Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 19 Juin 2016

Culte à Trescléoux (05700)

Lectures du Jour :

Zacharie 12,10-11 et 13,1

Luc 9, 18 à 24

Galates 4, 4 à 7





Qu’attendons-nous de Jésus ?


Dans Luc 9, Jésus pose cette question « qui dites-vous que je suis ? »


1. Et vous ce matin, qui dites-vous que je suis, moi qui viens de Gap :

Un ancien pasteur

Un libéral ou un fondamentaliste

Un homme de gauche un homme de droite


L’appréciation d’une personne dépend de celui qui apprécie, et des circonstances où l’on se trouve. Autrement dit, est-ce que je réponds à ce que vous attendez de moi. Du coup moi, saurai-je avoir les mots, les attitudes, qui correspondent à votre attente et qui nous rapprocheraient, ou au contraire, vais-je provoquer votre rejet ?


2. Cette adéquation ne se fait pas toute seule sans une démarche délibérée de l’un vers l’autre. Elle s’appuie aussi sur une attitude, sur une première parole, sans compter les préjugés qui deviennent des obstacles à ce rapprochement :

– selon l’accent : lui il n’est pas d’ici

– selon le vêtement : mettre une chemise pareille, enfin !

Autant de préalables à une véritable rencontre et qui peuvent tromper.


3. Aussi Jésus insiste-t-il : qui suis-je pour vous ?

– C’est qu’il craint d’être mal compris par les foules affamées (la multiplication des pains vient d’avoir lieu), déboussolées, qui attendent l’homme miracle.

–Mais ses compagnons quotidiens, qu’attendent-ils de lui ? Et nous, qu’attendons-nous de Jésus ? Une aide occasionnelle ?… Ou plus ?

Pierre répond : tu es le Messie : tu es le Christ. Et cela nous paraît naturel à nous, chrétiens.

– Or Jésus le rabroue : il y a là une équivoque : Christ (en grec) Messie (en hébreu) n’est pas propre à Jésus. C’était un titre ancien, politique autant que religieux, donné aux hommes de pouvoir pour faire cautionner leur autorité par Dieu (entre autres les rois juifs, même les moins honorables).

– Et on continuera d’abuser encore du mot Christ bien après, quand des papes logés dans des palais romains se diront vicaire du Christ, quand des empereurs se feront sacrer au nom du Christ et des rois se proclameront « très chrétiens », jusqu’à des partis politiques républicains qui s’affublent du titre de chrétiens (certes démocrates).

Et pourtant nous tenons à cette appellation « chrétien » : pour nous elle veut dire que nous restons compagnons de Jésus le Christ. Jésus disparu (c’est déjà le cas pour Luc) il ne reste aux yeux du monde que les chrétiens pour en rendre témoignage, c’est-à-dire comment serons-nous à l’image de Jésus ?

–Par ce que nous l’aurons rencontré, comme le firent Pierre et son frère, les pêcheurs de Galilée, les foules désemparées, des Romains, des Galates, et aujourd’hui les égarés qui frappent à la mission populaire, qui entrent par hasard dans un temple sans confession de foi préalable mais avec l’attente d’une rencontre, qui peut avoir ou ne pas avoir lieu.


4. C’est tout le récit des Évangiles. Le hasard de rencontres qui surmontent les difficultés de chacun devant la vie, d’ordre physique, social, moral, certes le point commun de toutes est l’isolement, l’errance, parfois le rejet ou l’abandon, même. Mais Jésus s’arrête pour eux, et ses compagnons avec lui, et aujourd’hui, pour nous. C’est cette halte qui est salutaire à tous. Celui, celle, qui est secouru, guéri et celui qui est témoin du Christ, seront les acteurs aujourd’hui de cette rencontre. Ainsi la chaîne des chrétiens à travers le temps, n’est pas rompue.

