Peuple de Dieu pourra se reconstruire : la fin d'un âge de péché débouchera sur les chants d'allégresse du « Reste », du petit troupeau, et un temps nouveau adviendra car Dieu sera au milieu de son peuple. Mais ce Peuple de Dieu sera élargi à toutes les nations de la terre, selon la promesse faite en Esaïe 45.

* Et YHWH enverra son Messie, son Oint, qui sera précédé par le retour d’Elie, et qui inaugurera un temps nouveau, le temps de la grâce au bénéfice duquel seront toutes les nations,


Au fil des siècles toutes les communautés confrontées à la persécution se sont plongées dans ces textes pour y puiser leur espérance, pour y trouver consolation (promesses de Jérémie 29/11 et 15/21).


Le livre de Daniel en est un bel exemple : Situé au temps de l’exil (de -587 à -538), Daniel est confronté au roi Nabuchodonosor, mais c’est en fait le livre le plus récent de l’A.T., écrit seulement 1 siècle ½ avant la naissance de Jésus, sous la persécution des juifs par Antiochus IV et la profanation du temple (« l’abomination de la dévastation » : il avait introduit une statue de Zeus dans le temple !).


L’exemple qui nous est le plus familier est celui de nos ancêtres spirituels cévenols, après la révocation de ‘Edit de Nantes :

Victimes de la répression la plus féroce, qui serait aujourd’hui passible du T.P.I., abandonnés de tous, y compris de ses chefs, les pasteurs, réfugiés aux Pays bas, qui leur écrivaient : « Quittez ce pays, car Dieu lui-même l’a abandonné ».

Ce peuple de paysans n’a pas eu de peine à s’identifier aux humbles, aux petits, des prophéties. Il se plonge dans leur lecture, dans des prières ardentes, dans la ferveur mystique, d’où émergent ceux que l’on appellera les « petits prophètes[1] » qui renouent avec la tradition des oracles, appelant à la repentance, et annonçant la délivrance prochaine, en des termes bibliques tirés de l’ancien testament : par la bouche d'enfants, de femmes « prophétesses », l’Eglise catholique est appelée la grande prostituée, Rome : Babylone, Louis XIV : Pharaon, etc…. Les visions, « miracles », transes et autres « merveilles » se multiplient, en dehors de tout contrôle.

Mais comme dans l’A.T., nombreux sont ceux qui s’impatientent de ne pas voir s’exaucer leurs prières. Alors eux aussi décident d’agir, puisque Dieu n’agit pas, et c’est la guerre des camisards qui commence, le Psaume 68 devient leur hymne, rebaptisé Psaume des batailles.


Cela se terminera tragiquement, ce sera une catastrophe.


Alors, nos lectures de ce matin ont-elles quelque chose à nous dire de particulier, pour aujourd’hui ?

* Tout d’abord, la fidélité de Dieu, « malgré tout », car malgré cette catastrophe Dieu va répondre aux camisards, non pas par le glaive et le sang, à la façon de l'A.T., mais à la façon de son Fils, par la paix, à travers un jeune ardéchois de 20 ans, venu de nulle part, Antoine Court, qui inlassablement entreprit de rétablir des églises clandestines dans l’esprit de la Confession de la Rochelle et selon l’organisation synodale, convainquant les cévenols d’abandonner les armes, allant même jusqu’à organiser le premier synode national clandestin des églises du Désert [2], son entreprise s’étant peu à peu propagée à l’ensemble du royaume. Partout le protestantisme reprenait plus ou moins timidement vie.

* Comme en écho, Paul, dont les contemporains, sans aucun autre repère que l’A.T., se désespèrent des persécutions dont ils sont l’objet, les met en garde contre la tentation du repli sur soi en attendant le retour -imminent- du Christ, dans un nouveau « Jour du Seigneur », ce sont les tentations millénaristes d’aujourd’hui.

Jésus lui-même, par Luc, dénonce cette tentation, mais il met aussi en garde ceux qui seraient tentés d’agir à la place de Dieu, considérant que son mutisme apparent est signe de désintérêt

Et aujourd’hui, devant nos églises désertées, alors que celles d’Amérique latine se multiplient, devant le caractère apparemment inaudible de notre message de salut auprès de nos compatriotes, quelle attitude ?

