Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 07 Février 2010

Trescléoux (05700)

 

 

Lectures du jour :

Esaïe 6, 1-8

Psaume 138

Luc 5, 1-11

1 Corinthiens 15,1-11

 

Pêche miraculeuse !!

 

Ah, la pêche miraculeuse !! Probablement l’un des passages les plus connus des Evangiles. A l’Ecole du dimanche, c’était du pain béni, les enfants faisaient de magnifiques dessins, et pour les explications rien de plus simple : Jésus arrivait, montait sur la barque, et hop ! Le filet plein à craquer ! Mais est-ce bien cela, le message de ce texte ?


C’est un  peu le problème des textes trop connus, c’est qu’on ne prend même plus la peine de les lire sérieusement, puisqu’on les connaît.

Alors ce matin, nous l’avons relue, cette pêche miraculeuse, pour la (combien ?) nième fois et on va essayer de voir en quoi elle nous parle encore aujourd’hui, 7/2/2010, et ce qu’elle nous dit réellement.

Ce court texte, 11 versets, rassemble en quelques lignes énormément de choses, il faut donc choisir, alors je voudrais vous faire part seulement de quelques réflexions.

- Tout d’abord, les trois pêcheurs rentrent d’une journée harassante, au maigre résultat. On imagine bien leur état d’esprit car cette situation, elle nous est familière, elle est propice à ruminer, remettre en cause son boulot, les choix que l’on a fait, de rester là à faire ce métier au lieu de partir, soirée plutôt déprimante où l’on a qu’une envie, manger un bol de soupe, et s’affaler dans un fauteuil pour regarder n’importe quelle série télévise.


Et puis il y a Jésus, qui s’était installé depuis quelque temps dans la barque pour parler à une foule qui s’amassait sur la berge. Pierre et ses compagnons l’écoutaient, comme çà, sans y faire trop attention, en lavant leurs filets

Et tout à coup Jésus lui dit « allez avance, vas au large », et là l’histoire dévie car elle ne se passe pas comme elle devrait

Normalement, Pierre aurait du lui dire « Bon t’es bien gentil, mais on verra demain, et puis le large ce n’est pas notre zone de pêche ! ».

Eh bien non, Pierre connaît déjà un peu Jésus qui a guéri sa belle mère, ce qui n’est pas rien et il a bien compris, même si pour le moment il n’a compris que cela, que Jésus c’est un type sérieux et il le lui dit, à sa manière :

« Nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre », sous entendu « on est complètement crevés »

« Mais, sur ta parole, je jetterai le filet », sous entendu, je ne vois pas trop ce que çà va faire, mais je te fais confiance.

Pierre obéit donc à Jésus, le même Jésus qui un peu plus tard, passant devant le collecteur d‘impôts à Capernaüm, lui dira « Toi, suis-moi ». Ce sera Matthieu, l’évangéliste.


Alors vient la première question que ce texte nous pose. Est-ce que un jour ou l’autre Jésus ne nous a pas dit « Allez avance vers le large » ou bien « toi, suis-moi »

Pour répondre à cet appel, il n’est pas forcément besoin de partir en Afrique ou de s’engager dans l’Armée du salut, mais de simplement de se laisser déplacer de quelques pas, en faisant confiance

Il suffit de se laisser juste déporter de nos habitudes, de notre environnement quotidien, pour nous trouver très vite « au large », déstabilisé, en terre inconnue.

On entend parfois une expression, lorsque un couple se marie, du genre « oh, çà ne durera pas, ils ne sont pas du même milieu ». Ne pas sortir de son milieu, encore une expression que l’on entend !

Jésus, à son habitude, en prend le contrepied, nous déstabilise : « allez, avance au large, sors de ton milieu », voilà ce que nous dit cet épisode de la pêche miraculeuse, et il ajoute : « Ne crains point, n’aies pas peur, aies confiance, je suis avec toi ».


Et il nous dit même plus, il nous dit où aller : en eaux profondes. La mer de Galilée, ce n’est pas le plan d’eau du Riou, elle fait tout de même 13 kms de large, 50 mètres de profondeur. C’est là où Jésus veut aller, là où les eaux sont noires, là où l’on ne voit plus le fond, ce qui remplissait ses contemporains de terreur craignant d’être happés par quelque monstre marin

Il nous dit que c’est seulement là, dans ces eaux noires, inquiétantes, qui nous font peur, que l’on pourra remonter à la surface, à la lumière, une multitude.


