Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 5 juin 2016

Culte à Trescléoux (05700)

Lectures du Jour :

Luc 7 11-23

1 Rois 17, 17-24

Galates 1, 11-19



« Des miracles, pourquoi ? »


Une fois de plus, nous sommes face à un passage de la vie de Jésus qui n’est présenté que dans un évangile, celui de Luc cette fois. Cette histoire, ce miracle, aurait-il été oublié par les autres évangélistes, l’auraient-ils trouvé trop peu important pour lui donner une place, ou est-ce une histoire imaginée par Luc, une sorte de parabole, avec un but double : montrer la puissance surhumaine de Jésus, qu’il ne peut tenir que de Dieu, montrer ainsi qu’il est bien « celui qui vient », comme les évangélistes désignent le Messie, mais surtout nous montrer quels sont les ressorts qui le font agir.

Nous ne savons pas, en fait ce qu’il en est, mais que ce soit un évènement qui s’est réellement passé ou une histoire inventée sur le modèle de la résurrection, par le prophète Elie, du fils de la veuve de Sarepta que nous venons de lire, ce passage de l’évangile de Luc est là, comme toutes les paraboles, pour nous donner une explication, nous faire comprendre une situation et finalement nous faire connaître une vérité.

Alors, regardons de plus près ce texte :


Jésus parcourt la Galilée, enseignant dans les synagogues et guérissant les malades. Il approche de la ville de Naïn, accompagné de ses disciples qu’il vient de choisir et suivi par une foule de fidèles. Les disciples ont été appelés par Jésus et ils ont tout lâché pour le suivre, aveuglément, sans trop savoir où ils allaient mais confiants. Les fidèles, une grande foule nous dit le texte, ont peut être entendu son enseignement, l’ont peut être vu guérir des malades, ou en ont seulement entendu parler mais savent que c’est au moins un grand prophète qui a la puissance de Dieu. C’est un cortège joyeux d’avoir rencontré Jésus, plein d’espoir pour l’avenir, un cortège de vie.


Il rencontre un autre cortège qui sort de la ville qui, lui, est un cortège funéraire, un cortège de mort. On sort le mort de la ville pour l’inhumer. C’est la coutume : la ville est un lieu de vie, un lieu pour les vivants, et la mort fait peur et les morts n’y ont pas leur place. On les rejette à l’extérieur, un lieu non protégé où passent les étrangers, les bandits, les bêtes sauvages, mais cela n’a pas d’importance. Et toute la ville l’accompagne une dernière fois.

Le mort, cette fois, est un homme jeune. Cette mort ne marque pas la fin normale de toute une vie de labeur, de bonheur peut être au sein de la communauté de la ville. C’est l’interruption inattendue d’une vie trop brève. Sa mère, qui est veuve, perd le soutien et la position sociale que lui aurait donnée son fils en entrant dans la vie active. Elle doit être déjà trop âgée pour retourner chez son père, probablement disparu, trop âgée également pour se remarier. Elle n’a plus de place dans la société, c’est une catastrophe pour elle. Et toute la ville la soutient et l’accompagne dans son deuil, mais que deviendra-t-elle ensuite ?


Les deux cortèges se rencontrent à la porte de la ville, le cortège de vie et le cortège de mort. Et Jésus voit la veuve, la veuve qui pleure ; il comprend et est pris de pitié pour elle. A-t-il seulement vu le mort, probablement, mais ce n’est pas là l’important. C’est la veuve, la personne vivante, qui a perdu son fils après son père et son mari et n’a plus de soutien et donc de place dans sa communauté, c’est la veuve dont il se soucie, c’est pour la veuve qu’il est pris de pitié. Et pourtant la veuve ne lui a rien dit, elle ne lui demande rien. Elle ignore probablement qui il est, tout ce que l’on raconte sur lui : son enseignement, ses paroles, les guérisons qu’il a faites et qui montrent sa puissance surnaturelle, sa relation avec Dieu que l’on suppose. Elle ne dit rien, ne le supplie pas, ne doit pas imaginer un instant qu’il puisse ressusciter son fils.


Mais « En la voyant, le Seigneur fut pris de pitié pour elle et lui dit : Ne pleure plus ». Il a pris pitié d’elle parce qu’il connaît sa situation et que la mission sur la terre que lui a confié Dieu est non seulement d’enseigner les hommes mais de les aimer comme lui-même les aime. Et c’est cet amour, qui s’adresse à tout homme, quel qu’il soit, qui va faire agir Jésus .