Jésus n’organise rien de ce qu’on appellera plus tard « église » il n’y a rien d’organisé, simplement un rassemblement d’appelés, depuis là où ils sont : c’est ce que décrit Luc : des hommes et des femmes qui viennent avec Jésus sans penser à eux-mêmes sans aucun calcul, sans autre indication que porter à leur tour leur croix, c’est-à-dire rendre leur témoignage, parfois au risque de leur existence.

Alors il y a une seule référence pour chacun, la même : le lien avec Jésus, lui aussi fils d’un homme et d’une femme comme chacun de nous, autrement dit rien de ce qui est humain ne lui est étranger.


D’ailleurs Jésus ne fait aucun tri préalable comme on en fait communément dans les rencontres qui elles, deviennent des jugements. Comme il arrive que cela se fasse dans l’Eglise au nom de la loi religieuse ou au nom du bon ordre, de la bienséance. Jésus ne nous a légué qu’une église d’appelés, rassemblés par un compagnonnage fortuit : rassemblement de petits, de pauvres, au prix de souffrances, de rejet, de condamnation parfois tragique. Ce fut-là, la part de Jésus, son parti pris délibéré de partage. Alors c’est aussi un partage délibéré du chrétien avec le Christ : être chrétien c’est reconnaître le Christ au-delà d’une confession de foi en vivant comme a vécu Jésus, c’est-à-dire en incarnant le Christ aujourd’hui, d’ailleurs exactement ce que dit le nom de chrétiens.


C’est ce qu’ont tenté les premiers témoins, ceux des Évangiles, des épîtres, mais aussi ceux de la seconde génération, troisième, quatrième génération, jusqu’à nous puisque nous sommes là. On les a tous appelés chrétiens autrement dits des Christ du moment. Pour eux, être chrétien comme être Christ pour Jésus c’est différent d’un État acquis une fois pour toutes, c’est une attitude à renouveler sans cesse, des mots à trouver, des gestes à inventer, dans chaque situation nouvelle, vis-à-vis de chacun à notre portée et cela est toujours attendu. C’est pour ce renouvellement que vous revenez encore et encore au culte, que vous ouvrez la Bible inlassablement pour vous assurer que Jésus n’est pas loin. Lui qui était homme physiquement et moralement il a connu lui aussi le baptême, les amitiés, les souffrances, la mort.


C’est un fils d’homme qui, baptisé est devenu fils de Dieu et nous, qui sommes, nous aussi fils et fille d’homme baptisés en son nom, nous voilà enfants de Dieu donc dans le même service avec le même avenir.

C’est ce que confirme Paul dans sa lettre aux Galates : ce lien étroit entre Jésus et chacun de nous. Paul l’explique très simplement aux versets 1 à 3. C’est vrai, nous avons tous, et Jésus lui-même, commencé notre vie dans les esclavages : les dépendances de l’enfance puis les obéissances que demande la vie, pour avoir de la sécurité, pour conserver un travail, pour subir une maladie, autant de sujétions sinon d’esclavages et puis il y a eu une libération quand le Christ est entré dans notre vie, quand il y a eu cette rencontre et qu’il a fait de nous des chrétiens comme lui. Sinon pourrions dire « Père », à Dieu, et parler à Jésus comme à un frère ?


On comprend ici ce que Calvin a appelé prédestination, ce qui a donné lieu d’ailleurs à de nombreuses controverses : libres comme l’était Jésus, nous nous ouvrons un avenir : nous savons ce que nous allons devenir, des disciples de Christ, c’est-à-dire des chrétiens. Nous comprenons alors que par notre vie d’aujourd’hui nous sommes la résurrection de ces chrétiens d’hier qui de génération en génération nous ont transmis l’Évangile pour que le Christ soit vivant 2000 ans après sa mort.


Non pas un souvenir, non pas une tradition, simplement redire, mais avec des paroles actuelles, des gestes à propos, qui changent le monde, que Christ est vivant. Alors c’est vrai, nos vies ne sont pas perdues car notre Évangile vivra encore par-delà notre mort chez tous ceux qui se diront après nous, chrétiens, chrétiennes, au nom du Christ.


Amen !


Pr Pierre FICHET