Car c’est bien l’impression que Jésus veut donner à cette pêche, dont les poissons débordent des deux barques, l’impression de multitude, au caractère proprement miraculeux

Ainsi, Jésus relie ce miracle à la promesse faite à Abraham : ta postérité sera comme les grains de sable, ou comme la multitude des étoiles du ciel

Ce texte est également à rapprocher des derniers versets de l’Evangile de Matthieu, « Allez, évangélisez toutes les nations et baptisez les en mon nom »

Ce n’est pas en restant « entre soi » que l’on fera prospérer cette bonne nouvelle de notre libération par le sacrifice de Notre Seigneur, le seul par lequel les hommes puissent être sauvés, sauvés de cet enfermement dans lequel le monde nous entraîne, libération des valeurs dominant ce monde et l’entraînant dans sa perte.

Voilà ce dont jésus nous demande d’aller témoigner, hors de nos frontières, sociales, mentales et pas seulement géographiques.

Alors, pour chacun de nous, le large, les eaux profondes, les nations, c’est où ? Ce sera un chemin particulier, des rencontres particulières, confirmant en cela que chacun d’entre nous a ses propres dons et aptitudes Mais nous aurons tous en commun le souci de redonner l’amour que nous avons reçu de Notre Seigneur c’est ainsi que nous sommes tous à égalité devant Lui, celui qui part en Afrique, celui qui s’engage dans l’armée du Salut, l’apôtre Paul qui se traite lui-même d’avorton, ou celui qui sourit simplement à son voisin, devenu son prochain

Oui, tous auront leur verre rempli de grâce. Car l’important n’est pas que le verre soit grand ou petit, mais que chacun ait son verre plein.

Pour conclure, je voudrais vous parler d’Albert Schweitzer, homme universellement connu, mais tellement connu qu’on le connaît mal.

C’est quelqu’un qui à 27 ans était déjà pasteur et professeur à la faculté de théologie de Strasbourg. Il s’était convaincu que jusqu’à 30 ans il pouvait vivre et travailler pour lui, mais qu’à partir de 30 ans, il devrait travailler et vivre pour les autres.

Drôle d’idée qui l’obsédait de plus en plus, avec un verset qui lui trottait dans la tête, c’est le « toi, suis-moi » de Jésus à Matthieu.


Et quand il eut 30 ans, il tomba sur une annonce de la Société des Missions en Afrique de l’Ouest, qui recherchait un évangéliste. Il y répondit sans hésitation, mais avant de partir passa son doctorat de médecine, car disait-il, j’ai assez parlé de l’amour de Jésus, maintenant il faut que je le pratique.

Schweitzer était aussi très imprégné par ce texte de la pêche miraculeuse, c’est pourquoi je vous parle de lui ce matin, et voici ce qu’il dit des eaux profondes :

« Dans le premier commandement que le Seigneur a donné sur terre Il ne parle pas de religion, de foi, de l'âme ou d'autre chose, mais uniquement « des hommes ». Et quand il dit «je vous ferai pêcheurs d'hommes » C'est comme s'il disait aux siècles à venir : « Pour commencer, vous allez tâcher que l'homme ne périsse pas. Suivez-le comme je l'ai suivi et trouvez le là où les autres ne le trouvent plus, dans la boue, la bestialité, le mépris ; allez à lui et soutenez-le jusqu'à ce qu'il redevienne un homme.


Et je voudrais vous lire pour conclure une anecdote de sa dernière lettre écrite en 1965 :

C'est ce principe d'amour que nous avons essayé de mettre en pratique en secourant les Noirs d'Afrique occidentale. À peine le malade a-t-il repris conscience qu'il regarde autour de lui en ouvrant de grands yeux et s'écrie plusieurs fois : « Moi j'ai plus mal, moi j'ai plus mal ! »... Sa main cherche la mienne et ne veut plus la lâcher et tous deux, Blanc et Noir, sommes assis côte à côte. Et nous sentons que nous vivons le sens de ces mots : « Et vous serez tous frères... »".


Amen !


François PUJOL