Jésus touche la civière sur laquelle le corps est posé et les porteurs et le cortège s’arrêtent. Ils ont compris qu’il se passait quelque chose d’anormal et probablement ils le regardent tous pour voir ce qui va arriver. Et Jésus simplement parle : « Jeune homme, je te l’ordonne, réveille toi ». Le verbe employé traduit ici par « réveiller » est le même que celui utilisé pour la résurrection des morts. Et le mort s’assied et parle et tout le cortège voit et au moins entend que le miracle s’est réalisé et que le jeune homme est ressuscité. Puis Jésus le rend à sa mère, comme Elie l’avait fait pour l’enfant qu’il avait ressuscité.


Mais Jésus a agi de lui-même, il n’a pas invoqué le Seigneur comme l’avait fait Elie en disant : « Je te prie Seigneur, que le souffle de cet enfant revienne en lui ». C’est là vraiment la différence entre Jésus et les prophètes. La mission qu’il a reçue de Dieu s’accompagne de ce pouvoir personnel qui montre qu’il est vraiment son envoyé. Et cette résurrection est bien reconnue par la foule comme une intervention divine. Les assistants sont tous saisis de crainte, c'est-à-dire, au sens biblique de ce mot, de faiblesse mais aussi de respect devant ce phénomène surnaturel et comprennent que c’est bien l’action de Dieu, qui est intervenu en envoyant sur terre cet homme, Jésus, qu’ils appellent « un grand prophète », le seul avec Elie et Elisée à avoir ressuscité des morts. Ils en témoignent en rendant gloire à Dieu, pas à Jésus.


Cette reconnaissance du pouvoir et de la mission de Jésus se répand dans toute la Judée, le pays des israélites, et dans tout le pays païen qui l’entoure nous dit Luc. Elle parvient aux oreilles de Jean-Baptiste qui envoie deux disciples demander à Jésus : « Es-tu celui qui vient ou devons nous en attendre un autre ? ». En d’autres termes, est-il bien le Messie, celui qui est attendu ? Et Jésus commence, en leur présence, par « guérir beaucoup de gens de maladies, d’infirmités, d’esprits mauvais et par donner la vue à beaucoup d’aveugles ». Puis il répond aux envoyés (7, 22) : « Allez rapporter à Jean ce que vous avez vu et entendu : Les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent droit, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent, la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres,…….. Heureux celui qui ne tombera pas à cause de moi. ». Et cela a convaincu Jean Baptiste.

Il semble que, dans ce cas, Jésus ait fait des miracles simplement pour montrer qu’il peut en faire, parce que c’est nécessaire pour que l’on reconnaisse la réalité de sa mission. Cela semble être le moyen de convaincre ses contemporains de la nature de sa mission et de la puissance et de l’amour de Dieu.

Et nous sommes loin du cas précédent, de la résurrection du fils de la veuve de Naïn qui ne le connaissait pas et ne lui demandait rien, mais dont Jésus a compris la situation et vu la détresse. Et il a fait le miracle de sauver son fils par amour pour elle, son prochain.

La plupart des autres miracles qui nous sont relatés ont été faits par amour pour une personne qui a supplié Jésus, d’une manière ou d’une autre, parce qu’elle avait foi en lui et, par là même, en Dieu.


Dans ces cas, quand cela ne se passait pas devant une foule, Jésus recommandait aux assistants de garder le silence. Il ne voulait pas passer pour un guérisseur. Son enseignement, la Parole de Dieu qu’il transmettait, était l’essentiel et n’avait pas besoin d’être conforté ou prouvé par des miracles.

Il a fait une exception pour Jean Baptiste, peut-être parce que lui, son prédécesseur, devait avoir un signe sûr. Mais rien ne nous dit que dans ce cas aussi, les miracles qu’il a fait devant les envoyés de Jean-Baptiste n’ont pas été faits par amour pour les personnes concernées.

Luc nous a transmis cette histoire, vraie ou inventée, pour que nous aussi nous soyons convaincus que Jésus, par la puissance de Dieu qui lui a été transmise, a fait des miracles. Nous, aujourd’hui, nous ne le verrons pas en faire. Mais nous savons que cela est possible à Dieu.

Luc nous montre surtout que Jésus a fait ces miracles pour des personnes qui quelquefois même ne le connaissaient pas et ne l’attendaient pas. Il les a faits par amour pour elles, Il a eu pitié de leur malheur et de leur détresse. Cela s’adresse aussi à nous aujourd’hui : Notre prochain est connu ou inconnu, c’est notre voisin ou un étranger, mais Dieu nous commande de l’aimer et de nous porter à son secours. Nous n’avons pas le pouvoir de faire des miracles mais nous pouvons faire notre possible.


Et prier Dieu d’en faire, en nous rappelant qu’une intervention divine est possible à tout moment


Amen !


Jean Jacques Veillet