* Nous laisser gagner par le doute, penser que la partie est perdue ?

* Nous replier sur nous-mêmes et tomber dans cette ferveur mystique du « petit troupeau » ?

* Considérer que, puisque Dieu ne s’intéresse pas à nos problèmes, les prendre en mains, nous occuper de nos affaires et tomber dans un activisme fébrile dans lequel nous nous épuiserons bien vite ?


Il faut alors reprendre les choses dans l’ordre :


* Dieu n’abandonne jamais, ce message d’espoir est sans équivoque : S’il y a rupture avec Dieu, c’est toujours à l’initiative de l’homme :

** Soit qu’estimant que Dieu l’a abandonné il entreprend de devenir son propre sauveur, on voit où cela mène,

** Soit que considérant qu’on doit « faire avec, parce qu’on ne peut pas faire autrement», il tombe dans l’arrangement, l’accommodation, le compromis, tous ces mots d’aujourd’hui qui nomment une façon de prendre acte de l’injustice, de céder à la tentation du pouvoir.


* La sortie de cette impasse passe par une démarche de foi dont le premier acte est un acte de repentance :

Jacob revient, prêt à affronter son frère, dans un espoir de réconciliation,

Le fils prodigue revient, convaincu que seul son père peut encore l’accueillir ;

Dieu attend Jacob au gué de Yabbok, le père attend son fils sur le pas de la porte.

Quels que soient le temps et la distance de l’éloignement, ce retour ouvre le chemin d’une guérison, le chemin de la liberté.


* Le jour du Seigneur, ce jour de colère est déjà advenu, ce vendredi funeste de Pâques, mais accomplissant les prophéties, un temps nouveau s’est levé le 3° jour, le temps de la grâce au bénéfice duquel nous sommes tous, aujourd’hui.

Et Jésus, qui annonçait à ses disciples la destruction du Temple (qui aura lieu effectivement en 70) alors que les disciples croyaient qu’il leur parlait des fins dernières, Jésus nous renforce dans notre espérance : «  il ne se perdra pas un cheveu de votre tête; par votre persévérance vous sauverez vos âmes. »,

Alors, en voyant la situation dans laquelle se trouve notre Eglise, on peut osciller entre consternation, volonté d’agir coûte que coûte, voire culpabilité.

Il est bon, alors d’entendre le Seigneur nous dire, « fais simplement ce que tu as à faire, car c’est moi qui agis à travers toi, l’échec ou la réussite ne dépendent pas de toi », et écoutons notre foi nous donner cette tranquille assurance qu’aujourd’hui aussi, malgré les apparences, nous sommes tous au bénéfice de la grâce.


Amen !


François PUJOL


[1] Les premières « prophéties » se produiront d’ailleurs dans le Diois, notre voisin

[2] A Monoblet, entre Anduze et Saint Hippolyte du Fort, au cœur de la Cévenne Huguenote, au hameau des Montèzes le 24 août 1715 (en mémoire des massacres de la Saint Barthélemy, le 24 août 1572). Cette réunion signa le retour d’une pratique organisée du culte protestant en France, éradiqué une dizaine d’années auparavant par les dragons du roi Louis XIV après la révocation de l’Edit de Nantes par l’Edit de Fontainebleau (18 Octobre 1685) et la guerre des Camisards (1702-1705) qui s’ensuivit. Antoine Court, pas encore consacré pasteur, convoque là, le premier synode clandestin, du « Désert », jetant les bases de la restructuration de l'Église clandestine en fixant sa discipline, ses assemblées et la formation de ses pasteurs. Mais avec un corps pastoral formé à l'étranger (Pays bas, Suisse) et constamment dispersé face à une police exerçant une répression constante, il était difficile pour ces synodes clandestins d’organiser l’unité des communautés locales, elles-mêmes clandestines et obligées de se réunir « au désert ». Après cette réunion des Montèzes, plusieurs synodes provinciaux clandestins se réuniront au cours des années suivantes. 


[i] Certaines versions numérotent ce texte en Malachie 3, 18-21