Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 9 juin 2013

Culte à Trescléoux (05)

Lectures du Jour :

1 Rois 17,17-24

Luc 7 11-23

Galates 1,11-19



D’une résurrection à l’autre


Une fois de plus, nous sommes face à un passage de la vie de Jésus qui n’est présenté que dans un évangile, celui de Luc cette fois. Cette histoire, ce miracle, aurait-il été oublié par les autres évangélistes, l’auraient-ils trouvé trop peu important pour lui donner une place, ou est-ce une histoire imaginée par Luc, une sorte de parabole, avec un but précis : montrer la puissance surhumaine de Jésus, qu’il ne peut tenir que de Dieu, montrer ainsi qu’il est bien « celui qui vient », comme les évangélistes désignent le Messie.

Nous ne savons pas, en fait ce qu’il en est, mais que ce soit un évènement qui s’est réellement passé ou une histoire inventée sur le modèle de la résurrection par le prophète Elie du fils de la veuve de Sarepta que nous venons de lire, ce passage de l’évangile de Luc est là, comme toutes les paraboles, pour nous donner une explication, nous faire comprendre une situation et finalement nous faire connaître une vérité.

Alors, regardons de plus près ce texte :

Jésus parcourt la Galilée, enseignant dans les synagogues et guérissant les malades. Il approche de la ville de Naïn, accompagné de ses disciples qu’il vient de choisir et suivi par une foule de fidèles. Les disciples ont été appelés par Jésus et ils ont tout lâché pour le suivre, aveuglément, sans trop savoir où ils allaient mais confiants. Les fidèles, une grande foule nous dit le texte, ont peut être entendu son enseignement, l’ont peut être vu guérir des malades, ou en ont seulement entendu parler mais savent que c’est au moins un grand prophète qui a la puissance de Dieu. C’est un cortège joyeux d’avoir rencontré Jésus, plein d’espoir pour l’avenir, un cortège de vie.

Il rencontre un autre cortège qui sort de la ville qui, lui, est un cortège funéraire, un cortège de mort. On sort le mort de la ville pour l’inhumer. C’est la coutume : la ville est un lieu de vie, un lieu pour les vivants, et la mort fait peur et les morts n’y ont pas leur place. On les rejette à l’extérieur, un lieu non protégé où passent les étrangers, les bandits, les bêtes sauvages, mais cela n’a pas d’importance. Et toute la ville l’accompagne une dernière fois.

Le mort, cette fois, est un homme jeune. Cette mort ne marque pas la fin normale de toute une vie de labeur, de bonheur peut être au sein de la communauté de la ville. C’est l’interruption inattendue d’une vie trop brève. Sa mère, qui est veuve, perd le soutien et la position sociale que lui aurait donnée son fils en entrant dans la vie active. Elle doit être déjà trop âgée pour retourner chez son père, probablement disparu, trop âgée également pour se remarier. Elle n’a plus de place dans la société, c’est une catastrophe pour elle. Et toute la ville la soutient et l’accompagne dans son deuil, mais que deviendra-t-elle ensuite ?

Les deux cortèges se rencontrent à la porte de la ville, le cortège de vie et le cortège de mort. Et Jésus voit la veuve, la veuve qui pleure ; il comprend et est pris de pitié pour elle. A-t-il seulement vu le mort, probablement, mais ce n’est pas là l’important. C’est la veuve, la personne vivante, qui a perdu son fils après son père et son mari et n’a plus de soutien et donc de place dans sa communauté, c’est la veuve dont il se soucie, c’est pour la veuve qu’il est pris de pitié. Et pourtant la veuve ne lui a rien dit, elle ne lui demande rien. Elle ignore probablement qui il est, tout ce que l’on raconte sur lui : son enseignement, ses paroles, les guérisons qu’il a faites et qui montrent sa puissance surnaturelle, sa relation avec Dieu que l’on suppose. Elle ne dit rien, ne le supplie pas, ne doit pas imaginer un instant qu’il puisse ressusciter son fils.

Mais il a pris pitié d’elle parce qu’il connaît sa situation et que la mission sur la terre que lui a confié Dieu est non seulement d’enseigner les hommes mais de les aimer comme lui-même les aime. Et c’est cet amour, qui s’adresse à tout homme, quel qu’il soit, qui va faire agir Jésus.

Jésus touche la civière sur laquelle le corps est posé et les porteurs et le cortège s’arrêtent. Ils ont compris qu’il se passait quelque chose d’anormal et probablement ils le regardent tous pour voir ce qui va arriver. Et Jésus simplement parle : « Jeune homme, je te l’ordonne, réveille toi ». Le verbe employé traduit ici par « réveiller » est le même que celui utilisé pour la résurrection des morts. Et le mort s’assied et parle et tout le cortège voit et au moins entend que le miracle s’est réalisé et que le jeune homme est ressuscité. Puis Jésus le rend à sa mère, comme Elie l’avait fait pour l’enfant qu’il avait ressuscité.

Mais Jésus a agi de lui-même, il n’a pas invoqué le Seigneur comme l’avait fait Elie en disant : « Je te prie Seigneur, que le souffle de cet enfant revienne en lui ». C’est là vraiment la différence entre Jésus et les prophètes. La mission qu’il a reçue de Dieu s’accompagne de ce pouvoir personnel qui montre qu’il est vraiment son envoyé. Et cette résurrection est bien reconnue par la foule comme une intervention divine. Les assistants sont tous saisis de crainte, c'est-à-dire, au sens biblique de ce mot, de faiblesse mais aussi de respect devant ce phénomène surnaturel et comprennent que c’est bien l’action de Dieu, qui est intervenu en envoyant sur terre cet homme, Jésus, qu’ils appellent « un grand prophète », le seul avec Elie et Elisée à avoir ressuscité des morts. Ils en témoignent en rendant gloire à Dieu, pas à Jésus.

Cette reconnaissance du pouvoir et de la mission de Jésus se répand dans toute la Judée, le pays des israélites, et dans tout le pays païen qui l’entoure nous dit Luc. Elle parvient aux oreilles de Jean-Baptiste qui envoie deux disciples demander à Jésus : « Es-tu celui qui vient ou devons nous en attendre un autre ? ». En d’autres termes, est-il bien le Messie, celui qui est attendu ? Et Jésus répondra aux envoyés (7, 22) : « Allez rapporter à Jean ce que vous avez vu et entendu : Les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent droit, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent, la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres,…….. Heureux celui qui ne tombera pas à cause de moi. ».

Il fallait bien tout cela pour convaincre ses contemporains de la nature de la mission de Jésus et de la puissance et de l’amour de Dieu.

Luc nous a transmis cette histoire, vraie ou inventée, pour que nous aussi nous en soyons convaincus.

  • Jésus est arrivé au bon moment pour, en rendant la vie à ce jeune homme, rendre la vie possible à sa mère.

Pour nous, aujourd’hui, cela veut dire qu’une intervention divine est possible à tout moment.

  • Jésus a regardé cette femme qui ne le connaissait pas, qui ne l’attendait pas.

Pour nous aujourd’hui, cela veut dire que Dieu nous connaît tous

  • Jésus a eu pitié de cette femme qui n’avait plus d’avenir.

Pour nous, aujourd’hui, cela veut dire que l’amour de Dieu s’adresse à tous

Croyants ou incroyants, nous sommes sa cible


Amen


Jean Jacques Veillet